Suite à l’agression mortelle en janvier dernier à Bois-Marchand, qui a accentué un peu plus la connotation négative associée à cet endroit, des habitants se réunissent pour dire à la population en général et surtout aux médias : « Arrêtez de nous juger ! » Claudette Sane-Ogonowski, présidente de l’association Éclaireurs de Bois-Marchand,  souligne que « dans chaque endroit, il y a des brebis galeuses. Quand une pomme d’amour est avariée, est-ce que cela veut dire que toutes les pommes d’amour du panier le sont aussi ? » Les habitants disent souhaiter qu’il n’y ait pas de préjugés sur eux. « Il fait bon vivre à Bois-Marchand. Nous sommes fiers d’y habiter ».
Très active dans son endroit, tant au niveau de son quartier qu’au niveau de l’église Saint-Joseph de Terre-Rouge, et par ailleurs, membre de l’association Mobilisation de Terre-Rouge, Claudette Sane explique qu’il y a environ 25 ans de cela, « tout allait bien à Bois-Marchand. Mais, depuis cinq ans, le gouvernement a transféré des personnes venant d’autres régions ici. Depuis, l’endroit est devenu un peu chaud. Mais, nous parvenons à vivre malgré tout ». Ce que Claudette Sane dit apprécier dans son endroit, « c’est la coopération qui existe entre voisins. Nous avons deux grandes digues et pour Pâques, nous avons pour coutume d’aller pique-niquer à la digue. Ici, c’est très paisible. On parle de Balad dan vilaz, pourquoi pas Ballade à Bois-Marchand ? Venez visiter notre endroit. Nous ne manquons pas d’eau. Quand nous nous rendons à Port-Louis, nous avons hâte de retourner à Bois-Marchand où il fait moins chaud ». Claudette Sane insiste : « Ce ne sont pas toutes les personnes qui aiment se bagarrer contrairement à ce que l’on croit. Nous avons des jeunes qui se débrouillent très bien au niveau académique et au niveau des sports. »
Lauréate
C’est avec fierté qu’elle cite d’emblée l’exemple de Marie Joyce Terinna Vincent, lauréate côté sciences en 2015. Actuellement étudiante à Maurice, cette ancienne élève de Gaëtan Raynal, dont le père est laboureur et la mère femme au foyer, est un exemple pour son quartier. Elle avait enregistré neuf unités en SC et deux A +, deux A et un B en HSC.
Il y a aussi cette mère de famille, cuisinière dans un hôtel et dont l’époux est chauffeur d’autobus, qui a voulu témoigner de manière anonyme. « Notre aînée étudie à l’Université de Bordeaux et elle termine cette année son master. Notre cadette étudie à l’Université de Maurice. Nous sommes fiers d’habiter Bois-Marchand ».
Linley regrette pour sa part que « les gens voient Bois-Marchand comme étant un endroit peu inspirant et dangereux. Ce n’est pas du tout le cas. Notre famille vit ici depuis 38 ans et on n’a jamais connu de problème. J’ai fait mes études à l’étranger tout comme ma soeur qui est en dernière année de sciences médicales au Havre. Nous avons certes des problèmes comme dans d’autres quartiers mais ce n’est pas juste de black-list toute une localité à cause de la folie de quelques personnes ».
Problèmes d’infrastructures
Cet autre jeune de 28 ans a pour père un ouvrier d’usine et pour mère un travailleur social. « J’ai terminé mes études à l’Université de Maurice et cela fait environ cinq ans que je travaille dans l’administration dans une firme publique. Ma soeur a décroché, elle, un diplôme en informatique de l’Université des Mascareignes et travaille dans une firme privée. Avec la construction de l’école Sainte Famille, le problème des enfants de rue à Bois-Marchand a vraiment diminué. Le transport en commun s’est un peu amélioré avec plus d’autobus reliant Bois-Marchand à Port-Louis. Toutefois, notre endroit connaît beaucoup de problèmes d’infrastructures. Les rues doivent être réasphaltées car elles sont en très mauvais état. En temps de pluies, on marche dans la boue. Il y a un manque de lampadaires. Même ceux existants sont défectueux. Mais, malgré les fléaux qui y existent, j’aime Bois-Marchand. J’espère qu’à l’avenir la drogue et l’alcool diminueront vraiment et que les autorités s’engageront dans le développement infrastructurel pour que les habitants aient un meilleur niveau de vie ».
Association des Éclaireurs
L’association des Éclaireurs de Bois-Marchand a été mise sur pied en 2011. « Cela a été une idée de Jonathan Ravat, qui nous a poussés à suivre une formation sur les Lisfeskills. Cette formation nous a appris à être à l’écoute et à ne pas juger les autres. Nous avons un groupe d’une vingtaine d’éclaireurs dans le quartier. Chaque éclaireur s’occupe d’une ou deux rues et relaye des informations aux voisins. Par exemple, si un enfant ne va pas à l’école, on avertit les parents. On essaie de savoir pourquoi il n’est pas à l’école ou alors on va à l’école et on essaie de trouver une solution. Bois-Marchand a aussi bien progressé grâce à l’aide de la Fondation Joseph Lagesse et des religieuses de la Women Association ».
Les habitants revendiquent par ailleurs leur droit de bénéficier du service de la police. « On attend à ce que la police fasse son travail. Qu’elle vienne quand nous l’appelons. La dernière fois, elle n’était pas venue. C’était un habitant qui avait transporté le blessé à l’hôpital. Si nous cherchons l’aide de la police, ce n’est pas pour lui faire violence ». Ils regrettent que le public « nous jette la pierre ». « Bois-Marchand est ceci ou cela. Ne nous jugez pas ! » plaident les habitants.