Une petite bouteille déposée près de la dépouille d’un bébé, des traces d’ornements particulièrement ouvragés qui ont laissé leur empreinte dans la terre ou sur des matériaux dégradés, des ossements parfois en état, d’autres fois réduits en poudre, tels sont en résumé ce qu’Alexandra Ciancoise et Krish Seetah et leurs collaborateurs ont trouvé dans six nouvelles tombes creusées dans une partie du cimetière de Bois-Marchand.
Les campagnes effectuées précédemment dans cette partie en friche du cimetière avaient permis de sécuriser et préparer le terrain à l’emplacement d’une douzaine de tombe. Six premières tombes avaient été alors mises au jour, notamment sous l’égide de la Commission Justice et Vérité et cette fois l’équipe dirigée par Krish Seetah pour le compte de l’Aapravasi Ghat Trust Fund en a étudié six nouvelles.
D’autres investigations seront menées autour de ce périmètre qui laisse deviner que cette partie du cimetière a accueilli les dépouilles de nombreuses victimes des épidémies de malaria qui sévissaient sur l’île dans les années 1860. Le sol dans cette contrée du pays semble particulièrement agressif envers les ossements, comme nous le fait remarquer Alexandra Ciancoise en montrant des traces de poudre blanche, résultant des ossements qui s’y sont décomposés. Mais elle nous montre aussi qu’il peut livrer des empreintes et objets propres à éclairer les scientifiques sur les modes de vie de l’époque.
Au terme des études et recherches en laboratoire que les fouilles devraient amener, peut-être connaîtrons-nous davantage l’ampleur de ce phénomène épidémique.
Des analyses ADN ainsi que d’autres recherches sur les précédents échantillons n’ont pas encore livré publiquement leurs secrets. Mais il serait possible de connaître plus finement les questions sanitaires et d’en savoir davantage sur les personnes qui ont été enterrées ici. En attendant les résultats des recherches en cours, Alexandra Ciancoise nous montre des traces d’ornement, des résidus du plomb qui entouraient certains cercueils, des traces du bois utilisé pour leur confection, des ossements entiers mais pas de squelette complet. Il est possible alors de deviner la forme de cercueils réservés aux adultes ajustés précisément à la forme du défunt, étroits au niveaux des pieds et plus larges au niveau des épaules.