N’étant pas comptable ni financier (et fier de ne pas l’être), que la croissance soit de 3 % ou 3,5 % ne me fait ni chaud au coeur ni froid dans le dos. Ce que je sais c’est que si je touche Rs 3 de plus mais dois payer un giraumon Rs 5 de plus, j’ai perdu Rs 2. Je constate aussi que notre pays a l’une des plus grandes proportions de diabétiques au monde, un nombre croissant de toxicomanes à qui on demande d’aller au poste de police pour se soigner, la quasi-disparition de fruits locaux des étals, sinon à des prix prohibitifs, la chute de production de légumes, un foncier devenu inabordable. Je sais aussi que la croissance d’un argent électronique et fictif n’a pas de sens s’il n’y a plus rien à acheter. La réalité est là et nulle part ailleurs.
Les commentaires et réactions au budget révèlent le syndrome de Trump. Le discours est tellement inacceptable qu’il importe de se pencher sur les réactions à celui-ci.
Le plus déstabilisant est bien le “Bold and daring” venant du père qui a façonné le fils à son image. Non mais franchement! Si de réduire le prix du gaz et les taxes sur des voitures déjà bien trop nombreuses est daring, je présume que l’action la plus osée entreprise jusque-là par le fils-à-papa a été de demander à son père de lui passer le sel à table ou un truc du genre… J’ai dû avoir recours à mon Oxford (édition 1978) pour savoir s’il n’y avait pas des anciennes définitions erronées de ces deux mots aussi erronées que cette équipe.
Passons sur le plus passif des commentaires « Budget intéressant mais… » venant du spécialiste-ès-opposition qui, d’ailleurs, ne s’oppose plus beaucoup. En lisant celle-là, c’est vers la roche que je me suis tourné, pour la retourner, des fois qu’il y aurait anguille…
Un des deux commentaires les plus pertinents serait celui d’Arnaud Lagesse «…attendons l’implémentation » car en effet, cette équipe nous mène en bateau depuis qu’elle a pris la barre. La palme revient à Navin Ramgoolam et son lapidaire «…en rupture avec la réalité ». Vous rendez-vous compte? Le commentaire le plus réaliste vient de celui qui n’aurait qu’un droit, celui de se taire. C’est dire à quel point on a le nez dans la mouise… ou le coke entre les lèvres. Bref, peu importe la posture, on l’a dans le baba mon dada.
Combinons ces deux dernières et on commence à percevoir ce qui nous attend si nous, citoyens, ne nous mobilisons pas, maintenant !
Plus de policiers pour plus de crimes non-élucidés, ou est-ce pour plus de “check de routine” exécutés par certains impolis d’une défiante arrogance ayant opté pour ce job par pur opportunisme, oubliant qu’ils sont au service du citoyen et pas l’inverse.
Plus de fonctionnaires avec pour impacts directs:
– Plus de circulation à quatre heures pile;
– Plus de tasses de thé, y compris les “Dite marse”;
– Plus de procédures;
– Plus de dermatologues car à force de se gratter les entrejambes…
(Bien sûr, il y en a plein de bons, consciencieux et efficaces, qui ne méritent ni cette caricature et encore moins la lourdeur des p’tits copains.)
Une grande mascarade d’un taux de chômage tenace.
Plus grandes les villas et leurs terrains réservés aux étrangers, plus grands les projets plus de béton. Fallait bien leur proposer plus pour leur million de dollars, maintenant que le pays est bien moins sexy avec une hausse de la criminalité, un environnement en péril, un littoral de moins en moins naturel, de moins en moins d’espaces verts, et j’en passe. Tout ça pour accueillir plus d’évadés fiscaux et moins de Mauriciens, l’obligation des 25% de logements réservés aux Mauriciens ayant été enlevée.
Les non-résidents pouvant acheter des appartements, nous verrons pousser encore plus de ces ghettos champignons qui ne seront plus contraints à une pseudo-obligation d’autonomie en eau ou électricité, comptant sur des rues trop étroites pour leurs parkings.
Plus besoin de normes aux constructions, projets et développements puisque si les autorités ne réagissent pas à une demande de permis de construire dans les huit jours, le permis sera considéré comme accordé.
Le BOI devient quasi-souverain n’ayant plus d’obligations de justifier ses décisions et démarches, voilà de quoi enlever le droit de contestation de tous les exclus du club des happy few. Après tout, SAJ a peut-être raison, it’s « Bold ».
Ainsi, les maçons, électriciens, femmes de ménage, jardiniers et waiters travaillant dans ces ghettos seront en compétition directe avec les promoteurs pour se trouver un morceau de terrain, un logement. Ils devront accepter plus de coupures d’eau et d’électricité puisque, encore une fois, plus de fonctionnaires n’amélioreront pas forcément ces services dont les tarifs prendront forcément l’ascenseur. Adieu, veaux, vaches, cochons et poissons, letan margoz est de retour.
Voilà un aperçu de ce que nous deviendrons, des futurs « ex-îlés » tels les Chagossiens. C’est l’ironie de notre sort. Ce budget n’est ni plus ni moins une déconnexion de la réalité vue d’en bas et notre seul espoir réside dans l’incompétence dont a fait preuve ce gouvernement quant à l’implémentation de ses discours. C’est la double ironie de notre sort.