Avec toute la discrétion voulue, la petite école de Bon Accueil RCA a soufflé ses soixante-quinze bougies le mois dernier. Cette fête était l’opportunité de rendre hommage à quelques citoyens qui ont contribué au développement éducatif du village dont Messieurs Dharmanund et Gookooluck. Ces derniers avaient fréquenté cette école et se sont remémoré les bons moments de leur enfance.
L’histoire d’un établissement scolaire s’inscrit principalement dans son développement et son taux de réussite. Si tout cela s’applique également à l’école RCA, on ne saurait rester insensible à la place qu’elle occupe au sein même de notre société. Au vu de son apparence, elle conserve fièrement son attrait de petite école de campagne recouverte d’un toit émeraude.
Cadre champêtre
Si l’école de Bon Accueil RCA est nichée au fond d’un sentier sinueux bordé de cultures de cannes, elle a quand même gardé une proximité avec des points de repère connus du village, notamment le Mission Cross Road et une voie secondaire, Chemin Quatre Bords. En bordure de la route principale se trouvaient jadis une boulangerie, une boucherie et deux boutiques qu’avaient tenues des « commis chinois » jusqu’en 1980.
L’établissement avait une fonction bien définie à l’époque et dispensait une éducation de cycle primaire aux villageois et une formation catholique (insufflée par le diocèse de Port Louis) sans pour autant porter atteinte à la culture des uns et des autres. Les jours d’école, le chemin qui y menait fourmillait de petits écoliers et de parents emmenant les plus fortunés à bicyclette. L’on pouvait également croiser des marchands de gâteaux qui avaient un emplacement à proximité.
Le couvent
La maîtresse d’école, dans son allocution axée sur l’anniversaire de cette institution, évoqua la création d’un couvent au 19e siècle. L’établissement accueillait des enfants défavorisés et leur offrait une éducation fondée sur les valeurs catholiques. Ce n’est qu’en 1936 que le diocèse décida de convertir le couvent en école. Cette institution a fait le bonheur de bon nombre d’habitants issus des milieux défavorisés en leur transmettant des valeurs citoyennes à compter de 1968, l’année de l’Indépendance du pays. Il était aussi question d’une plus grande ouverture à l’éducation sous l’Etat-Providence.
Chers professeurs…
Des élèves de plusieurs générations devraient reconnaître leurs professeurs qui ont fait d’eux de bons citoyens. Ceux des années soixante ou soixante-dix retiendront certainement avec un brin de nostalgie les Azize Asgarally et Wahab Foondun, enseignants puis politiciens. On reconnaîtra Monsieur Devallet, “faiseur de boursiers”, Monsieur Fokim, prof jovial d’origine chinoise, dont les cheveux étaient enduits de « brillantine », Madame Aza, la maîtresse d’école ; et quelques années plus tôt, Monsieur Gracis, gentilhomme à l’allure d’un Georges Pompidou, dont la veste lui cachait un bras. Il accompagnait, tout sourire, les élèves jusqu’à la « grande route ». N’oublions pas notre ami le planton, au nom évocateur de « Mangouste » !
La maternelle ou le “Below”
On ne peut dissocier l’histoire de Bon Accueil RCA de l’école maternelle de Monsieur et Madame Paul. Il s’agissait là du « feeder school » – qui orientait les élèves de « Below » vers l’établissement du primaire. Je me souviens encore de mon grand-père, qui tout en m’offrant un nougat au caramel m’invitait à me présenter à la maîtresse d’école pour l’inscription en première année. On savait fort bien qu’une fois admis, on sera confronté au « rotin bazar » et surtout à la longue seringue ébouillantée qu’utilisaient des représentants de la Santé publique.
Au fil du temps
L’enfance est éphémère… la vie avance à grands pas. Avec le temps, la cour trouve sa clôture ; les bâtiments en dur remplacent les maisons en tôle vitrées, et ce tout en conservant le charme d’une vie d’antan ; mais le train-train quotidien finit par céder la place à une autre dynamique…
Bon Accueil RCA perd quelque peu de sa verve, les parents préférant l’école du gouvernement qui ouvre ses portes vers le milieu des années 60. Le nombre d’élèves diminue au fur et à mesure et une certaine tristesse — mais point de désolation – aura fini par s’y infiltrer. Le bâtiment tient bon malgré tout. 
Aussi, on ne peut oublier la grotte de la Vierge Marie en face du bâtiment et on peut voir la chapelle du village sous l’égide de la Paroisse de Pont Praslin, située à cinq kilomètres de là. Chaque dimanche, la cloche tinte et appelle ses fidèles… depuis plus de cent ans.
Centre de vote et de refuge
L’école de Bon Accueil RCA a aussi joué son rôle pleinement durant des élections villageoises et législatives ; elle a bien servi comme centre de vote et ce n’est que récemment qu’un autre établissement a été choisi. Par ailleurs, par temps cyclonique – Carol (1960) et Gervaise (1975) – des familles entières, démunies, y avaient trouvé refuge.
Bon anniversaire
Il s’agit là du berceau de l’enfance des habitants de la région de Bon-Accueil d’un autre temps. On se souviendra de cette pelouse toujours verte qui abrite en son coeur un clocher, de ces salles de classes en pierre et de ces façades recouvertes de chaux. On peut même revivre le brouhaha des élèves, ce vent d’hiver et le doux chant des oiseaux. Et pour beaucoup d’entre nous, il nous reste le souvenir de cette représentation de Jésus au-dessus des tableaux noirs.