Mondo, Les Berges, La montagne du Dieu vivant sont quelques-unes des nouvelles de Jean-Marie Leclézio publiées sous le titre Mondo et autres nouvelles aux éditions Gallimard en 1978, que des élèves de la Form IV de la SSS de Bon-Accueil ont mis en scène, en présence de l’auteur, également prix Nobel de littérature en 2008. Un moment empreint d’émotion pour les élèves et le personnel présent de même que pour Jean-Marie Leclézio…
Jeudi matin, peu avant 10h30, des élèves de Form IV, de SC et de HSC ayant opté pour la littérature française et faisant partie du Club littéraire du collège, s’étaient installées dans la bibliothèque de l’école, attendant patiemment l’arrivée de leur invité d’honneur, J.M.G. Leclézio. Certaines avouent ne pas connaître le prix Nobel, alors que d’autres, surtout celles ayant préparé les mises en scène avec l’aide de leur professeur de français, affirment avoir eu beaucoup de plaisir à découvrir ses nouvelles et à entrer dans l’univers de ses protagonistes.
Après l’accueil officiel de l’invité et une présentation succincte des nouvelles, elles se sont succédé en binôme sur scène, l’une tenant le texte en main et faisant une lecture à voix haute et l’autre campant le personnage évoqué dans l’extrait sous le regard attentif de l’auteur et des autres invités, à savoir Issa Asgarally, cofondateur avec J.M.G. Leclézio de la Fondation pour l’Interculturel et la Paix (FIP), son épouse Sarojini Bissessur-Asgarally, également de la FIP, Martha van der Drift, membre du jury du Prix Jean Fanchette 2013 et « quelques aînés » du village de Bon-Accueil. Les professeurs se sont aussi prêtés au jeu en lisant des extraits de ce recueil.
La bibliothèque constituait l’essentiel du décor. L’élève ayant la tâche de faire la lecture à haute voix avait gardé son uniforme alors que celle qui interprétait le texte portait un costume en phase avec les personnages.
Augustine avait le rôle du « jeune garçon vêtu comme les gens de la ville », dans la nouvelle Les Bergers. « Il portait sur l’épaule une veste de lin un peu froissée et ses chaussures de toile blanche étaient couvertes de poussière… », écrit J.M.G. Leclézio dans sa nouvelle. Celui-ci se présentera aux petits enfants sous le prénom Gaspar, un peu plus loin dans le texte. Augustine avait troqué l’uniforme pour une chemise blanche, un pantalon gris et une cravate assortie. « Dès que le prof nous en a parlé, je me suis mise dans la peau du personnage. On a eu deux jours pour se préparer. Il me fallait aussi trouver un costume et j’ai choisi cette cravate grise pour représenter les gens de la ville », affirme-t-elle au Mauricien, à la fin de la rencontre. Émilie, quant à elle, jouant le personnage de Mondo de la nouvelle éponyme, habillé « tous les jours de la même façon, un pantalon bleu en denim, des chaussures de tennis, et un T-shirt vert un peu trop grand pour lui », en fit de même. Première à se produire sur scène, pour la première fois de surcroît, elle affirme avoir eu le trac. « J’avais mal au ventre tellement j’avais le trac, et lorsque j’ai terminé, je tremblais », soutient-elle, mais heureuse et fière d’avoir joué devant l’auteur. « C’est vraiment une fierté pour nous. Nous avons adoré jouer devant lui », renchérit Joanna qui interprétait le personnage de Jon dans La Montagne du dieu vivant. « C’est une belle expérience », ajoute Manisha. Elles souhaitent que les textes J.M.G. Leclézio soient inscrits à leur programme d’étude.
Jean-Marie Leclézio devait affirmer au Mauricien par la suite que « c’était très touchant, surtout avec la petite représentation physique. J’ai vu d’autres interprétations plus compliquées. Là, c’était plus simple. Chacun l’interprète à sa façon. Il y a eu une bonne lecture. Le texte prend sa liberté. Il prend une autre vie. Il faut remercier les professeurs pour le travail qu’ils font. Les élèves avaient ce regard droit et plein de confiance ».
La rencontre avec le prix Nobel de littérature a eu pour effet de pousser ces jeunes filles à poursuivre leur rêve, celui d’écrire un livre. Une rédaction à plusieurs mains pour sceller leur amitié et leurs années au collège. « Nous voulons écrire un livre. Vous savez, en classe, nous n’avons pas le droit de parler et nous écrivons des petits messages dans nos cahiers ou sur des morceaux de papier pour communiquer avec nos amies. Nous souhaitons écrire notre histoire », avance Augustine en présence de ses camarades.
La manifestation de jeudi, inscrite dans le cadre des célébrations des dix ans du collège, était aussi marquée par une rencontre entre les invités et les élèves autour du thème de l’interculturel et un intermède musical.