« Je continue le combat » disait Ameenah Gurib-Fakim après le troisième rejet  de sa candidature au poste de vice-chancellor de l’Université de Maurice.  Notre pays découvre alors sa détermination et, toujours prompte à se ranger du côté des victimes, espère une suite favorable. A l’Equal Opportunities Commission, elle attribue cet échec au fait qu’elle est une musulmane! Quelques murmures embarrassés se firent entendre mais l’indulgence prit vite le dessus du fait de la prévalence d’une perception d’ostracisme des ‘minorités’. « C’est peut-être vrai » chuchotait-on. Toutefois, la ‘revanche’ viendra avec la proposition de l’Alliance Lepep de faire de cette éminente scientifique la prochaine présidente de la République. Seuls quelques esprits chagrins décrient la démarche. Stoïque, elle y oppose des réponses cartésiennes doublées de courtoisie. Résultat: elle grandit dans l’estime du peuple.
Mais installée aux plus hautes fonctions de l’Etat, une première polémique va la rattraper aux jardins du Réduit: un voyage aux Etats-Unis supposément financé par la multinationale l’Oréal dont elle avait été une des ambassadrices. Très vite elle remettra, avec le courage qui fait désormais sa marque, les pendules à l’heure, faisant taire ses détracteurs. Et au fil de ses activités, aucun doute ne sera permis: elle fait la fierté de la nation qui voit en elle sa personnification et la gardienne de sa constitution, unanimement appréciée, se montrant digne des responsabilités qui sont les siennes car elle avait su avec délicatesse se placer au-dessus de la mêlée politicienne.
Cette posture semble connaître sa première brèche. Serait-ce la faute à la levée de boucliers à laquelle est confronté le Good Governance and Integrity Reporting Bill pour que la Présidente juge nécessaire de le soutenir. «Si le Premier ministre et son équipe ont décidé qu’un tel projet de loi rendra les gens un peu plus accountable, nous devons l’encourager » aurait déclaré la Présidente selon l’hebdomadaire 5-Plus Dimanche du 1er novembre. Mais il y  a loin de la coupe aux lèvres car le projet de loi n’en est qu’à sa première lecture et le débat contradictoire – l’essence même de la démocratie – n’a pas encore véritablement débuté. La démarche présidentielle autorise ainsi le citoyen à la percevoir comme la volonté de peser – en amont – de tout son poids dans la controverse.  Diamétralement opposée à notre tradition, incarnée si bien par Cassam Uteem, qui veut que la Présidence ne marque son accord, ou signifie sa désapprobation le cas échéant, qu’en aval au moment de donner force de loi à un projet. Cette étonnante dérogation à l’indispensable devoir de réserve fait manifestement plus que froncer les sourcils mais semble aussi avoir été mal inspirée car certains députés de la majorité vont marquer ouvertement leurs différences, soulignant quelques éléments contestables du projet de loi. Un effet boule de neige n’étant pas à écarter, Mme Gurib-Fakim serait-elle allée trop vite en besogne en soutenant implicitement que le Premier ministre bénéficiait de l’appui de l’ensemble de son équipe?
Mais personne n’est à l’abri d’une fausse note et le citoyen aimerait à penser que la Présidente est susceptible d’apporter à l’avenir un regard nouveau quant aux contraintes inhérentes à ses fonctions. La présidence, c’est un berger guidant le troupeau, veillant au bien-être de tous, rassurant ceux qui, par exemple, pourraient être abasourdis par les propos d’un ancien chef juge qui, analysant le projet de loi sans le contextualiser, soutient allègrement: «Le gouvernement veut que ce soit ainsi. Donc, j’écris ce qu’on me demande d’écrire. Ce n’est pas à moi de décider si c’est bon ou si cela n’est pas…..Ce qu’on en fait n’est pas mon problème.»  Le combat de la brillante universitaire continue donc, ces propos le rendant encore plus pertinent et commandant qu’il prenne une autre dimension, Madame Gurib-Fakim s’effaçant au profit de la Présidente, ciment de la nation car à équidistance des partis politiques.