Le 24 août 1975, le Diocèse de Port-Louis inaugurait le Carmel de Bonne-Terre. C’est l’évêque de Port-Louis d’alors qui invita six carmélites de Montréal à venir à Maurice. Elles arrivent dans le pays le 6 novembre 1972 avec comme rôle de prier pour l’Église et pour le pays, porter les intentions de prière vers Dieu. Pour marquer ses 40 ans de présence à Maurice, une messe sera dite le 1er octobre à 15 h 30, dans la cour du Carmel et une autre le 4 octobre à 9 h 30 pour clôturer l’année térésienne qui marque le 5e anniversaire de la naissance de Thérèse d’Avila (1515-2015). Les carmélites recevront à cette occasion la visite du cardinal Poupard de Rome. Le point avec Soeur Marie-Marthe, une des six fondatrices venues de Montréal.
Soeur Marie-Marthe se réjouit que le monastère de Bonne-Terre soit rempli. La communauté compte treize religieuses dont une vient d’y faire sa venue. « Elle est venue à 28 ans. Elle a déjà travaillé dans le monde. Aujourd’hui, elle a trente ans, un âge bien convenable. Dans une année, elle fera sa profession », dit Soeur Marie-Marthe. Âgée elle de 84 ans, elle fut parmi les six carmélites de Montréal à mettre le cap sur Maurice en 1972, à la demande du cardinal Jean Margéot, pour y fonder un monastère. « L’Église a besoin de ceux qui prient, elle a besoin de ce qui se tient suspendu sur la montagne pour être vraiment illuminée de la lumière de Dieu et qui renvoie lumière et grâce sur tout le corps de l’Église », avait dit le cardinal, en reprenant les phrases du pape Paul VI.
L’origine de l’Ordre du Carmel remonte aux ermites du Mont-Carmel en Palestine, l’Israël actuel, qui se sont inspirés de la vie du prophète Élie. Ils reçoivent une règle de vie de l’évêque de Jérusalem. La branche féminine est créée bien plus tard par Jean Soreth, en 1452, un siècle avant la réforme de Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582), carmélite espagnole. Avec l’aide d’un jeune carme, Saint Jean de la Croix (1542-1581), elle réussit à donner un nouveau souffle à l’Ordre et fonde dix-sept monastères. Elle a de douloureuses et réconfortantes expériences mystiques. Ses écrits comptent parmi les chefs-d’oeuvre non seulement de la langue castillane, mais surtout du mysticisme chrétien. Elle meurt à Alba de Tormès, province de Léon, Espagne, en 1582. Elle est canonisée en 1622 et proclamée Docteur de l’Église en 1970 par le Pape Paul VI. Le charisme térésien est basé sur l’oraison favorisant une vie intérieure intense, qui se manifeste par la consécration de celui ou celle qui s’y adonne avec toutes ses énergies, à s’orienter vers le salut du monde.
Lorsqu’elles arrivent de Montréal, les carmélites s’installent temporairement chez les religieuses de Marie Réparatrice à Rose-Hill, puis à la rue Gordon toujours à Rose-Hill, dans une maison appartenant au diocèse, en attendant la construction de leur monastère à Bonne-Terre, Solferino, Vacoas. Le monastère est consacré le 24 août 1975 et placé sous le patronage d’une autre carmélite célèbre, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, dans le monde Thérèse Martin (1873-1897).
La moyenne d’âge des soeurs carmélites actuellement est entre 55 et 60 ans. Soeur Marthe souligne tout le travail des religieuses de Bonne-Terre : « Il y a des gens qui croient que c’est le Diocèse qui nous fait vivre. Mais, nous travaillons. Nous faisons des ornements liturgiques et autres objets pieux, des bougies pour les hôtels, nous entretenons la maison, nous avons un grand jardin… ».
Le Carmel de Bonne-Terre, dit Soeur Marthe, représente « une maison de prières pour le diocèse, mais aussi pour toutes les intentions qui nous sont recommandées pour une opération ou des examens ». Sont-elles coupées du monde ? « Non. Nous recevons les journaux. Nous avons des amis qui viennent nous voir et qui nous demandent des prières. Nous allons chez le médecin, à la banque, faire nos courses une fois le mois ».
En quoi se résume la journée d’une carmélite ? « La cloche sonne à 5 h 15 pour le réveil. À 6 heures, il y a l’office de louange, une prière d’une demi-heure. À 6 h 30, une messe est dite par un prêtre des alentours. Ensuite, il y a le petit-déjeuner. Après quoi, une heure est consacrée à l’oraison, c’est-à-dire, une prière personnelle avec le Christ lors de laquelle on recommande les intentions qui nous sont confiées. Après cette prière, nous sommes appelées au travail. Chacune à son département : cuisine, ménage, couture, bougies, bannières, etc. Suivant le repas du midi, il y a une heure de silence pour lire ou pour se reposer. Le travail reprend ensuite jusqu’à 16 h 30 après quoi il y a une heure de prière personnelle. Après le repas du soir, il y a un temps de récréation où les religieuses jouent aux cartes ou partagent des nouvelles. Ce temps nous permet aussi de regarder la télé, surtout la chaîne KTO ou les informations télévisées. Une dernière prière a lieu en soirée avant que les carmélites aillent au lit à 21 h 30. »
Invitée à commenter l’actualité locale, Soeur Marie-Marthe dit : « C’est vrai qu’il y a beaucoup de mauvaises nouvelles, mais aussi de bonnes. C’est difficile de juger quand on est en dehors. C’est important de porter les intentions du pays dans la prière ».
Une religieuse carmélite renonce-t-elle à sa famille ? « La famille peut venir la visiter tous les mois. Par ailleurs, chaque dimanche, la messe est publique à Bonne-Terre ». Pour entrer dans l’ordre carmélite, il faut cinq à six années de formation. « L’aspirante doit se sentir appelée à cette vie de prière. On lui donne la possibilité de faire quelques mois d’expérience et lui demandons de retourner dans le monde pour réfléchir. Si elle veut continuer, le noviciat (deux ans) commence pour elle et elle s’initie à la spiritualité du Carmel. Ensuite, elle fait sa profession pour une année. Quand elle a bien cheminé, elle fait la profession définitive ».
Quant à Soeur Marie-Marthe, elle se dit « absolument heureuse » de son choix. Et d’ajouter : « On peut croire que c’est nous qui choisissons, mais c’est Dieu qui choisit. Nous ne faisons que répondre à son appel. Il y a des souffrances, des renoncements à faire, mais au fond de moi, c’est cela que j’attendais ».
Le 1er octobre, donc, aura lieu une double célébration ; la fête liturgique de la patronne du Carmel de Bonne-Terre, petite Thérèse ou Thérèse de Lisieux, pour faire la différence avec Thérèse d’Avila, réformatrice du Carmel. Thérèse de Lisieux avait promis « de passer son ciel à faire du bien sur la terre » et le 40e anniversaire de la présence de cet ordre à Maurice. La messe à 15 h 30 sera présidée par l’évêque de Port-Louis, Mgr Piat qui prononcera aussi l’homélie. Le dimanche 4 octobre, la messe de 9 h 30 clôturera l’année térésienne, qui marque le 5e centenaire de la naissance de Thérèse d’Avila.