À peine la flamme des 10es Jeux des Îles de l’Océan Indien éteinte qu’une autre se prépare à s’allumer. La foule est conviée le 3 août à partir de 19h30 au J&J Auditorium à Phoenix, où Gérard Louis réunira plusieurs artistes lors d’un “Boom Fiesta de l’Océan Indien”. L’occasion selon le directeur de GL Events de clôturer cette fête sportive par un grand concert, tout en rappelant que la musique de l’océan Indien mérite sa médaille d’or et une place sur les plus hautes marches du podium. Parmi les têtes d’affiche, Sandra Mayotte (Maurice), David Louisin (Réunion), Patrick Victor (Seychelles) et Doyal Edouard (Rodrigues) sont unanimes à dire que la musique de l’océan Indien est une force à part entière et nous rassemble.

Chaque île a sa propre identité musicale, mais plusieurs choses les réunissent. Cet héritage musical et culturel a fait tomber les barrières. Des artistes de La Réunion, des Seychelles, de Rodrigues, de Maurice et de Madagascar ont fait résonner cette musique des îles, dans la région comme ailleurs. Depuis de nombreuses années, ils n’hésitent pas à collaborer à plusieurs projets pour faire connaître et reconnaître cette musique de l’océan Indien.
Pour le Rwa sega, Patrick Victor, cette musique des îles mérite qu’on lui accorde un débat plus approfondi. Le Réunionnais David Louisin confie : “Il faut reconnaître que la musique de l’océan Indien est riche et très variée et qu’elle a beaucoup évolué au fil des années. Néanmoins, la route est encore semée d’embûches. Pour que sa reconnaissance soit totale, il faudrait que toutes les générations, anciennes et nouvelles, ainsi que les artistes connus et émergents, travaillent ensemble et dans la même direction.”

Identité musicale commune.

Pour Sandra Mayotte, gagnante des Kora Awards en 2001, la musique de l’océan Indien est un patrimoine culturel fédérateur et doit impérativement devenir “un pilier”. Surtout que “les touristes et les étrangers se montrent très sensibles et réceptifs aux différents rythmes et aux diverses mélodies”, souligne Doyal Edouard de Rodrigues. Il ajoute que la région a toutes les cartes en main pour développer une identité musicale. “Sega maloya, sega moutia, sega ravann, saleg ek sega tanbour : tou port nom sega, me sakenn so stil. Nou kapav pran sa kom baz nou fer enn sega de zil a-traver bann rezidans artistik ki kapav organize pou fer sa idantite mizikal komin la.” Chose que Patrick Victor ne cesse de répéter “depuis plusieurs années”. Sandra Mayotte le confirme : “L’identité musicale commune existe déjà.”

Ces artistes qui comptent de longues années d’expérience soulèvent plusieurs points. Il faut populariser davantage les musiques auprès des peuples de l’océan Indien. À ce sujet, Sandra Mayotte n’hésite pas à montrer du doigt les radios locales. Elle dit que “les radios à La Réunion (une quinzaine environ) jouent pratiquement toute la journée du séga mauricien. Tel n’est pas le cas chez nous. Nous avons un gros effort à faire pour faire connaître la musique des îles aux Mauriciens et partager la nôtre encore plus”.

Monter des projets ensemble.

Un avis partagé par David Louisin et Patrick Victor. Le premier invite l’État et toutes les autorités concernées à donner plus de moyens pour qu’il y ait plus d’échanges culturels artistiques. Le second invite les radios et télévisions des îles “à davantage collaborer ek fer li plis sinserman posib”.

Au-delà des concerts comme “Boom Fiesta de l’Océan Indien”, prévu le 3 août, Edouard Doyal voudrait que des forums et salons artistiques soient organisés annuellement. L’interprète de Koste Pep Losean Indien pense qu’il faudrait absolument “créer un fonds de développement artistique de l’océan Indien afin de monter des projets ensemble, et pas chacun de son côté”. Sandra Mayotte propose “d’organiser un concours annuel entre les îles et sous l’intitulé D’une île à l’autre”. Nos interlocuteurs reconnaissent cependant que les échanges entre les îles sont de plus en plus fréquents. Selon David Louisin, “par internet, on a la possibilité de collaborer plus facilement sans avoir à se déplacer”. Doyal Edouard regrette que ce soient souvent les mêmes artistes et ceux qui sont connus qui ont l’occasion de côtoyer d’autres artistes lors des festivals régionaux organisés dans les différentes îles. “Bann artis mwin koni zot evolie lokalman, ek li bien domaz kar parmi ena bann bon potansiel. Me zot pena sans pou al pli lwin ki zot pei.”

Gérard Louis : “Faire de Boom Fiesta un événement annuel”

Tout est fin prêt pour accueillir “mes amis” sur la scène du J&J Auditorium, le 3 août, de 19h30 à 23h. Gérard Louis et sa boîte de production GL Events sont bien rodés dans l’organisation de ce genre d’événement musical. Avec la troisième édition de Boom Fiesta, l’organisateur a vu les choses encore plus grand, en réunissant une quinzaine d’artistes de Maurice, de La Réunion, des Seychelles, de Rodrigues et de Madagascar. “J’espère que ce concert fera venir non seulement le public mauricien mais aussi ceux des autres îles. Initialement, je pensais le faire en mars. Mais avec la tenue des Jeux qui, à mon avis, auraient dû prendre fin avec un grand rassemblement musical, je me suis dit pourquoi pas un Boom Fiesta Océan Indien pour que la fête soit plus grande. Malgré quelques difficultés, mon objectif est que Boom Fiesta devienne un événement annuel afin de permettre à plus d’artistes locaux et de la région de promouvoir leurs talents et leurs musiques.”
Concernant la billetterie, il précise que quelques places sont toujours disponibles dans les différentes catégories. Les billets sont en vente sur le réseau Otayo à Rs 700 (VIP), Rs 500 (Première), Rs 400 (Seconde) et Rs 300 (Troisième et debout). Outre la collaboration du scénographe Patrick Pongahet pour embellir la scène avec plusieurs tableaux vivants, Gérard Louis et son orchestre assureront la partie en live lors des solos, les duos et les prestations en groupe.

MAURICE

Sandra Mayotte : Présentatrice et animatrice de la radiotélévision mauricienne, Sandra Mayotte est une artiste qu’on ne présente plus. L’interprète de Kayambo et Kot li fine ale a fêté en 2018 ses vingt ans de carrière musicale.
Linzy Bacbotte : La chanteuse procure beaucoup d’émotions par ses chansons. Auteur de divers opus éclectiques, allant du séga au reggae, en passant par le zouk et le R&B, elle est une artiste ouverte sur le monde. Elle rejoint pour la première fois Gérard Louis dans Boom Fiesta.
Meera Mohun : Du spectacle Traditional Odyssey en 1995 à sa collaboration avec Dominique Barret, le public a vu en Meera Mohun une véritable artiste. Elle chante en hindustani, bhojpuri et en kreol.
Denis-Claude Gaspard : Fils de Jean-Claude Gaspard, Denis-Claude est auteur, compositeur et interprète. Très présent dans le circuit hôtelier, il compte à son actif plusieurs albums depuis ses débuts dans les années 90. Parmi, Mo enn mason, Ti cabanne, Mo amizé et, plus récemment, l’album Sega Family, aux côtés de son père et sa sœur, Mary-Jane Gaspard.
Kokofaya : Le groupe existe depuis avril 2018. Il s’est fait récemment connaître à travers Tam Tam Dan Zil, chanson officielle des Jeux des Îles de l’Océan Indien. Porté par la chanteuse Thallie Ann Seenyen, le groupe travaille actuellement sur son prochain album, qui devrait être prochainement dans les bacs.
Michael Clency : Le fils de Roger Clency s’est fait connaître avec Marilene sur la compilation Konpil Sega Piknik. Il chante depuis de nombreuses années, en accompagnant ses parents dans le circuit hôtelier. Il intègre ensuite l’équipe d’animateurs d’un hôtel avant d’émigrer dans les années 80 avec sa famille en France.
Renel Trapu : Interprète de Dife dan cite et Lot pa kile, il est connu pour ses ségas d’ambiance. Renel Trapu s’est fait connaître du grand public avec Lavi sommer, morceau qui lui a permis de remporter le concours Sofe Ravanne.
Marcelino Chaton : À l’aube de ses 40 ans de carrière, Marcelino Chaton vit entre Maurice et La Réunion. Il s’est retrouvé propulsé au sommet en 1995 avec Mo Kontan Plante. Un album enregistré avec le groupe Cassiya, composé à l’époque d’Alain Ramanisum, Alain Lafleur, de Bruno François et Désiré François.

RODRIGUES

Doyal Edouard : L’interprète de Korbo ou encore Gali Gali est un chanteur rodriguais très présent et connu dans l’océan Indien. Durant ses 40 ans de carrière sur la scène musicale, Doyal Edouard s’est retrouvé sur plusieurs compilations et a contribué à nombreux albums, notamment du groupe Zotsa.
Vallen Pierre Louis : C’est un nom qui fait partie intégrante de la musique de l’océan Indien. Vallen Pierre-Louis compte plus de 30 années de carrière, qui l’a conduit de succès en succès. L’homme derrière le tube Ti Pier Louis est aussi le cofondateur du groupe Mannyok.

SEYCHELLES

Jean-Marc Volcy : Jean-Marc Volcy, dont les trois CD ont cartonné aux Seychelles et dans tout l’océan Indien, est l’interprète de tubes comme Voule vou danse mademoizel, I zoli memm ou Bel kou’d kannon. Sur des airs bien rythmés, à la guitare, Jean-Marc Volcy s’est fait un nom en chantant des textes traditionnels, jusqu’à intégrer le Seychelles Musicians Wall of Fame en février 2017.
Patrick Victor : Il connaît la musique. Moutia d’Afrique ou polka d’Europe, tant en créole qu’en français, ses compositions métissées donnent le ton à la chanson locale, puisant leurs racines dans le passé, tout en s’accordant à des rythmes modernes. Chantant leurs îles avec douceur et humanisme, Patrick Victor et son groupe Bwa Gayac ont été les premiers du pays à être gravés sur compact disc. C’est lui également qui a eu l’honneur du premier vidéoclip seselwa.

RÉUNION

David Louisin : Son histoire, c’est un rêve d’adolescent devenu réalité par la volonté de se distinguer dans le registre du séga. Lorsqu’il débute à 15 ans dans le groupe Safari, son ambition est de devenir musicien et ségatier. C’est en 2007 que David Louisin s’est lancé en solo, et avec réussite, en présentant au public son premier CD, In larm.
Emmanuelle Ivara : Mère chanteuse, père musicien : tout prédestinait Emmanuelle Ivara à une belle carrière musicale. Après avoir chanté sur les albums de Manyan, partagé des duos avec David Louisin ou Kréolokoz, elle a sorti en 2014 Mon trésor, un premier album dans la pure tradition séga, avant d’enchaîner avec de nombreux succès, comme Salalé ou Connecté.

MADAGASCAR

Dodol : Ancien joueur de football international dans les années 1990, Dodol a finalement trouvé un autre terrain de jeu, celui de la musique. C’est grâce à une musique métissée que Dodol se dévoile et trouve son équilibre. Il s’inspire de tous ses voyages et se plaît à fusionner les styles : sega maloya, hira gasy, salegy, tsapiky, parfois du reggae. Un savant mélange aux couleurs de l’océan Indien.