Bordeaux jouit d’une immense richesse patrimoniale : monuments et architectures inestimables ; sculptures gigantesques bien en évidence ; jets d’eau éblouissants dans des lieux publics; ses nombreuses cathédrales aux vitraux colorés, pleins d’éclats aux rayons du soleil et éparpillées dans les places principales, nostalgique témoignage de fidélité, de foi, de croyance dans le catholicisme, autrefois.  Bordeaux a su remonter la pente de l’histoire afin de redorer son blason, terni par son passé cauchemardesque, entaché d’opprobre par la traite négrière et est devenu, aujourd’hui, une plaque incontournable pour des étudiants, de différentes langues et cultures, accourus du monde entier pour être admis au sein de ses nombreuses universités Parmi lesquels une cinquantaine d’étudiants mauriciens!
A plus des 500 km au sud-ouest de Paris, capitale de l’Hexagone, Bordeaux, déjà  universellement connue et réputée pour son vin, son champagne, est en passe de se transformer en une ville polyvalente ultra moderne. La 6e métropole française et sa région connaissent un dynamisme démographique très favorable et s’inscrivent parmi les régions les plus attractives de France. Avec une communauté urbaine de plus des 27 Communes !  Sous la houlette du maire Alain juppé, à peine l’entame de son mandat mairal, il eut la géniale idée d’introduire les trams comme moyen de transport rapide. Au fur et à mesure, les réseaux se sont infiltrés partout et à travers le pays. Ajoutons à cela, les Lianes d’autobus en accordéon pour desservir certaines régions, non accessibles aux trams. On n’attend pas longtemps à l’arrêt ou à la station de drams ou à peine 10 minutes. Au volant du tram ou de l’autobus, souvent on remarque des femmes conductrices ! Il y a beaucoup plus d’étrangers que de Bordelais qui voyagent et lorsqu’ils parlent, entre eux, chacun s’exprime dans sa langue natale Babel dans le tramway  !
Ailleurs, autre initiative du maire, le Pont Levant Chaban Delmas est un vrai bijou architectural.  Au coût faramineux. Le pont surplombe la Garonne pour donner un accès plus fluide vers la rive droite qui grouille d’activités sur des chantiers multiples avec l’implantation d’immeubles à grande échelle. L’infrastructure métallique avec ses colossaux cylindres et pistons, permettant au pont de se mouvoir, de se détacher de sa base, est impressionnante ! A intervalle régulier, le fameux pont est interdit à la circulation pendant quelques heures, le temps du passage d’un paquebot ou d’un yacht touristique. Attention, l’imprévu, cela n’existe pas dans ce genre de contrôle ! Partout, sur l’artère principale, le panneau digital  déjà affiché à l’avance indique l’heure de circulation interdite sur le pont. La navigation, à Bordeaux, apporte également sa quote-part dans le budget régional. Le Pont Levant Chaban Delmas est précédé de pas moins six autres qui enjambent la Garonne. A savoir : Pont Aquitaine, Pont Pierre, Pont François Mitterrand, Pont St., Jean, Pont Tournant, Passerelle Eiffel Tous ces Ponts sont d’une longueur de plus de 500 mètres et ouvrent l’accès au trafic dans cette partie de la Rive Droite qui connaît un développement tous azimuts.   
Toussaint  Louverture
A l’orée de l’espace public, bordant la Garonne , opposé au quartier des Chartrons, autrefois haut lieu de la traite négrière de la ville, on découvre avec stupeur et un certain émerveillement la stèle commémorative de Toussaint Louverture Grand tribun, accédé au grade de général de division dans l’armée française, né à Saint-Domaingue vers 1743 et mort en captivité au Fort de Joux le 7 avril 1803, il avait alors approximativement 60 ans, adulé en tant qu’homme politique français des Antilles, il joua un rôle historique de premier plan, en tant que chef de la Révolution Haïtienne en 1791-1802. C’est une des grandes figures des mouvements anticolonialistes, abolitionnistes et d’émancipation des Noirs. Mis en disgrâce à cause de sa politique d’émancipation des Noirs, Napoléon Bonaparte délègua un corpsexpéditionnaire placé sous le commandement du général Leclerc qui captura Toussaint Louverture. Prisonnier et captif, au moment de monter sur le navire Le Hérosqui le déporta avec sa famille vers la France, Toussaint Louverture aurait prononcé cette phrase : “En me renversant, on n’a abattu à Saint Domaingue que le tronc de l’arbre de la liberté, mais il repoussera, car ses racines sont profondes et nombreuses.”Il caressait le rêve d’une restauration de l’ordre ancien au profit des Noirs créoles. On peutdire, sans se tromper, qu’un Noir du calibre de Toussaint Louverture est un des rares hommes de cette époque qui a été autant glorifié à titre posthume : sa Biographie, écrite par plus d’une vingtaine d’écrivains, entre autres Alphonse de Lamartine, Alexandre Dumas, Aimé Césaire ; ses Mémorials se trouvent un peu partout en France, au Canada et ailleurs ; des films, des documentaires, son nom est mentionné dans plusieurs domaines, des rues, des lycées, etc. L’histoire a fait de lui une vraie légende !
Un médecin exerçant dans le privé
Des étudiants du monde entier affluent à Bordeaux pour être admis dans ses différentes universités. On peut compter plus d’une cinquantaine de nos compatriotes parmi eux, dont la plupart ont choisi la filière médecine. On a eul’occasion de rencontrer un médecin d’origine mauricienne exerçant depuis des lustres dans le privé là-bas. Ecoutons-le :“Je me suis installé à Bordeaux depuis plus d’une trentaine d’années. J’exerce la médecine privée et je dois admettre que j’ai une assez bonne clientèle qui me permet de bien gagner ma vie et celle de ma famille. Ce que j’apprécie avec les patients : ils sont fidèles à leur médecin. Cette confiance qu’ils me témoignent, je reçois cela comme un sacerdoce qui m’offre l’opportunité de m’engager dans le travail social également”, nous confie-t-il.
Comme lui, il existe d’autres médecins mauriciens qui se sont installés à Bordeaux depuis assez longtemps. Certes, ils comptent tous retourner à Maurice, un jour ce ne sera pourtant pas pour demain ! Toutefois, il n’y a pas que des médecins là-bas qui ont choisi Bordeaux comme leur deuxième patrie ? Il y a un bon pourcentage de nos compatriotes qui exercent comme laboureurs ou commis dans des magasins. A une autre de nos questions, à savoir s’il consentirait à une éventualité de venir exercer dans nos hôpitaux, il répond, sans détour :“Jamais ! Vous savez quand on entend ce qui se passe et ce qui se trame au niveau de notre service hospitalier, à Maurice, on est bien bien loin de ce qu’on doit attendre d’un service public ! Du professionnalisme  nul ; de l’à-peu-près, presque partout! Non, je ne me vois pas venir travailler à Maurice. Le système même diffère On a beau dire soin égal pour tout le monde, ce sont des expressions creuses ! A vrai dire, l’égalité, la démocratie, la méritocratie, c’est pour ceux qui ont le privilège du pouvoir en place.”
“Du désespoir au grand jour”
On s’est tourné vers un étudiant dont la famille habite le Nord de Maurice. Appelons-le Shameem. Il ne nous cache pas sa fiertéd’avoir pu s’accrocher jusqu’ici à la vie bordelaise. Ecoutons-le : “2006, 5 août plus précisément, je me vois atterrir à Bordeaux, réalisant ainsi le rêve de tous les jeunes de mon âge :  humer enfin le doux parfum de cette terre française ! Je dois avouer que j’avais une soif intenable et une adoration indéniable pour la langue française. Cette passion linguistique francophone m’avait propulsé tète baissée avec forte croyance que les portes des universités vont s’ouvrir devant moi automatiquement ? Et cefut la déconvenue complète dès mes premiers jours dans Bordeaux ! Tout était différent et si cher C’est du désespoir au grand jour ! Heureusement qu’il y a une solidarité entre les Mauriciens. De ce fait, j’ai pu avoir un studio en colocation avec un compatriote. Il étudiait l’Ingénierie en aéronauthique. Aujourd’hui, ses études terminées, il a obtenu de l’emploi à l’Institut Maintenance Aéronautique de Bordeaux – Mérigniac.”
Shameem ne finit pas de parler de son parcours de combattant alors que sa poche était vide. Tout l’argent envoyé par ses parents s’épuisait en un clin d’oeil. Tous les jours ses parents firent un devoir de l’avoir au bout du fil pour lui remonter le moral. Il n’avait qu’une idée en tête : ne jamais faiblir, ni faillir. A force de persévérance, Shameem réussit à se faire remarquer, grâce à la générosité  d’une dame au grand coeur. Nourri, logé, blanchi en échange de quelques petits boulots , bien entendu. L’espoirrenait pour lui. Shameem a le sang de la débrouillardise dans les veines. Seulement, il lui fallait un tremplin et il a trouvé ce qu’il avait besoin pour se relancer auprès de la dame au grand coeur. Il a pu se faire admettre au sein de l’Université Bordeaux 3 pour étudier la culture et civilisation anglo-saxonne.
De la clandestinité à l’air libre
Il a su se faire un peu d’argent de poche à ses heures perdues en distribuant des journaux. IL a pu ensuite se faire embaucher comme serveur à la cantine de l’Université. Et la cerise sur le gâteau : il est présentement animateur / présentateur à la radio Campus ! L’étudiant Shameem a un sourire de triomphe et de fierté lorsqu’il songe à son parcours. Il a vécu pendant un bon bout de temps dans la clandestinité. En 2010, lorsqu’il se présentait à la Perfecture pour le renouvellement de sa Carte de séjour, quel choc cela fut pour lui quand il se voit délivrer un O.Q.T.F (Obligation de quitter le territoire français).  Il avait un delai d’un mois pour plier bagage et retourner au bercail. Cependant, il ne se laissait pas faire aussi facilement. Il a pu avoir l’appui du corps universitaire au grand complet pour le soutenir; tous les profs des Cours s’étaient mobilisés pour sensibiliser le préfet. Un courrier avait même était adressé à l’attaché en direct au Ministère des affaires intérieures. Etcomme le préfet agit indépendamment de la mairie de Bordeaux, c’était le ballon d’oxygène pour Shameem !  Maintenant, il jouit de toute sa liberté de mouvement comformément aux Droits de l’Homme. On peut dire de lui sans se tromper qu’il est un vrai fonceur ! Il a trouvé sa voie.