Pour les visiteurs qui empruntent le trajet jusqu’aux Gorges de la Rivière-Noire, c’est l’occasion d’aller vers ces lieux secs pour acquérir un souvenir d’enfance : ces jamblons, petits fruits pourpres et juteux, devenus aujourd’hui un argument de vente.
Pieds nus, en bottes ou en baskets, le pantalon relevé jusqu’aux mollets, des randonneurs partis tôt le matin se font griffer bras et jambes pour atteindre ces lieux reculés, puisque la construction des maisons en ville a repoussé les jameloniers dans des endroits sauvages comme Brado ou Rivière-Noire, là où martins et condés propagent les graines de cet arbre qu’on trouvait jadis à Petite-Rivière, près de la voie ferrée. Les marchands sont déjà présents, munis de seaux en plastique. La cueillette a déjà commencé. Des enfants, debout devant un grand panier, sont les petits vendeurs de ce trésor pourpre.
Le jamelonier est une plante exotique, non invasive et naturalisée. Nos aînés se souviennent de ces fruits-pays que sont le coeur-de-boeuf, zatte, combava, vavangue, bibasse, ou le jamblon (Syzygium cumini), qui tachait les vêtements et laissait la bouche et les lèvres bleues. Le jamblon se vend en fin de saison (la fructification de l’arbre est abondante de mars à mai) à Port-Louis ou ailleurs, auprès de marchands dont les paniers débordent de fruits qui virent du rose au pourpre brillant lors des différentes phases de sa maturation.
Si l’on se réfère aux Plantes des Mascareignes et leur Histoire à l’île Maurice de Guy Rouillard et Joseph Guého, le jamblonier ou jamelonier est probablement originaire de la région indo-malaise, à fruits de la forme et de la grosseur d’une olive, pourpre-noir à maturité. La Flore des Mascareignes recèle d’autres informations : « Arbre glabre, atteignant 20m de hauteur ; écorce gris clair, écailleuse ; ramilles arrondies. Feuilles à pétiole long de 1-2,5 cm, canaliculé dessus, parfois rosâtre ; limbe ovale-oblong ou elliptique oblong… »
Les inflorescences sont en général insérées plus bas que les feuilles. Les fleurs, parfumées, sont groupées par trois à cinq près du sommet des rameaux de l’inflorescence. Les baies (fruits) oblongues, pourpre-noir, à pulpe mince, blanche, ont au sommet un ombilic tubuleux. La pulpe pourpre est molle, astringente, lorsque le fruit n’est pas mûr. Elle est riche en vitamines A et C et renferme de l’anthocyanine qui bleuit la bouche. Le jamblonier pousse à La Réunion, Rodrigues et Maurice.
Il faut savoir explorer et préserver les lieux où il pousse. Citons François Boissier de Sauvages 1706-1767 (lecturer of Phillibert de Commerson, first botanist collecting in Mauritius) : « Nature routinely hides her best treasures in such wild places, keeping them only for those explorers who are willing to seek them out. »