Des centaines d’automobilistes et de passagers du transport en commun ont pratiquement pleuré d’impatience, certains rongeant (littéralement, dans le cas de quelques conducteurs) leurs freins, dans les immenses bouchons qui ont pénalisé la circulation dans la capitale depuis ce mardi. Ce week-end, et pour la semaine qui suit, ponctuée notamment de deux jours fériés, ils pourront en toute légitimité pousser un grand ouf de soulagement ! Les autorités en profiteront-elles pour autant pour mettre les bouchées doubles et accélérer les travaux ? Mieux, envisageraient-elles, pourquoi pas, quelques autres options pour décongestionner l’entrée de Port-Louis et ainsi soulager le calvaire de milliers de Mauriciens ?

On ne peut que le souhaiter sincèrement et prier que le bon sens prévale.
Car au nom du développement, on ne peut pénaliser la masse ouvrière. C’est une injustice profonde. Certes, il ne faut pas faire obstacle au progrès. Néanmoins, les avancées infrastructurelles et logistiques du pays ne peuvent se faire au prix de la productivité. Ce qui étonne, et révolte même dans une certaine mesure, c’est le manque de prévision et d’anticipation de la somme de problèmes occasionnés par ces travaux ! Gouverner, c’est prévoir, dit l’adage, n’est-ce pas ? Dans le cas présent, on peine à comprendre ce qui a été pris en considération dans l’élaboration du projet en cours puisque l’alternative prônée est loin de répondre à la demande…

Mais il n’y a pas que ce chantier à ciel ouvert qu’est actuellement ce tronçon de l’autoroute qui suscite les plus vives inquiétudes en ce moment. Cette semaine a aussi été marquée par la proclamation des lauréats de HSC, cuvée 2017. Dans sa présentation de cette nouvelle promo de la crème de l’élite du pays, Le Mauricien les a interrogés sur leurs préoccupations individuelles, malgré leurs emplois du temps que l’on imagine très chargé et rigide. Au point où l’on imaginerait – à tort ! – que ces jeunes ne font pas partie de la masse. En effet, leurs réponses à des interrogations précises ont beaucoup surpris. Mais inquiété également. Car une grande majorité des lauréats de 2017 ont répondu spontanément que la drogue était leur préoccupation majeure !

Nombre de ces lauréats ont prouvé que le sujet ne leur était nullement étranger, appuyant leurs arguments, “off the record”, bien évidemment, de descriptions, d’observations et de commentaires qui attestent d’un fait majeur : la drogue, qu’il s’agisse du Brown Sugar, du gandia ou, pire, des nouvelles drogues synthétiques (NDS), est bel et bien présente dans leur quotidien. Que certains de ces jeunes aient « goûté », dans un élan de curiosité, poussé par le « peer pressure » qui n’exclut pas les élites, bien au contraire, à ces substances dangereuses, n’est nullement improbable. L’un des élèves rencontrés a même confié que du gandia avait été retrouvé, cultivé, dans l’enceinte de son établissement scolaire… Un autre a détaillé si bien une dose de “krokodil” ainsi que les logements dans lesquels ces produits sont commercialisés qu’on aurait pu se méprendre en le prenant pour un « jockey » ! Des informations précieuses et importantes qui n’ont bien évidemment pas été publiées pour des raisons que l’on devine, mais qui sont hautement révélatrices !
Et il n’y a, à tout cela, à notre sens rien d’étonnant. Car quand les observateurs sociaux tiraient la sonnette d’alarme, début 2015, alors que le problème prenait de l’ampleur, le mal était déjà fait ! Et pendant ce temps-là, la ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun, et son ancien collègue à la Santé, Anil Gayan, avaient opté pour le déni ! C’est hélas une réalité avec laquelle nos jeunes doivent conjuguer dans leur quotidien : les drogues ont infiltré écoles et collèges, dans le public comme dans le privé. Pendant un bon bout de temps, les autorités ont persisté à nier l’étendue du problème. Or, aujourd’hui, par la voix même des étudiants issus des institutions secondaires, la vérité a éclaté. Telle une gifle magistrale, une douche glacée.

La commission d’enquête sur la drogue entame désormais sa toute dernière ligne droite. L’un des témoins très attendus, nommément Sada Curpen, réserve son lot de révélations pour cette dernière manche, qui se jouera début mars prochain. Il convient une fois encore de saluer l’immense travail abattu, tant par l’ancien juge Paul Lam Shang Leen que par ses deux assesseurs ou que l’équipe de l’ASP Hector Tuyau dans le déroulement de ces travaux. Car sans les enquêtes, que l’on devine minutieuses et pointues, l’infiltration de la mafia dans quasiment tous les antres de l’establishment, tels que l’ont confirmé officiers de police, gardes-chiourmes, membres du barreau, politiques et autres fonctionnaires, n’aurait pas été révélée au grand jour ! Entre-temps, cette équipe met les bouchées doubles pour la rédaction du rapport très attendu. En souhaitant qu’il ne finisse pas au fond d’un tiroir…