L’euphorie autour de la proclamation des lauréats s’est tue et, pour certains, le retour à la réalité a été brutal. Avec une allocation de Rs 300 000 pour un “first degree”, beaucoup ne seront pas en mesure d’entreprendre des études à l’étranger. La frustration est grande et ils se demandent quel est l’intérêt d’avoir fait autant de sacrifices pour en arriver là. Car depuis 2013, le montant des bourses additionnelles est passé de Rs 590 000 à… Rs 300 000, soit réduit de presque moitié.
Beaucoup a été dit sur l’augmentation du nombre de lauréats, de 30 à 68, découlant d’une mesure budgétaire de 2011. Mais pas grand-chose n’a transpiré sur la manière dont les fonds ont été alloués pour cela. En janvier 2013, le ministère de l’Éducation avait émis un communiqué annonçant que le montant des bourses additionnelles était désormais de Rs 300 000 pour des études à l’étranger. Auparavant, la somme allouée était de Rs 500 000. Cette information est passée inaperçue du grand public, sauf des personnes impliquées dans le milieu.
C’est ainsi qu’après une récente réunion au ministère de l’Éducation, les lauréats de la cuvée 2014 ont reçu une douche froide. Beaucoup réalisent qu’ils ne seront pas en mesure d’intégrer des prestigieuses universités étrangères, ce pour quoi ils avaient tant sacrifié, et se demandent si le fruit de tant d’efforts se résume au simple « prestige d’être lauréat ».
En effet, seules quelques universités en Inde et en Chine proposent des cours avec un tel budget. À cela, il faut ajouter le coût de la vie. Pour ceux qui souhaitent étudier en Europe, en Amérique ou en Australie, il faut compter au moins Rs 1 million. La mère d’une lauréate de la cuvée 2014, confie toute sa peine après avoir vu sa fille faire tant de sacrifices : « Nous avons cherché des informations auprès de plusieurs universités étrangères, mais toutes les offres se situent au-delà de Rs 300 000. Ma fille est frustrée et découragée. Elle se demande à quoi cela lui a servi d’être lauréate. »
En début de semaine, une pétition signée par 11 lauréats a été envoyée au ministre des Finances, à la ministre de l’Éducation, au Premier ministre et au Président de la République, dans laquelle ceux-ci plaident pour une meilleure considération des efforts consentis et réclament la révision de la mesure de 2011. La lettre accompagnant la précision remercie le gouvernement pour cette bourse, mais précise : « However, we ambitious students, were disappointed upon knowing that we will be entitled to an annual all-inclusive grant of a maximum of Rs 300 000 for a first degree of a maximum duration of 4 years. However, they will not be eligible to a postgraduate scholarship awarded by the Government of Mauritius. Unfortunately, the amount of money allocated to the additional laureates who are opting to study abroad is not sufficient and does not cover even one year of study. »
Les signataires demandent que cette mesure de l’ancien gouvernement dans le Budget 2011 soit revue et que la somme allouée soit de Rs 590 000. À ce jour, seul le ministère des Finances a accusé réception de la lettre. Les lauréats disent avoir essayé pendant plusieurs jours d’avoir une rencontre avec la ministre de l’Éducation.
Plus de 50% des lauréats concernés
Cinquante lauréats sont concernés par cette situation. Selon le New Government Scholarship Scheme de 2013, le nombre de lauréats est passé de 30 à 68. De ce chiffre, 18 sont les bénéficiaires de la SSR National Scholarship et de la State of Mauritius Scholarship, qui permettent une prise en charge totale du coût des études. Les 50 autres lauréats additionnels ont eu droit à Rs 300 000 s’ils étudient à l’étranger et entre Rs 96 000 et Rs 150 000 s’ils étudient à Maurice. Tout dépend également de la filière d’études, car certains cours ne sont pas disponibles localement. Les bénéficiaires de l’Additional Scholarship sont toutefois éligibles pour un “postgraduate course” d’une durée maximale d’un an à l’étranger ou deux ans à Maurice. Ce qui n’est pas applicable pour les deux autres catégories de lauréats.
Certains lauréats ayant obtenu une bourse additionnelle déclinent l’offre pour repasser l’examen et retentent leurs chances pour obtenir une bourse “fully funded”. Dans certains cas, ils se sont retrouvés une nouvelle fois avec une bourse additionnelle. Les lauréats sont d’autant plus frustrés qu’une des conditions de la bourse les oblige à revenir au pays et à travailler pendant au moins deux ans dans la fonction publique. « On ne paie même pas un tiers de nos études et on nous oblige à revenir, qui plus est pour travailler dans la fonction publique. » Alors que ces lauréats déçus attendent avec impatience l’ouverture d’un dialogue avec les autorités, certains sombrent tout simplement dans la déprime, car ils savent que leurs familles n’ont pas les moyens de payer la différence pour les études de leur choix.