L’histoire du tout nouveau champion d’Afrique de la catégorie des moins de 56 kg, Jordy Vadamootoo, est passionnante. Non seulement a-t-il décroché un titre majeur continental à à peine 22 ans en disposant de l’Ougandais Geofery Kaketo, mais il a aussi prouvé que, désormais, il va falloir compter avec lui dans une catégorie dans laquelle s’écrit la plus belle page de la boxe mauricienne. En 2008, Bruno Julie offrait à la République de Maurice sa seule médaille olympique (bronze) lors des Jeux de Pékin, en Chine. Qualifié pour les Championnats du monde Elite d’août prochain à Hambourg, en Allemagne, Jordy Vadamootoo tentera de réaliser une autre belle performance. Selon lui, passer un tour serait déjà un gros accomplissement pour une carrière qui ne fait que débuter.
Jordy Vadamootoo est un jeune homme qui ne semble reculer devant rien. En 2015, il n’était même pas certain de représenter le pays lors des 9es Jeux des îles de l’océan Indien à La Réunion. Jordy Vadamootoo n’était que le troisième choix de la catégorie à quelques semaines des jeux. Champion national des moins de 56 kg en 2014, il n’avait pu conserver son titre, l’année suivante, échouant en demi-finale face à Oliver Laverdure.
Ne voulant cependant rien lâcher, il a continué à travailler avec beaucoup de vigueur et de détermination. Car il était hors de question pour lui de rater ces Jeux. À l’époque toutefois, il ne pouvait se consacrer entièrement à sa passion, et ce, en raison de son travail. C’est alors qu’il prit la décision de se confier au Directeur technique national, le Cubain Roberto Ibanez Chavez. « J’ai expliqué à Roberto que j’étais disposé à progresser davantage et à me battre pour une place en sélection. Mais pour cela, il me fallait bénéficier d’une permission de mon employeur, afin de pouvoir m’entraîner matin et soir », a-t-il déclaré.
Des JIOI mémorables
Sa demande acceptée, Jordy Vadamootoo fera ses valises pour La Réunion en août 2015, au prix de beaucoup d’efforts et de sacrifices. Il ne décevra d’ailleurs personne en disposant en demi-finale du favori de la compétition, le Réunionnais Jordan Rodriguez. « C’était le champion de France et, qui plus est, il était devant son public. Il avait tout en sa faveur. Mais moi, je voulais y croire. J’ai finalement fait la différence au terme d’un combat très dur dont je garderai toujours de très bons souvenirs », se remémore-t-il. La finale s’est ensuite révélée beaucoup plus abordable. « J’étais confiant. Je me disais que si j’avais pu battre le favori, je pouvais encore le faire face au Malgache (Heritovo Rakotomanga) sans diminuer les mérites de ce dernier. Je ne me serais d’ailleurs pas pardonné si j’avais échoué en finale après avoir fait le plus difficile. »
Les choses ne se sont cependant pas déroulées comme il le souhaitait, surtout après les JIOI. Hormis sa participation à un stage de haut niveau en décembre 2015 en Egypte, Jordy Vadamootoo n’a pas eu la moindre opportunité de participer à une compétition internationale en 2016. « C’était frustrant de s’entraîner sans pouvoir participer à un tournoi à l’étranger. J’ai même été découragé par moments. Mon papa Claudio, lequel a toujours été là pour me soutenir, m’a demandé de m’accrocher. C’est ce que j’ai fait », a-t-il indiqué. Sa rencontre avec le DTN en décembre 2016 a également été pour beaucoup dans sa consécration aux Championnats d’Afrique. « Roberto a dit qu’il comptait sur moi pour 2017 et m’a demandé de continuer à travailler très dur. Roberto est le genre de personne qui sait vous pousser à donner le meilleur de soi-même », a-t-il fait ressortir.
C’est ce même Roberto Ibanez Chavez qui a su trouver les mots, a-t-il précisé, après les JIOI pour qu’il reste concentrer. « Après les jeux, Roberto m’a expliqué qu’il y avait d’autres compétitions de très haut niveau à venir et, pour cela, il fallait rester compétitif. Malgré le manque de compétition en 2016, je me suis accroché à ses précieux conseils », a-t-il souligné. Et à force de persévérance, il a fini par être récompensé, une fois encore. Battu au premier tour lors de sa première participation aux Championnats d’Afrique de 2015 au Maroc, Jordy Vadamootoo ne voulait en aucun cas passer à côté de ceux de 2017. « L’expérience acquise en 2015 m’a permis d’être beaucoup moins stressé. De plus, avec la grosse délégation mauricienne participant à cette compétition, je me sentais beaucoup plus à l’aise et motivé », a-t-il fait remarquer.
En route pour les Mondiaux
C’est finalement au terme de quatre combats que Jordy Vadamootoo est monté sur la plus haute marche du podium. « C’est mon plus beau souvenir à ce jour. La compétition était de très haut niveau et c’est en arrivant en demi-finale que j’ai commencé à croire que je pouvais réaliser quelque chose de grand. Psychologiquement, la victoire des quarts de finale m’avait fait beaucoup de bien. Je remercie mon papa qui a toujours été à mes côtés, ma famille, Roberto et l’encadrement technique national, la fédération et le ministère de la Jeunesse et des Sports et aussi tous ceux qui m’ont soutenu de loin ou de près », a-t-il indiqué.
Le travail ne s’arrête cependant pas là, puisqu’après une semaine de travail de récupération, les entraînements repasseront à deux fois par jour à partir de demain. Après avoir passé de simple boxeur régional à celui de continental en deux ans, Jordy Vadamootoo dit maintenant travailler pour passer un autre palier. « Je suis encore jeune et je suis pleinement conscient qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire. Pour passer à l’étape supérieure, il faut être encore plus rigoureux et discipliné. Il faut être déterminé plus que jamais ». Selon lui, les Championnats du monde d’Hambourg seront très durs et d’un tout autre niveau. « Si je parviens à passer un tour, ce sera un gros accomplissement pour la suite de ma carrière », a-t-il conclu.