Réunis en congrès extraordinaire à Lausanne en Suisse, mercredi, les membres de l’Association internationale de boxe amateur (AIBA) se sont prononcés en faveur de l’admission des boxeurs professionnels aux prochains Jeux Olympiques à Rio. 88 membres ont donné leur consentement, tandis que quatre autres se sont abstenus. Reste que cette décision a créée depuis une certaine polémique, avec des points de vue partagés.
Initiateur de ce projet, le Taïwanais Ching-Kuo Wu, président de l’AIBA soutient : « Parmi les 28 sports présents aux Jeux Olympiques d’été, la boxe était le seul qui n’admettait pas les professionnels. En cela, nous suivons donc les recommandations de l’Agenda 2020 adopté en décembre 2014 par le Comité international olympique à l’initiative de son président, Thomas Bach. »
Cette décision tourne une page vieille d’un siècle, où les Jeux Olympiques ont souvent constitué l’antichambre réservée aux amateurs, dont certains sont devenus ensuite de grands champions chez les pros. À l’instar de Muhammad Ali — à l’époque Cassius Clay — (or chez les mi-lourds à Rome en 1960), Sugar Ray Leonard (or à Montréal en 1976, super-légers) ou encore Oscar De La Hoya (or à Barcelone en 1992, légers).
L’entraîneur national de la sélection mauricienne, Judex Bazile, souligne de son côté n’avoir pas été surpris de l’adoption de ce projet. « On le voyait venir, car l’AIBA avait lancé depuis quelques années les World Series of Boxing et l’AIBA Professionnal Boxing. Cela constitue donc un changement en douceur ». Toutefois, il fait ressortir que cette décision a été entérinée à une trop courte période de la toute dernière épreuve qualificative des JO, soit du 3 au 8 juillet au Vénézuela.
« Les pros ont l’habitude de boxer en huit ou dix rounds. Ce sera difficile pour eux en si peu de temps de revenir aux trois rounds. Qui plus est, certaines organisations ont fait savoir aux boxeurs pros qu’ils seront disqualifiés en participant aux Jeux Olympiques ». Tout en avançant que la concurrence sera rude lors de ce dernier tournoi qualificatif, Judex Bazile prédit que la course aux podiums sera encore plus difficile lors des prochaines éditions des Jeux Olympiques.
Par contre, l’ancien champion du monde des lourds Myke Tyson avait jugé fin mai l’idée « ridicule » et « stupide » lors d’un événement en Chine. « Ce projet est dangereux : la volonté est de monétiser la boxe olympique », avait de son côté estimé début mars le Britannique David Haye, ex-champion du monde WBA des lourds. Certains, plus rares, se réjouissent de cette évolution, comme le boxeur britannique Amir Khan, médaillé d’argent en 2004 à Athènes. Professionnel depuis 2015, Khan s’est réjoui mercredi de cette décision et annoncé lors d’un événement à Karachi vouloir combattre pour le Pakistan, le pays de ses parents.
Reste que pour voir les stars de la boxe à Rio, les chances sont minces. Par exemple, le planning de Vladimir Klitschko (médaillé d’or aux JO d’Atlanta en 1996 en tant qu’amateur) — qui avait assuré en mars qu’il irait à Rio si la réforme était adoptée — semble en effet déjà bouclé avec un combat le 9 juillet contre le Britannique Tyson Fury pour leurs retrouvailles à Manchester pour les ceintures WBA et WBO. Le Philippin Manny Pacquiao, qui rêvait de représenter son pays aux Jeux Olympiques, a finalement annoncé fin mai qu’il y renonçait, préférant se concentrer sur sa nouvelle charge de sénateur.
La participation des pros vient donc apporter une nouvelle révolution à cette discipline, avec l’inclusion de la boxe féminine à partir des derniers Jeux Olympiques à Londres et le fait que les pugilistes évoluent désormais sans casque.