La décision de la délégation comorienne de se retirer des Jeux des Îles de l’océan Indien (JIOI) est considérée à Maurice comme une conséquence logique d’une violation de la Charte des Jeux. C’est ce qui ressort des premières déclarations faites par le ministre des Affaires étrangères Étienne Sinatambou ainsi que de son prédécesseur, Arvin Boolell. Pour Jean-Claude de l’Estrac, secrétaire général de la Commission de l’Océan Indien (COI), les Comores ne pouvaient pas ne pas réagir à cette situation sachant qu’ils contestent le statut de Mayotte dans les instances internationales.
La délégation comorienne a été la première à entrer sur la piste lors du traditionnel défilé des athlètes lors de la cérémonie d’ouverture des 9es JIOI. Toutefois, après l’entrée de la délégation de France Océan Indien, comprenant Mayotte et La Réunion avec le drapeau français en tête, les athlètes comoriens se sont retirés de la piste principale pour quitter le stade de manière spectaculaire. Le chef de délégation devait annoncer peu après que les Comores ne participeraient pas « parce que les règles de la Charte des Jeux n’ont pas été respectées ». Celles-ci stipulent que Mayotte ne doit pas arborer le drapeau français et ne doit afficher aucune couleur nationale, mais doit utiliser simplement le drapeau des JIOI.
Réagissant à ce boycott, le ministre des Affaires étrangères Étienne Sinatambou a regretté que les athlètes comoriens ne puissent participer à cette célébration sportive régionale, mais reconnaît que « le retrait de la délégation comorienne fait suite à la violation de la Charte des Jeux ». Pour son prédécesseur, Arvin Boolell, qui qualifie ce retrait de compréhensible, le dossier Comores-Mayotte a été très mal géré par les autorités des jeux. « N’importe quel pays respectueux de sa souveraineté et de la dignité de son peuple souverain aurait agi de la sorte ». Il estime qu’une réunion des ministres des Sports des îles de l’océan Indien devrait être convoquée pour une condamnation ferme de la violation de la Charte des Jeux. Arvin Boolell déplore que la France, représentée à ces Jeux par son ministre des Sports, ait utilisé cet événement « pour prendre un avantage géopolitique ». Il rappelle que les Comores ont toujours réclamé leur souveraineté sur Mayotte dans les instances internationales, dont les Nations unies et l’Union africaine, que cette position a toujours été soutenue par les pays de la région, dont Maurice, et que s’ils avaient ignoré la présence de Mayotte dans la délégation France Océan Indien cela aurait équivalu à une reconnaissance du statut français de Mayotte.
Jean-Claude de l’Estrac, SG de la COI, précise de son côté que les JIOI n’ont rien à faire avec cet organisme. « Les Jeux existaient avant la création de la COI ». Pour lui, la réaction des Comores était prévisible. « Sans être parties prenantes des Jeux, nous avions prévenu l’organisation des Jeux des risques qui se présentaient surtout après l’accession de Mayotte au statut de département français », déclare-t-il, avançant que la France a négligé la dimension politique et diplomatique des Jeux, et a sous-estimé les Comoriens. « Ne pas réagir aurait été une forme de reconnaissance du statut de Mayotte, ce qui aurait affaibli la cause des Comores à l’international. Il ne faut également pas oublier qu’en cette année électorale aux Comores, Mayotte est un sujet sensible. Le statut de Mayotte a changé pour la France, mais pas pour les Comores. De plus, la Charte des Jeux est restée inchangée », poursuit-il.
Les Comores sont composées de trois îles, à savoir la Grande Comore, Anjouan et Mohéli, qui forment un État souverain depuis décembre 1974 à la suite d’un référendum organisé par la France sur l’autodétermination. La France, qui s’est retirée de ces îles, a maintenu sa présence sur une quatrième île, Mayotte, qui avait voté contre l’autodétermination. Cette démarche a été condamnée par le Conseil de sécurité des Nations unies. En 1994, l’assemblée générale de l’ONU a réitéré en demandant au gouvernement français de se plier à sa résolution, ce qui aurait résolu la crise qui couvait dans le pays appelé à cette période République fédérale islamique des Comores. Mayotte est devenue un département d’outre-mer français en 2009 avant de passer au statut de département français en 2011.