Présente depuis six ans dans l’île, Brink’s s’est forgée une solide réputation grâce à ses gros bras, en ce qui concerne l’aspect visible. Mais au back office, on s’active autrement, les armes faisant place aux logistiques de pointes et aux procédures : le fiduciaire…
On les surnomme les « gros bras », « sekirite », ou convoyeurs. Ces professionnels adoptent pourtant les plus stricts protocoles internationaux. Six ans de cela, la société Brink’s, débutait ses opérations à Maurice, intégrant au passage les sociétés Securicor et High Security. Elle s’impose dorénavant comme le leader de la sécurité privée à Maurice. Et sur le terrain, Brink’s est plus que visible avec ses camions de convoyage, ses musclés en uniforme. Avec ses 2 900 salariés, la société est au service de plus de 7 500 clients — surveillance humaine, conception, installation et maintenance de systèmes d’alarme, télésurveillance et patrouilles d’intervention, pour ce qui est de la ligne de service traditionnel.
Mais le coeur du métier chez Brink’s est tout autre : le cash management ou la logistique fiduciaire. Fiduciaire ? « Une société fiduciaire est une entreprise spécialisée dans la garde et la gestion à moyen ou long terme du patrimoine d’une personne ou d’une entreprise. Certaines fiducies sont considérées comme des quasi-banques. » C’est la définition que propose Wikipedia. Étymologiquement, le mot fiduciaire signifie « confiance » (fiducia en latin). Une monnaie fiduciaire est un instrument de paiement dont la valeur est égale à celle mentionnée sur le billet ou la pièce. Soit, fiduciaire définit ce qui a trait à la liquidité. En clair, il s’agit du cash dont la valeur extrinsèque est « facilement transformable », ce qui rend le management et la logistique de ce type d’opération tant complexe que risqué.
Quasi-banque
« Aujourd’hui le Cash Management renvoie le back office d’une banque commerciale à une société comme Brink’s, explique Eric Rey, Chief Executive Officer. De sorte que les banques peuvent se concentrer sur les opérations propres à leur business : emprunts, prêts, facilités de crédit… » C’est ce que regroupe l’activité phare de Brink’s : le Cash in Transit (CIT), le Money Processing, la gestion des Automatic Teller Machines (ATM) et l’International Value Transportation.
D’abord, le CIT correspond au transport sécurisé de valeurs dans des véhicules équipés spécifiquement à cet effet. Il s’agit, en somme, du sommet de l’iceberg dont le Money Processing est la partie cachée et se fait, en quelque sorte, le garant de la valeur ajoutée. Le Money Processing, ou le traitement du numéraire, comprend aussi bien le comptage et le tri des espèces, des services de réconciliation que le traitement des dépôts.
Le service de gestion des ATM inclut pour sa part le remplissage en numéraire, la maintenance, le ramassage, entre autres. Brink’s gère 88 ATM de cinq banques différentes à Maurice. Finalement, l’International Value Transportation est fournie par Brink’s Global Services.
Brink’s, une quasi-banque donc ? Alors que l’on pouvait penser que les opérations ne concernaient que le drop-in, drop-out — transfert de devises d’un point A à B. Désormais pourrait-on parler en termes A, B et C ?
Qu’en est-il de cette étape intermédiaire (point B) ? Eric Rey et Renaud Fabre (directeur du Cash Management) ont proposé à la presse une visite du Cash Centre de Brink’s, centre névralgique de la manoeuvre.
Bien sûr, les procédures de sécurité sont de mise : guérite, système d’asservissement des portes notamment, pour ce qui est de l’aspect tangible. Situé à Solitude, dans le Nord, ce Cash Centre, opérationnel depuis février 2012, « dispose des dernières technologies en matière de sécurité », soutiennent les cadres de Brink’s. Et de citer la cinquantaine de caméras couvrant tous les angles de l’espace, le garage, les trappons, et surtout la nouvelle Fichet-Bauche — chambre forte haut de gamme, « unique à Maurice », modulaire sur mesure. Le nouveau Cash Centre dispose également d’une salle de formation dotée d’un simulateur électronique de tir importé d’Israël. Le personnel du Cash Centre est évidemment armé.
Après s’être pliés aux protocoles de sécurité, les visiteurs rejoignent l’unité de comptage. Explications des opérations. Brink’s s’occupe de la collecte des recettes d’une enseigne de supermarché. Le liquide est acheminé vers le Cash Centre. Brink’s réconcilie les deux montants. L’employé effectue cette opération sous monitoring constant. Toutes les recettes des supermarchés de l’enseigne (Nord, Sud, Est, Ouest, et Centre) sont ensuite combinées et acheminées vers les banques, dont la charge de traitement est allégée.
Par ailleurs, l’étendue du traitement numéraire varie selon les législations. Certaines pourraient permettre à un Money Processor de gérer les dépôts et les transits à la manière d’une banque à part entière : recyclage des devises, compte courant, entre autres. Pour illustrer cela de façon simple, pour une « vraie » banque qui aurait un compte chez Brink’s, cette dernière serait alors garante d’une partie de sa liquidité. Les montants seraient versés numériquement sur le compte de la banque tant que le liquide serait physiquement stocké au Cash Centre. Brink’s gérerait ainsi de façon autonome le flux de devises, le remplissage d’ATM à partir du cash inflow de la banque. Mais notre cadre légal ne permet pas cela.
Traçabilité
La sécurité fait partie intégrante des opérations. Mais au-delà de l’aspect tangible de l’intervention humaine, la sécurité est faite de procédures et de principes. Eric Rey parle de sécurité comme un comptable aurait parlé de bilan financier. « Les mesures (NdlR : guérites, portes asservies, contrôle d’accès) ne sont pas sophistiquées en termes de logique mais sont très bien réfléchies ». Réfléchies mais en conservant simplicité et bon sens. Le tout, résume le directeur du Cash Management, c’est que les opérations restent « traçables » — être en mesure de savoir à tout instant qui intervient où et comment dans la chaîne. Et de se rendre à cette évidence : rien n’est inviolable. Le principe veut que l’on dispose de l’information nécessaire et suffisante pour reconstituer l’opération, recomposer les maillons. Par ailleurs, « on peut sécuriser à l’extrême, explique Eric Rey, mais il faut garder en tête que le système doit être rapide. » Sécurité, fiduciaire — il est encore question d’équilibre.
———————————————————————————————————————————
Procédés délocalisés
Les protocoles de sécurité reposent sur la délocalisation de certains procédés. Par exemple, l’ouverture d’une chambre forte requiert un code d’un centre Brink’s à l’étranger. De ce fait, même le CEO ne peut opérer la chambre forte de son propre chef. « Par exemple, il y a des pays où l’on prend en otage des directeurs des sociétés de sécurité, explique le CEO de Brink’s Eric Rey, alors que personne ne peut avoir accès sans autorisation extérieure ». Et en matière de sécurité, l’expression anglaise « No man is an island entire of itself » prévaut.