L’équipe de la firme BDO ayant travaillé sur le dossier Britam a été auditionnée hier lors de la reprise, après plus d’un mois, des travaux de la commission d’enquête instituée sur la vente des actions de la BAI au sein de Britam Holdings Ltd au Kenya. À tour de rôle, Georges Chung, Twaheen Choomka, Kim Lo Tiap Kong et Dushyant Bissessur ont ainsi été questionnés par le président de la commission, l’ancien juge Bushan Domah, ainsi que ses deux assesseurs, soit Satar Hajee Abdoula et Imrith Ramtohul.
Les quatre cadres du cabinet d’expertise comptable ont en effet travaillé sur ce dossier pour le compte du Special Administrator de la BAI Yacoob Ramtoola. Le trio de la commission d’enquête a essayé d’obtenir davantage de renseignements sur les procédures encourues par la firme BDO menant à la conclusion du “deal” avec les Kényans de Britam Holdings. Mais de par la ligne des questions, il était clair que la commission voulait avoir plus de détails sur la pertinence d’un voyage de deux jours effectué par le Deputy Group Managing Partner de BDO, Afsar Ebrahim, en compagnie de l’avocate Tawheen Choomka, dont les services avaient été retenus à temps partiel par la firme.
Appelé en premier à la barre des témoins, Georges Chung, partenaire chez BDO, a indiqué à la commission que son rôle « était d’assister l’administrateur spécial Yacoob Ramtoola et d’assurer le transfert des actions ». Il devait toutefois préciser qu’il est entré en jeu lors du “deal” Britam qu’après la signature du Memorandum Of Understanding (MOU) par les parties impliquées. Il a avancé que sa tâche était « de superviser le transfert des actions » vers l’acheteur en désignant d’abord les représentants de la National Property Fund Ltd (NPFL) comme les nouveaux directeurs dans le processus de récupération de l’argent convenu à travers un “Escrow Account” en faveur de ces derniers.
Bushan Domah : Avez-vous déjà été au Kenya en relation à la transaction Britam ?
Georges Chung : Je ne suis pas allé au Kenya. C’est Afsar Ebrahim et Tawheen Choomka qui s’y sont rendus.
BD : Pourquoi s’y sont-ils rendus ?
GC : Il fallait avoir des informations sur le propriétaire de ces actions dans la structure du groupe BAI. Tous deux y sont allés parce qu’ils ont cru que cette compagnie détentrice de ces actions se trouvait à Nairobi. Or, tel n’était pas le cas car la compagnie en question se trouvait aux Bahamas.
BD : Un voyage de deux jours pour savoir que la compagnie n’était pas incorporée au Kenya ? BDO n’était-elle pas en mesure d’avoir ces informations par ses contacts kényans ? Ou y avait-il d’autres choses à y vérifier ?
GC : On ne sait pas comment les choses sont au Kenya et peut-être qu’il fallait s’y rendre pour en savoir plus, mais les deux (Afsar Ebrahim et Tawheen Choomka, Ndlr) sont revenus à Maurice du moment où ils ont su que les actions concernées étaient aux Bahamas. Il va falloir que la commission ait la version d’Afsar Ebrahim à ce sujet. Je ne pourrai répondre à sa place.  
BD : Vous n’avez pas voulu savoir pourquoi l’offre de rachat de MMI était tombée à l’eau ?
GC : Non. Je ne suis entré en jeu qu’après la signature du protocole d’accord entre le gouvernement mauricien et celui du Kenya. (Il met en avant une correspondance entre la trésorerie kényane et le Financial Secretary Dev Manraj, Ndlr).
BD : C’était quand même une “obvious question to ask” en tant que professionnel. Avez-vous déjà rencontré Peter Munga ?
GC : Je l’ai rencontré une fois, soit en mars 2016. De plus, il y avait la pression en vue de pouvoir rembourser les clients du Super Cash Back Gold.
Satar Hajee Abdoula devait demander à Georges Chung le nombre de courriels échangés dans le cadre de l’exécution du “Sales Purchase Agreement”.
SHA : Il doit y avoir un bon nombre d’e-mails à ce sujet, mais il semblerait que malgré notre requête de les avoir, on n’a reçu que trois ou quatre e-mails parmi les documents qu’on a obtenus.
GC : C’est impossible car il y en a plusieurs.
Après Georges Chung, c’était au tour de Tawheen Choomka d’être entendue. L’avocate a pris l’engagement de fournir ses explications quant à son implication dans le processus. N’empêche qu’elle a accepté de répondre aux questions de la commission. L’avocate a expliqué qu’elle travaille à temps partiel avec la firme BDO et qu’elle avait comme responsabilité de préparer le “draft” du MoU en prenant en compte un langage juridique dans la rédaction.
BD : Qu’avez-vous été faire au Kenya ?
Tawheen Choomka : Il fallait qu’on “who owned the shares”. Et nous y avons été pour finalement constater en deux jours que la compagnie détenant ces actions était aux Bahamas.
BD : Le terme que vous utilisez,  “a pool of investors behind Peter Munga”, figurant sur le protocole d’accord, est-ce un langage juridique ?
TC : J’accepte votre remarque mais c’était en fait les acheteurs de ces actions représentés à ce moment-là par Peter Munga.   
BD : “Pool of investors is not a legal entity”. J’espère qu’à l’avenir vous prendrez ces détails en considération.
Kim Lo et Dushyant Bissessur, de BDO, ont ensuite succédé à Tawheen Choomka. Ils ont, à tour de rôle, expliqué leurs participations respectives dans la vente des actions de Britam. Tous deux ont laissé entendre qu’ils ont travaillé avec Georges Chung après la signature du protocole d’accord. Le représentant légal de la BDO, Me Hervé Duval, est intervenu à un moment donné pour rappeler à la commission que c’est le Deputy Group Manager de BDO qu’il faut interroger pour avoir d’autres détails concernant le voyage de deux jours au Kenya.
Les travaux de la commission reprendront dans la matinée du 13 décembre, l’audition d’Afsar Ebrahim figurant à l’agenda. Ce dernier, qui devait être présent hier, a présenté ses excuses à la commission pour son absence vu qu’il est actuellement en voyage à l’étranger.