Le 16 septembre , Benito Canagasabay, cracheur de feu, s’est brûlé lors d’un spectacle dans un hôtel. On lui avait malencontreusement remis de l’essence au lieu de diesel. Un mois après son accident, l’artiste se retrouve sans emploi. À ce jour, ni l’hôtel, ni aucune autorité ne lui sont venus en aide. Il plaide pour que les artistes d’hôtels soient mieux reconnus et qu’ils soient protégés par la loi comme les travailleurs des autres secteurs.

À 34 ans, Benito Canagasabay est un homme meurtri. Les images de son accident qui aurait pu lui coûter la vue lui reviennent en boucle. Il n’est pas prêt de remonter sur scène. D’ailleurs, il ne peut le faire, étant toujours en traitement et subissant les séquelles de sa brûlure.

Benito Canagasabay

Le 16 septembre dernier, le jeune homme, habitant Camp Ithier, Flacq, se rend comme à son habitude dans un hôtel de l’est pour présenter un spectacle. «Cela fait plus de dix ans que j’exerce en tant qu’artiste dans le circuit des hôtels. Outre le fait d’être cracheur de feu, je joue du djembé et je chante. Nous proposons de la musique africaine et mauricienne aux touristes. Le spectacle de cracheur de feu est un plus que nous offrons et c’est très apprécié. Je n’avais jamais eu d’accident auparavant. » Ce jour-là, poursuit-il, son chef de groupe, un certain Sylvestre, l’a appelé pour lui demander s’il avait suffisamment de diesel pour le spectacle. « Je lui ai répondu que j’en avais un demi-litre et qu’il m’en faudrait encore un autre demi-litre. Il m’a dit qu’il allait s’en occuper. »

À 18h, le groupe arrive au Maritim Crystal Beach, à Belle-Mare. « Nous étions un peu en retard. Le spectacle devait démarrer à 18h. Nous nous sommes rendus directement sur la plage et nous avons commencé notre spectacle. J’ai pris le diesel que j’avais sur moi. Quand c’était terminé, j’ai pris celui que mon chef avait apporté. Je n’ai pas eu le temps de vérifier si c’était bien du diesel. Quand j’en ai craché, tout s’est enflammé », se remémore-t-il.

Le visage en feu de Benito Canagasabay a provoqué la panique générale à l’hôtel. « Un responsable de l’hôtel, un dénommé Iven, ainsi que son épouse sont venus à mon secours. Ils ont passé du dentifrice sur le visage. Je souffrais énormément. On a entamé des démarches pour m’emmener à l’hôpital. J’ai été admis à Candos le même jour. Mes collègues, eux, étaient traumatisés par ce qui venait de se passer. Nous faisons ce genre de spectacle depuis dix ans et jamais il n’y avait eu un tel accident. Les touristes criaient également. »

Benito Canagasabay ajoute que le responsable du groupe s’est rendu compte par la suite qu’à la station d’essence, on s’est trompé de produit. « Il m’a dit qu’il n’avait pas remarqué qu’on lui avait donné de l’essence au lieu de diesel. Il ne savait pas comment cela avait pu arriver. » Avec du recul, il réalise qu’il a eu quand même de la chance. Cela aurait pu être beaucoup plus grave. « Encore un peu et mes yeux auraient pu être affectés. D’ailleurs, je suis en traitement à l’hôpital de Moka pour vérifier s’il n’y a pas de séquelles. »

Pour celui qui faisait le bonheur des touristes avec son numéro, la reconstruction est difficile. Non seulement il doit continuer le suivi médical pour traiter sa peau, mais il se retrouve aussi aujourd’hui au chômage. « Je ne peux plus me présenter à l’hôtel comme ça. Mon visage est brûlé. Je ne peux non plus aller chercher un autre travail le jour, car je ne peux sortir au soleil. Ma peau est encore sensible et ça brûle. »

Pour l’heure, il a pu compter sur son chef de groupe, qui a acheté les produits nécessaires au traitement de sa peau. Il l’aide également à se déplacer pour ses rendez-vous. Autrement, ses différentes démarches auprès des autorités n’ont pas abouti. « J’ai écrit à la Mauritius Society of Authors, où je suis enregistré. En sus de me produire à l’hôtel, je suis également auteur et compositeur. Mes morceaux sont enregistrés à la MASA. Je leur ai envoyé une lettre pour chercher de l’aide, mais je n’ai aucune réponse à ce jour. »

Les démarches auprès du ministère des Arts et de la Culture n’ont pas abouti non plus. « On m’a dit que si l’accident s’était produit lors d’un spectacle organisé par le ministère, j’aurais été couvert par la SICOM. Mais là, ce n’était pas le cas et on ne pouvait rien faire pour moi. »

Pas de nouvelles non plus du côté de l’hôtel concerné. « On m’a dit qu’on allait faire une collecte pour moi, mais je ne sais pas où ils en sont. Je n’ai eu aucune nouvelle à ce jour. » Benito Canagasabay en profite pour réclamer de meilleures conditions pour les artistes d’hôtel. Ces derniers, dit-il, font partie intégrante du secteur et offre un service nécessaire. « Tout le monde apprécie quand les artistes sont sur scène. Les touristes applaudissent à nos différents numéros. Ce qui veut dire que nous avons notre place à l’hôtel, mais faut-il aussi que nous ayons une certaine sécurité. Aujourd’hui, après dix années de service, je me retrouve seul et sans emploi. »

Père d’un enfant sourd-muet, l’artiste dit avoir des responsabilités, comme tout le monde. « J’ai des dettes à rembourser. Je dois trouver de quoi nourrir ma famille, mais je ne vois aucune solution. Toutes les portes restent fermées. Je me sens délaissé. En plus d’avoir des difficultés financières, je dois faire face au regard des autres. Dès que je sors, les personnes que je croise me regardent. On me demande ce qui s’est passé et je dois raconter l’accident à chaque fois. Cela me fatigue un peu. » L’avenir est d’autant plus incertain qu’il ne se voit pas remonter sur scène de sitôt. « Je ne me vois pas faire le spectacle de cracheur de feu à nouveau. Cet accident m’a traumatisé. Pourtant, c’est quelque chose que j’appréciais, que j’ai pris le temps à apprendre parce que cela me permettait d’avoir quelques sous en plus que le simple fait de chanter et de jouer de la musique. »

Benito Canagasabay souhaite que son appel soit entendu des autorités et qu’une solution lui sera proposée pour sortir de sa situation. Il souhaite que ce soit également l’occasion pour que les artistes d’hôtels soient mieux considérés.