Les travaux de l’Assemblée nationale ont été ajournés, hier soir, à mardi prochain, séance qui sera marquée par la fin de l’examen en comité des dotations budgétaires pour 2012. Il n’y aura donc ni Private Notice Question du leader de l’opposition ni d’interpellations parlementaires la semaine prochaine, ce qui n’est pas pour plaire à l’opposition.
« Pourquoi n’avoir pas choisi lundi plutôt que mardi », se demande le Whip de l’opposition Rajesh Bhagwan. « Il est clair qu’en choisissant mardi, le gouvernement veut éviter les interpellations parlementaires », dit-il.
Les derniers orateurs à prendre la parole hier soir ont été Cader Sayed-Hossen, Suren Dayal et Jim Seetaram qui participaient pour la première fois à l’examen du budget en comité en tant que ministres. Ce qui n’a pas été chose facile devant des parlementaires de l’opposition affamés d’informations et pleinement conscients du “right to know”.
C’est vers 00 h 30 ce matin que les débats parlementaires ont été ajournés sur proposition du VPM et ministre des Finances Xavier Luc Duval, après l’examen du budget des PME et des Coopératives. La décision a été prise après consultations entre le Premier ministre Navin Ramgoolam et le Speaker Kailash Purryag. Le Premier ministre a également eu des pourparlers avec le Whip de l’opposition Rajesh Bhagwan.
Il ressort que l’ajournement a été décidé à la demande des membres du personnel qui ont travaillé sans relâche dans le cadre des débats parlementaires. Ils ont été en poste jusqu’aux petites heures du matin lundi et mardi et durant toute la journée et une partie de la nuit d’hier. Dans une déclaration au Mauricien ce matin, Rajesh Bhagwan explique que c’est le gouvernement qui décide de l’agenda parlementaire. « Ce qui nous gène c’est que la prochaine séance parlementaire ne comprendra pas de PNQ et d’interpellations alors qu’il y a des questions d’intérêt national qui attendent », explique-t-il. « Pourquoi mardi et pas lundi ? Il est clair qu’en choisissant mardi le gouvernement a voulu esquiver les interpellations. Ce n’est pas nous qui avons demandé le renvoi des travaux. Nous étions prêts à aller jusqu’à la fin de l’exercice. Nous avons une “demolition team” en action et nous souhaitons que le public voie le travail que nous avons abattu. Le MMM a montré sa force de frappe. Nous sommes fiers de notre groupe parlementaire coordonné par Steve Obeegadoo et moi-même. Nous avons une pensée spéciale pour nos parlementaires femmes, Françoise Labelle, Lizie Ribot, Arianne Navarre-Marie et Josique Radegonde », a dit Rajesh Bhagwan. « À travers nos questions la population a eu beaucoup d’informations. Nous avons même mis à jour des scandales », a-t-il ajouté. Il estime que les ministres n’ont pas le droit de se plaindre dans la mesure où c’est le droit des parlementaires de leur demander des informations. « Même le Premier ministre s’est soumis sans broncher aux questions des parlementaires », a-t-il conclu en estimant que certains ministres ont été à la hauteur alors que d’autres ne l’ont pas été.
Lors de l’examen du budget du ministère de l’Industrie et du Commerce, le ministre Cader Sayed-Hossen a été appelé à répondre à une série de questions concernant la STC et le forensic report sur cette institution.
Il s’agissait de savoir ce que le ministre envisageait de faire à la lumière du forensic report. Cader Sayed-Hossen a annoncé qu’un conseiller légal a été recruté pour pencher sur le rapport avant de décider de la ligne à suivre. Il a aussi été question du contrôle des prix. À ce propos, le ministre a soutenu que depuis l’entrée en opération de l’Observatoire des Prix il y a trois mois, les prix ont baissé de 5 %. S’agissant des publicités, Cader Sayed-Hossen a expliqué que l’association des publicistes dispose de son propre code d’éthique. Il a aussi été question de l’importation du bétail sur patte.
Suren Dayal, ministre de l’Intégration sociale, a longuement été interrogé sur la stratégie de son ministère. Les parlementaires de l’opposition lui reprochent de n’avoir effectué aucune étude sérieuse sur la pauvreté dans l’île, ce que le ministre a récusé avec force. Il a aussi été interrogé sur la construction des 7 000 unités de logement pour les pauvres, sur la distribution des feuilles de tôle et sur les facilités prévues par le gouvernement concernant les dalles. Pressé de questions, Suren Dayal a indiqué que le nombre de personnes vivant dans une pauvreté absolue est estimé à 6 099. Selon lui, alors que beaucoup ont gravi les échelons sociaux et quitté le niveau de pauvreté absolue, d’autres personnes sont tombées dans la pauvreté.
Jim Seetaram a longuement été interrogé sur l’aide accordée aux PME et sur les coopératives. Il a déposé plusieurs documents sur la table de l’assemblée nationale en réponses aux questions des parlementaires.
Alors que le ministre des Petites et moyennes entreprises était acculé de questions, peu avant minuit, la tension est montée. Le Deputy Speaker a déployé toutes ses compétences et sa force de persuasion pour maintenir l’ordre et le calme. Mahen Jhugroo et Cader Sayed-Hossen ont été alors expulsés du parlement. Le ministre du Tourisme Michaël Sik Yuen, qui s’était retrouvé à un certain moment aux côtés du ministre Cader Sayed-Hossen, a été forcé par le Deputy Speaker à regagner sa place, après que Rajesh Bhagwan, qui s’apprêtait à poser une question, a affirmé que la présence du ministre du Tourisme en face de lui gênait sa concentration. Les travaux ont pris fin vers 00 h 30.