Avec la présentation à l’Assemblée nationale du Budget 2012 confirmée au vendredi 4 novembre, date déjà mentionnée dans l’édition du Week-End du 21 août dernier, la phase d’approche dans les préparatifs au ministère des Finances a été enclenchée de manière irrémédiable. Ainsi, dès cette semaine, deux importants paramètres en marge de cet exercice, soit le taux de compensation salariale avec la conclusion des consultations tripartites, et la réunion demain du Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice sur le Repo Rate, devront être connus. Entre-temps, le compte à rebours a démarré avec l’Assemblée régionale de Rodrigues adoptant ses orientations budgétaires lors de la séance du vendredi 2. Les municipalités et les conseils de districts ont jusqu’au 30 pour soumettre leurs propositions budgétaires au ministère des Finances.Mais le début de la semaine risque d’être chaud sur le plan social avec l’agitation syndicale par rapport aux discussions sur la compensation salariale. Déjà, depuis la semaine dernière, les partenaires sociaux sont à couteaux tirés. Les représentants syndicaux ont effectué un walk-out du comité technique devant l’impression que le quantum de la prochaine compensation salariale, dans la fourchette de Rs 300 à Rs 350, a été décidé par le ministère des Finances avant même le début des discussions.
Devant cet état des faits, le président du Conseil des Syndicats, Toolsyraj Benydin, a écrit officiellement au vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, jeudi, pour exiger des explications en vue de permettre un retour des organisations syndicales à la table des négociations.
« The Conseil des Syndicats cannot participate in meetings where decisions are ready-made prior to discussions. We can only participate in meetings where Collective Bargaining are effective, real, constructive, meaningful and in consonance with the intrinsic values of tripartism as enshrined by the International Labour Organisation, to which Mauritius is a member », écrit Toolsyraj Benydin.
Mais il semblerait que la décision en fin de semaine de Xavier-Luc Duval d’adresser une lettre de regrets sur la tournure des événements n’est nullement à la satisfaction des syndicats. « La lettre qu’a adressée le vice-Premier ministre individuellement aux syndicalistes ne permet nullement d’envisager à un retour aux négociations. Il ne nous a pas convaincus du fait que ces consultations tripartites ne sont autre chose qu’une farce. Avec un taux d’inflation de 6,6% pour 2011, le gouvernement imposera une compensation salariale, qui ne tient nul compte de la réalité des dépenses ménagères sur le terrain », a fait comprendre à Week-End Radakrishna Sadien, président de la Government Service Employees Association (GSEA).
« La compensation salariale est une décision éminemment politique. Cette responsabilité ne pourrait relever nullement d’un comité technique comprenant des fonctionnaires. Comme je l’ai dit la semaine dernière, pour éviter la répétition de la farce nationale the mechanism for salary compensation needs to be overhauled », ajoute, de son côté, Rashid Imrith de la Fédération des Syndicats du Secteur Public.
En début de semaine, le vice-Premier ministre et ministre des Finances tentera son va-tout pour pouvoir bénéficier de la caution syndicale avant d’annoncer le montant de la compensation salariale. La seule consolation pour Xavier-Luc Duval est que « every minister of Finance has scored badly on salary compensation » et que les syndicalistes arrivent difficilement à mobiliser les salariés.
L’autre épreuve prébudgétaire se jouera entre le Joint Economic Council et la Banque de Maurice sur le terrain du Repo Rate. La réunion du Monetary Policy Committee de demain déterminera s’il y a lieu de réduire, d’augmenter ou de maintenir le statu quo pour le taux directeur bancaire. Au nom de la sacro-sainte lutte contre l’inflation, le credo de la Banque de Maurice se penche en faveur d’une révision à la hausse du Repo Rate.
Mais le JEC est monté en première ligne pour réclamer une baisse des taux d’intérêts bancaires en brandissant les arguments de la Banque Centrale. « Notre position est simple. L’analyse et l’appréciation de la situation économique internationale et locale formulées par la Banque de Maurice dans le Monetary Policy Statement du 20 juin dernier tiennent-elles encore?  La Banque de Maurice reconnaît-elle qu’il y a eu une détérioration de la situation internationale? Il n’y a qu’à consulter les dernières prévisions de l’OCDE, du FMI, aux Etats-Unis et Europe », déclare le directeur du JEC, Raj Makoond.
« Sur le plan local, les questions qui se posent sont les suivantes: qu’en est-il du niveau des investissements et des secteurs à risques? Quelle différence avec 2008/09? Et l’Inflation Rate Expectation? Inflation seemed to be anchored. Les perspectives ne sont pas aussi pessimistes qu’en juin dernier. Ensuite y a-t-il cohérence entre l’appréciation du Monetary Policy Committee et celle des Policymakers? », poursuit Raj Makoond dans son analyse pour Week-End. « Déjà pour la réunion du Monetary Policy Committee du 20 juin, la hausse du Repo Rate n’avait pas été décidé dans le consensus. Ce fut un Split Vote de cinq contre trois. Dans la conjoncture économique, tenant compte de l’importance de la croissance, de l’évolution du taux d’inflation et des commentaires du FMI dans le dernier Article IV Consultations, l’espace pour qu’il y ait une baisse du Repo Rate existe bel et bien. Le MPC est en mesure de transmettre un signal très fort », s’est-il encore appesanti en citant la récente décision de la Banque Centrale Européenne (BCE).
Ainsi, il ne fait pas de doute que ce soit du côté des salariés ou du patronat, les premières décisions dans le run-up budgétaire détermineront le mood pour le reste de l’exercice. Le JEC, qui prépare actuellement son memorandum sur le budget, reconnaît qu’il y a « un consensus que nous pouvons faire beaucoup mieux sur les investissements avec une Business Facilitation mieux achalandée ». Toutefois, la note de pessimisme demeure dans la possibilité que la croissance économique en 2012 risque d’être inférieure à 2011…