Les premières consultations en vue de l’élaboration du budget 2013, dont la présentation est prévue pour novembre, vont bientôt démarrer. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, rentré mercredi de mission en Europe, s’affûte pour cet exercice et laisse entendre au Mauricien que les enjeux sont grands et qu’il y a des « dysfonctionnements » à corriger absolument dans certaines sphères de l’économie mauricienne.
« Nous sommes conscients des enjeux et des retombées d’une crise européenne persistante sur notre économie mais nous affirmons qu’il n’y a pas d’effondrement de l’économie locale bien que, comme je l’ai déjà souligné, nous estimons pouvoir faire mieux dans certains secteurs. Pour ce qui est du taux de croissance pour cette année, chacun a son chiffre. On est dans une situation dynamique. Nous espérons que les actions récemment annoncées par la Banque centrale auront des effets positifs », déclare le Grand argentier. Xavier-Luc Duval a eu l’opportunité lors de ses discussions avec divers interlocuteurs européens, tant du domaine politique qu’économique, de bien mesurer l’ampleur de la crise européenne et des sentiments qui se dégagent quant à la durée de cette crise. « Je constate que les gouvernements européens n’arrivent pas à prendre des décisions concrètes entre autres sur l’application du pacte fiscal, les opérations bancaires, la mise en oeuvre du firewall afin de protéger les pays en difficulté. On se pose la question de savoir s’il faut plus d’austérité ou moins et à quel degré. Toutefois, tout le monde concède que des réformes sont nécessaires », note le ministre des Finances. Et tout comme c’est le cas dans la zone euro, le ministre des Finances constate des dysfonctionnements au sein de l’economie mauricienne.
Se référant à la question du taux de change, Xavier-Luc Duval observe, depuis son arrivée aux Finances, un mauvais alignement de la roupie. Il dit avoir eu à cet effet des discussions approfondies avec les parties concernées. « Ce mauvais alignement de la roupie peut affecter dangereusement la viabilité de nos entreprises en particulier celles qui exportent. Si une monnaie monte en valeur et que sa progression est liée à des fondamentaux telles la productivité et la compétitivité des secteurs, on ne devrait pas s’en inquiéter. Au ministère des Finances, nous sommes conscients du fait que l’augmentation de la valeur de la roupie ne représentait pas les fondamentaux mais était liée à d’autres facteurs qu’il fallait absolument corriger. » Et c’est dans ce contexte qu’une demande expresse a été faite au vice-président du Fonds Monétaire International (FMI), le dr Zhu, lors d’une mission ministérielle à Washington au début du deuxième trimestre 2012, pour que le Fonds dépêche en toute urgence une équipe d’experts afin d’éclairer sur la situation et la voie à suivre.
« Les économistes et économétriciens du FMI sont arrivés à la même conclusion que le ministère des Finances et, dans la foulée de la présentation de leur rapport, nous avons établi un plan d’action avec la Banque de Maurice (BoM). D’où la décision de la BoM de venir de l’avant avec le plan Special Reserves Reconstitution/Special Foreign Currency Line of Credit pour les entreprises exportatrices », a annoncé Xavier-Luc Duval. Le Grand argentier souhaite, dans le sillage des récentes mesures monétaires annoncées et celles à venir, que la situation s’améliore quant à l’évolution de la roupie car il y va, précise-t-il, de la survie de nos entreprises d’exportation. Le ministère des Finances, ajoute-t-il, apportera son soutien à la BoM pour l’exécution du plan d’action « car l’important c’est de soulager les entreprises, de soutenir la croissance et protéger l’emploi ». Xavier-Luc Duval dit avoir pris note de la justesse de la décision du Monetary Policy Committee (MPC) de la BoM, lors de sa rencontre de mars dernier, de réduire le taux directeur de 50 points de base. « La justesse de cette décision a été confirmée quand le MPC a maintenu le taux directeur à son niveau actuel », a-t-il ajouté.
Le ministre des Finances laisse entendre par ailleurs qu’il se sent interpellé par le résultat d’un récent sondage indiquant que 55 % des Mauriciens interrogés sont tentés par l’émigration. « Moi je crois que notre slogan “Putting people first” est encore d’actualité mais il faut agir. Tant que je serai aux Finances, je veillerai à ce que les fonds nécessaires soient décaissés pour que l’Equal Opportunities Commission ainsi que le Tribunal puissent faire leur travail. Certes le gouvernement doit agir mais la population aussi doit changer de mind-set, par exemple, le regard qu’elle porte sur le travail, la productivité. Sinon comment expliquer, pour prendre un exemple, qu’il y ait autant de travailleurs étrangers dans le secteur de la construction alors que des Mauriciens sans emploi et ayant une formation dans ce secteur n’y sont pas embauchés. Il y a des dysfonctionnements sur lesquels nous devons nous attarder », a estimé le ministre
Par ailleurs, Xavier-Luc Duval a évoqué le problème de salubrité publique en déclarant « ne pas à comprendre le rôle des collectivités locales ». Le ministre pense que l’industrie touristique locale risque à la longue de faire les frais du problème de salubrité et cela en dépit des efforts déployés par les autorités touristiques et les acteurs économiques en vue d’augmenter le nombre de touristes.
Restant dans le domaine touristique, Xavier-Luc Duval considère que « le temps presse en matière d’ouverture de l’accès aérien ». La question a été évoquée avec le Premier ministre et l’idée fait son chemin, annonce-t-il.
« L’heure n’est pas à la complaisance. Nous devons nous demander si l’ensemble de l’économie du pays doit continuer à souffrir de la situation difficile chez Air Mauritius. Voyez ce que les Maldives et les Seychelles ont fait. Leur politique a eu beaucoup de succès », relève le ministre.