Le ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, dispose de suffisamment de marge de manoeuvre pour présenter un budget audacieux de relance, estime Kee Cheong Li Kwong Wing, porte-parole parlementaire du MMM sur les questions économiques. « Il suffit d’avoir de la vision et de l’imagination au lieu de faire de la spéculation avec une obsession maladive pour la dévaluation de la roupie », dit-il au Mauricien.
Passant en revue la situation économique, M. Li Kwong Wing reconnaît que le ralentissement économique mondial, les incertitudes, la récession persistante prévalant dans la zone euro et la persistance de la crise de la dette souveraine ont des effets négatifs sur le pays. « On ne peut nier cela », dit-il. Cependant, estime l’économiste mauve, les turbulences économiques ont été prévues depuis plusieurs années.
« It originated from the US financial crisis with its toxic sub-prime debt. The contagion to Europe took its time and we know that it’s only when the crisis hits the European markets that it will weigh on the economy. And we do have economic vulnerabilities. Yet we have seen this coming and we were already reeling in underperformance with a sub-par growth at around 4 % in 2010 & 2011 », relève Kee Cheong Li Kwong Wing.
Pour l’économiste, le gouvernement aurait dû s’être préparé à résister aux chocs violents de cette crise au lieu de se contenter d’une croissance de 3 % cette année. « Est-ce que la tendance vers un taux de croissance inférieur à 3 %, soit la moitié de ce qui est nécessaire pour maintenir les indicateurs économiques au même niveau et permettre à l’économie de “bouge fixe”, est suffisante pour se taper sur l’estomac », lance le parlementaire du MMM. Le pire, selon lui, est que le Joint Economic Council et la MCCI prévoient un ralentissement économique en 2013 et trouvent difficile un retour à la croissance de 4 % enregistrée l’année dernière. « Alors que l’économie mauricienne ralentit, les pays africains voisins maintiennent leur vitesse de croissance : la Namibie enregistrera un taux de croissance de 4,2 %, le Botswana 5,5 %, le Cap Vert 5,8 %, le Mozambique 6,7 %, la Zambie 6,9 % et le Rwanda 7,4 % ».
Résilience
« Qu’a fait le gouvernement pour consolider la résilience afin d’affronter les chocs extérieurs et la relance économique ? » se demande notre interlocuteur. « It is clear that Government has failed to consolidate and prepare the economy against the effects of the Euro crisis. Government has been stuck in an old economic model which depends on exporting the same limited number of products and services for a few European markets by producing at low costs with low wages and relying on a weak currency. This business model has served its purpose well at a time of labour abundance and Eurozone boom. But in this new economic environment, Government is still persisting with the old recipe for growth : low wages, tax incentives, ease of doing business, exchange depreciation. However, this model is becoming ineffective now to stimulate recovery, to create jobs especially for the youth, to go up the value chain », constate Kee Cheong Li Kwong Wing.
Selon le député, rien n’a été fait alors que tous les ingrédients étaient présents pour réinventer l’économie, diversifier les marchés, développer de nouveaux moteurs de croissance. « Le gouvernement a préféré recycler les vieilles idées et rester sur la voie de “business as usual” ».
M. Li Kwong Wing observe que le gouvernement a continué à surfer sur une croissance générée par des nouveaux services introduits par le gouvernement MSM/MMM. Il cite notamment les TIC, l’Offshore, le développement immobilier à travers les IRS, autant de nouveaux secteurs qui ont permis de maintenir un taux de croissance élevé. Le gouvernement de Navin Ramgoolam a généré des revenus fiscaux qui ont permis à l’ancien ministre des Finances Rama Sithanen de se flatter des « green shoots, bumper crop or early harvest ». « Indeed, the tax revenues also rose and with the cut in social transfers and the austerity measures of fiscal consolidation, Government amassed immense money, which was deliberately not used for needed public infrastructure capital expenditure but kept in idle deposits to the tune of Rs 14.5 billion at the Central Bank. This was the extent of the fiscal space created by capital underspending, welfare cuts and numerous indirect tax increases ».
Paradigm Shift
Ki Cheong Li Kwong Wing observe que le ministre des Finances a reconnu dans une interview au Mauricien que le gouvernement a un manque à gagner de l’ordre de Rs 300 M en raison des fonds inutilisés dans les comptes bancaires du GM et que c’est la raison pour laquelle le ministère des Finances aurait acheté des devises étrangères directement sur le marché. « Tout cela démontre que le gouvernement thésaurise de l’argent sous toutes les formes de fonds spéciaux au lieu de l’utiliser pour créer de la résilience, consolider la capacité des entreprises en particulier les PME, augmenter les “supply chain infrastructures”. C’est la raison pour laquelle l’économie est restée vulnérable et que la confiance a vacillé à la première vague de la contraction de la demande au niveau de la zone euro. But there is ample fiscal space and marge de manoeuvre in this coming Budget to reinvent and restructure the economy. It is clear that the Government has not got the vision, the imagination, competency, and strategy to make a paradigm shift and take bold measures instead of tinkering at the edges », insiste M. Li Kwong Wing. Il soutient que le gouvernement n’a pas développé de stratégie ou de master plan depuis des années. « Worse still, it has dismantled the Ministry of Economic Planning. It has just been talking and talking about grand projects of Maurice Ile Durable, Mauritius c’est un plaisir, Cyber-island, duty free shopping paradise, ocean economy. All these projects are coquilles vides, empty barrels ». Le gouvernement, déplore-t-il, « est plus intéressé par des gains politiques à court terme ».
M. Li Kwong Wing estime que le gouvernement devrait se concentrer sur la réforme du secteur public et des corps para-étatiques en vue d’une meilleure efficience ainsi que sur le paperless e-government ; introduire une loi pour la fiscal responsibility afin de renforcer le contrôle des dépenses publiques, rendre les appels d’offres plus transparents, prévoir un budget équilibré vers 2018 « to coincide with the Public Debt Management mandate of 50 % public debt ratio and allow citizens’ participation in the control over the planning and implementation of public expenditure ». Le gouvernement, ajoute-t-il, aurait dû revoir le modèle de développement touristique, compléter la réforme de la formation et du développement des ressources humaines afin d’améliorer la productivité et créer des higher value jobs et finalement revoir les politiques de redistribution fiscales et les politiques sociales afin de réduire les inégalités qui entraînent un appauvrissement de la classe moyenne.