Michaël Atchia, Ex-Directeur de Programmes aux Nations Unies et ex-Directeur du BEC, Prof Associé au MIE, nous fait part de ses observations sur le 9-year basic schooling, une des nouveautés du budget 2014.
Clarifions tout de suite la situation : nous avons déjà l’éducation gratuite de 5 à 18 ans (don de SSR, une des plus grandes réalisations de Maurice, unique en Afrique). Nous avons déjà l’obligation pour les jeunes de fréquenter l’école de 5 à 16 ans et l’abolition du ranking au CPE (réformes Obeegadoo) ainsi que l’introduction de cursus d’études nationales (National Curriculum Framework (réformes Bunwaree), dossier sur lequel j’ai personnellement travaillé pour que ce soit un Framework (cadre directeur) flexible et adaptable et non un programme d’étude rigide et entièrement défini comme cela se faisait en France.
A l’intérieur de ce 13-year schooling (6 au Primaire, de Std 1 a Std 6) et 7 au secondaire (de la Form I à la Upper VI) que nous avons déjà depuis des décennies, nous planifions depuis les années 1980 pour un basic schooling de 9 ans au lieu de 6 ans.
Divers plans furent proposés dont un très bon par Suren Bissondoyal et évidemment celui de
Kadress Pillay qui malheureusement scinda la continuité de l’éducation de 5 à 18 ans par des Middle Schools gouvernementaux pour la tranche d’âge de 11 à 14 ans, scissionnant par exemple les collèges privés et ceux du BEC.
Pourquoi le 9-year basic schooling est bon ? Parce qu’à 11 ans l’enfant est encore trop jeune pour subir un examen déterminant comme le CPE qui est un instrument de certification + sélection + admission. Rendre aux jeunes de cet âge la liberté d’étudier librement, d’identifier lacunes et difficultés (et en les remédiant) comme d’identifier pour chaque élèves ses forces et dons spéciaux (pour les développer). Donc dans un tel contexte de 9 ans d’éducation de base l’examen du CPE deviendra caduc.
Où irons ces élèves de 12 à 14 ans (Form I à III) ? Quelles formules d’admissions au secondaire ? Pourrait-on faire comme le Kenya (8 + 4 + 4 system dont 8 ans au primaire mais qui dans la pratique a été un échec) ?
Les classes prévocationnelles (que j’avais aidé à créer, comme mesure de transition pour que nul élève ne soit laissé pour compte) deviendraient aussi caduques avec le 9-year basic schooling. Tous les enfants de 5 à 14 ans seront dans les mêmes établissements, gérés de telle façon que les besoins éducatifs et disciplinaires de chaque élève sauront être pris en compte. Avec des contrôles continus et évaluations de fin d’année, les besoins de rattrapage seront bien identifiés et, dans la mesure du possible, corrigés. Sans oublier un curriculum ouvert qui couvrirait des éléments divers (langues, littérature, informatique, civisme, maths, histoire, pratiques artistiques, musique, sports, pratiques artisanales et techniques, sciences etc.) où chacun, selon ses aptitudes, se retrouverait.
Le ministre Vasant Bunwaree avait promis lors des Assises de l’Éducation le mois dernier un comité d’experts sur la question du comment réaliser cette réforme dans la pratique.
Par exemple, comment scinder tous les collèges secondaires en Middle ou Junior schools (pour les forms I à III) et Senior Schools pour les forms de IV à VI), comment faire l’admission en Form 1 et en Form IV, quelle orientation donner au nouvel examen à 14+, pourrait-on étendre l’école primaire pour englober ces trois années supplémentaires etc. ?
Justement, revenons aux examens. Avec l’abolition du CPE, le premier examen public serait à la fin de la Form III, à l’âge de 14 ans, examen que j’appellerais un CBE (Certificate of Basic Education), qui lui aurait pour fonction non seulement certification + sélection + admission mais encore diagnosis pour identifier les dons et aptitudes de chaque élève et le canaliser vers la meilleure filière possible pour assurer un succès dans la vie. Soit vers l’éducation académique (SC + HSC/bac/IB) ou technique ou artistique et musical ou encore informatique, vers une filière sportive ou vers un bac/HSC professionnel.
Les bonnes réformes sont certes guidées par les politiciens et autres décideurs, mais ne réussissent pas sans l’apport et le support des citoyens directement concernés. Dans ce cas les 3P, les PPP (Pupil/Parent/Pédagogue), parents, étudiants et éducateurs. Encouragés par la presse et les médias qui ont un rôle unique d’assurer la diffusion des idées et la transparence du processus.