Comme il fallait s’y attendre le ministre de la Jeunesse et des Sports a fait du football la toile de fond de son intervention lors des débats à l’Assemblée Nationale sur les dotations budgétaires 2014. Rien d’étonnant dans la mesure d’une part de l’annonce du gouvernement de lancer une ligue de football semi professionnelle et d’autre part le retour des «anciennes formations» de football. Entendez par-là les équipes dites à caractère communal telles que la Fire Brigade, le Scouts Club, le Sunrise et le Cadets Club entre autres. Puis la PNQ (Private Notice Question) du leader de l’Opposition jeudi d’avant est venue, à bien des égards, mettre de l’huile sur le feu puisque le ministre a apporté très peu de réponse aux questions évoquées.
C’est sans doute dans cette tentative que Devanand Ritoo a opté pour intervenir bien après «le shadow minister» des Sports du Remake, Franco Quirin (qui est intervenu le 15 novembre) et après les clameurs autour de la PNQ. Pour le ministre, il ne fait pas l’ombre d’un doute que cette mesure est « la mesure phare» concernant son ministère. Comme je l’ai souligné la semaine dernière. « Le football est une fierté dans la plupart des pays y compris ici à Maurice où nous comptons des milliers et des milliers de partisans. D’ailleurs, il suffit de voir le buzz créé et les débats déclenchés autour du ballon rond pour se rendre compte que la passion est toujours présente. C’est pour cela que nous voulons redonner au football mauricien sa popularité d’antan en mobilisant les ressources nécessaires », a d’emblée évoqué le ministre des Sports qui a parlé dans la soirée de mardi à mercredi.
Dans son intervention, Devanand Ritoo a rappelé que le gouvernement a investi depuis 2008 «plus de Rs 100 millions pour le développement du football». Cet argent a été dépensé selon le ministre des Sports à (1) la réouverture du Centre Technique National De formation de Football à Réduit, (2) Embaucher un Directeur Technique National et (3) mettre à la disposition de la Fédération nos meilleurs techniciens et nos infrastructures.   Investir dans des compétitions de masse comme le Grassroot Project, la Mauritius Saturday Football League, les Jeux de l’Avenir, les Jeux de l’Espoir, les Jeux Inter collèges, le Football for Health et le Mini Soccer, le Street Football ou encore le futsal.  Sans comter, dira-t-il, les aides à la Mauritius Football Association.
D’oiseaux de mauvais augure
« Malgré tous ces investissements notre football n’a toujours pas redécollé. Pire, en l’espace de 13 ans, notre sélection à dégringolé au classement de la FIFA pour atteindre le rang de 198e sur 209 pays. En tant que Ministre responsable et redevable pour chaque roupie investie, nous voulons à travers ce projet dégager une stratégie qui permettra au foot de se remettre debout », a souligné avec force le ministre des Sports. Qui visiblement a repris les éléments de sa réponse lors due la PNQ, profitant au passage pour qualifier «d’oiseaux de mauvais augure» ceux qui qualifient cette décision de faire revenir les équipes de football à caractère communal de recul. Dans la foulée ,Devanand Ritoo cite un proverbe de l’an 1190 de la fabuleuse collection de l’époque médiévale « Li Proverbe au Vilain » : « Rome n’a pas été construit en un jour » pour justifier sa démarche et celui de son gouvernement.
«Le football mauricien redeviendra une fierté national et rester les bras croisés et être spectateur passif de la mort lente de notre sport roi, n’a pas été et ne sera jamais une option pour nous.  Pour moi, cette mesure vient à point nommé. Elle représente une formidable occasion pour nous d’utiliser le football pour démontrer que nous avons la capacité, en 2013, de dépasser tous les clivages, que nos mentalités ont changé et que nous sommes vraiment un peuple arc-en-ciel. D’ailleurs, notre plus grande force c’est notre différence, notre capacité à accepter et à respecter les valeurs des autres. Pour moi, cette mesure est un défi que le peuple mauricien doit relever. Malheureusement, ceux qui voient toujours le mal partout, tentent de dévier le débat. Au lieu de participer à cet élan national, ils parlent de retour du communalisme par la petite porte», a insisté Devanand Ritoo.
Suivre l’accord de Wolmar
Ce dernier a aussi insisté sur le fait que parallèlement au retour des clubs qu’il a considéré dans son discours comme historique, le gouvernement suivra les recommandations de l’accord de Wolmar de 2009 et investira Rs 10 millions pour permettre la mise en place de la ligue semi-professionnelle. Devanand Ritoo a évoqué le fait qu’une première ébauche de ce projet a été discutée et que « la fédération et le ministère sont sur la même longueur d’onde et que nous croyons que la création de cette ligue sera d’une aide extraordinaire », a soutenu l’intervenant.
Pour qui et comment les choses seront faites ? Pas trop de réponse dans le discours de Devanand Ritoo, mais ce dernier a fait une précision de taille : la ligne semi-professionnelle ne remettra pas en question l’existence des clubs régionaux. «Ces clubs sont des partenaires importants et je pense qu’avec le retour des glorieux anciens, ils pourront tirer bénéfice et ainsi permettre à notre football de connaître un nivèlement vers le haut. Au niveau du ministère, nous comptons poursuivre les discussions et les consultations avec d’autres acteurs du ballon rond afin de dégager la meilleure synergie possible », a aussi expliqué le ministre.
Qui est le fou ou l’idiot ?
Décidément le ou les rédacteur(s) du discours du ministre ont fait beaucoup confiance aux définitions « superficielles» des proverbes. Citer ce proverbe chinois sur la bêtise «quand le sage  désigne la lune, le fou (ndlr : le mot original est l’idiot) regarde le doigt» est un couteau à double tranchant. Car depuis quand celui qui regarde ou fait les choses différemment est nécessairement un fou ou un idiot ? Dans d’autres sphères, on appelle cela une démocratie. Revenons à l’essentiel du discours de Devanand Ritoo qui pour clore ce chapitre a demandé à tous d’unir leurs forces et de regarder dans la même direction.
Autre chapitre de l’intervention du ministre des Sports: les nouvelles infrastructures qui seront construites durant l’année financière 2014. Notamment quatre terrains de football, à Anse-Jonchée, Bassin, Belvèdere et Glen Park. Sans compter les terrains de basket-ball et de volley-ball à Vallée-Pitot, Phoenix, Rose-Belle et Cité Atlée. Tout comme la rénovation du stade Maryse Justin à Réduit au coût de Rs 24 millions.
Dans la foulée, le ministre a fait le bilan de la saison 2013 avec les 202 médailles remportées par les athlètes dans les compétitions internationales. Dont 41 au niveau africain et 5 au niveau mondial.  « Maurice a produit 11 champions africains durant cette année » a souligné le ministre Ritoo. « L’année 2013 a été  positive. Nos athlètes ont réalisé de belles performances dans des disciplines aussi variées que l’haltérophilie , l’athlétisme, le judo, le badminton, le tennis, le triathlon, le squash, le VTT, l’équitation entre autres. Mais la cerise sur le gâteau demeure la performance historique de nos tireurs. Nous avons fait des pas de géants ces dernières années confirmant ainsi le potentiel mauricien dans cette discipline. Ainsi après plusieurs podiums mondiaux, des titres en Coupe du monde et des titres de Champion d’Afrique, le kick-boxing mauricien a encore franchi un cap important cette année en nous ramenant deux titres de Champions du monde par l’entremise de Fabrice Bauluck et de James Agathe », a martelé le  ministre.
Ce dernier n’a pu s’empêcher d’évoquer les aides que son ministère a accordées aux fédérations et le soutien du gouvernement au programme sport-études à travers le TFES.