« La pauvreté n’existe pas seulement dans la communauté créole. » Le prêtre et président de la Fédération Créole Mauricien réagissait aux propos émis durant les débats budgétaires, selon lesquels la pauvreté touche une seule communauté, en l’occurrence créole. C’était ce matin lors d’une rencontre avec la presse. Le père Grégoire dit vouloir militer pour tous les Mauriciens, qui, « tous, peuvent être considérés comme créoles ». D’ailleurs, a-t-il souligné, les thèmes abordés lors de son dernier rassemblement au collège Saint-Mary’s touchaient la population dans son ensemble et non pas seulement la communauté créole. Dans un autre volet de sa conférence de presse, il a critiqué l’annonce d’une télévision privée sans autorisation de traiter l’information. « Enn pep san linformasion, se enn pep dan lesklavaz », soutient-il.
Lors des débats budgétaires de mardi, la députée travailliste Nita Deerpalsing avait dénoncé « une whispering campaign qui serait en cours dans le pays, selon laquelle la pauvreté toucherait une seule communauté, les Créoles ». Et d’ajouter qu’on « est en train de dire aux pauvres qu’ils n’ont pas de chance dans ce pays à cause du gouvernement ». Le père Grégoire réagit : « Je ne veux pas créoliser la pauvreté. Il y a des pauvres dans toutes les communautés. » Citant John Fitzgerald Kennedy qui, en 1963, lors d’un discours à Berlin, avait lancé : « Moi aussi je suis Berlinois ». Et le prêtre de lancer que tous les Mauriciens se trouvant « soit dans la pauvreté, soit subissant une injustice ou étant confrontés à des passe-droits », voire qui sont « victimes de discriminations », peuvent aussi dire : « Moi ousi mo kreol. » Et d’ajouter : « Ki to apel Ahmoy, Prakash, Sylvio, Vishnu eki to trouv toi fas a lopresyon, linzistis, to enn kreol ek FCM pou lager pou twa. »
Enferm nou dan lignorans
Le président de la FCM a par ailleurs critiqué l’annonce, dans le Budget 2014, de la télévision privée sans que les éventuels opérateurs ne soient autorisés à traiter des événements d’actualités. « J’ai l’impression que l’on veut faire de nous les citoyens romains d’autrefois. Des problèmes éclatent, on met en cage quelques lions pour nous divertir. Don zot televizyon zot get tamtam. » Le père Grégoire s’est demandé : « Comment peut-on nous donner une télé privée sans nous donner accès à l’information ? Ou fin pran enn lakle ou fin enferm nou dan lignorans, dan lesklavaz de lespri ! ». Selon lui, il n’y a pas de liberté sans droit à l’information. Et de demander que la Constitution soit revue pour que chaque citoyen ait le droit à l’information. L’accès à l’information, c’est aussi, dit-il, « le droit de connaître les critères utilisés pour les recrutements, pour les permis qui sont octroyés », etc. « Un individu a le droit de savoir pourquoi un permis lui a été refusé. »
Il devait par ailleurs critiquer les propos du ministre des Finances qui « a déclaré que Maurice a des réserves de centaines de milliards en devises étrangères, pouvant couvrir 4 à 5 mois d’importations ». Selon le prêtre, il y a là une « contradiction ». Les largesses, soutient-il, « sont pour les riches ». Il poursuit : « Ou gonfle sintir ban ris e ou dir pov ser sintir lor ti sigaret, ti sms, ti boisson gazez. Li pa balanse. » Il voit par ailleurs dans la roupie supplémentaire sur le litre d’essence, « une mesure scandaleuse ». Selon lui, « c’est pour nourrir les compagnies de transport qui font construire des hôtels, des terrains de golf à Bois-Chéri ».
Selon Jocelyn Grégoire, il est « plus que temps » d’apporter une réforme électorale afin de « revoir le système de financement des partis politiques » et pour que « des politiciens, députés, ministres et même le Président de la République soient limités à deux mandats ». Toutes les communautés, estime-t-il, « doivent pouvoir être à la tête du gouvernement ». Et de se dire ensuite favorable à une révision du découpage électoral.
S’agissant de l’égalité des chances, le prêtre a souhaité que l’Equal Opportunity Tribunal bénéficie de davantage de pouvoirs et qu’il puisse entreprendre des investigations sur la Public Service Commission (PSC) et autres corps parapublics « sur des cas de discriminations ». Il s’est montré d’autre part en faveur de la discrimination positive. Jocelyn Grégoire a ensuite souhaité qu’un bureau soit créé pour les Rodriguais et Agaléens qui « se sentent perdus à Maurice ».