À neuf semaines de la présentation du budget 2014 par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, à l’Assemblée nationale, les premiers grincements de dents se font entendre. Ainsi, la 2014-2016 Programme-Based Budget Call Circular, signée du secrétaire financier, Ali Michael Mansoor, constitue un véritable avertissement en faisant état d’une hausse des dépenses publiques découlant la mise à exécution des recommandations du rapport Manraj au sujet des anomalies du Pay Research Bureau de Rs 2 milliards et d’une baisse conséquente des revenus budgétaires. Le président de l’Association pour la Protection de l’Environnement et des Consommateurs (APEC), Suttyhudeo Tengur, ne s’est pas fait prier pour s’acharner contre le tandem Duval-Mansoor en évoquant un manque à gagner de Rs 3 milliards au niveau des recettes collectées par la Mauritius Revenue Authority (MRA). Dans ce contexte budgétaire caractérisé par des acrimonies grandissantes, la consolation est venue du Global Competitiveness Index du World Economic Forum où Maurice se hisse à la première en Afrique et devance l’Afrique du Sud tout en gagnant neuf places sur le plan mondial.
La teneur de la lettre circulaire du secrétaire financier en guise de coup d’envoi aux préparatifs budgétaires ne constitue nullement une surprise. D’emblée, il fait ressortir que “our fiscal space for 2014-2016, besides being affected by the additional expenditure commitments (Rs 2 billion annually) taken during the year, will be further constrained by significantly lower revenue.” Il ne prévoit un retour sur le recovery path qu’en 2016, soit une année après l’année électorale de 2015.
Les grandes orientations proposées par le ministère des Finances en vue de faire face à la situation sont axées sur une politique de “serre ceinture” que ce soit sur le plan des recrutements dans le secteur public, une politique de restructuration des corps para-publics et des efforts dans la collecte des user fees and charges imposés par les différents services. “We will have to pursue the drive towards improving national productivity, enhancing public sector efficiency in service delivery and addressing bottlenecks to growth, investment and job creation”, ajoute le secrétaire financier.
Mais au sein des différents ministères, l’étape la plus redoutable dans les préparatifs budgétaires ne sera enclenchée qu’à partir de la fin de septembre ou au début d’octobre avec les délibérations du PBB Estimates Committee. Suite au message transmis par Ali Michael Mansoor dans la Circular No 12 de 2013, l’arbitrage du ministère des Finances pourrait s’avérer implacable avec de coupes substantielles prévues dans les projets présentés par les différents ministères.
Pour étayer ces dires, de hauts cadres de la fonction publique soulignent que l’une des prescriptions préconisées par le secrétaire financier est de “postpone low priority investment projects.” Tous les projets à être inclus dans le budget devront obtenir au préalable le feu vert des Finances. “Cela veut tout dire, à moins d’un revirement de situation”, indiquent ces sources dans la fonction publique.
À ce stade, la première voix à se faire entendre contre l’ordonnance budgétaire d’Ali Michael Mansoor est celle de Suttyhudeo Tengur, qui n’y est pas allé de main-morte. “Au vu de la lettre circulaire du Bean Counter, Ali Mansoor de la Banque mondiale se trouvant à la tête des finances publiques, tout le scénario est mis en place pour asséner un véritable coup de massue aux Mauriciens.”
Le président de l’APEC dénonce la “solution miracle” visant à réduire au minimum les recrutements dans le secteur public, favorisant l’embauche de retraités en tant que “Senior Advisers avec tout un package susceptible de faire des ministres rire jaune.”
Suttyhudeo Tengur prend également pour cible la Mauritius Revenue Authority, dont le principal objectif n’est autre que “de tondre les petits contribuables, qu’ils soient des fonctionnaires et salariés et petits opérateurs économiques.” “Le principal Revenue Collecting Department de l’État, la MRA, aurait enregistré un manque à gagner de Rs 3 milliards. Dans certains milieux, on avance même le chiffre de Rs 5 milliards. Mais quid de ce trou de Rs 3 milliards ? La MRA a failli lamentablement dans sa mission première”, conclut-il.
L’une des rares consolations sur le front de la gestion économique a été le classement du World Global Competitiveness Index rendu public au cours de la semaine écoulée. Pour la première fois, Maurice se hisse en tête de cet indice en Afrique, reléguant l’Afrique du Sud au second plan, et gagne également neuf places sur le plan international, soit la 45e place sur 148 pays.
Les points forts qui ont porté Maurice dans ce classement du World Economic Forum sont les normes de comptabilité et la protection des investisseurs du privé (14e place), des droits de propriété bien définis, un judiciaire indépendant et un “efficient government” (29e place), des institutions publiques transparentes (39e place), l’efficience du marché financier (26e) et des lois du travail flexibles (55e). Toutefois, la représentation féminine dans le monde du travail reste une épine avec une 118e place.