Si Vishnu Lutchmeenaraidoo est effectivement un magicien capable de faire des tours de passe-passe à coup de baguette magique, il lui faudra bien plus que quelques incantations pour “nettoyer le désordre et offrir à notre pays un nouveau départ.” Situant son budget à la croisée des chemins, le gouvernement devra surtout savoir adopter la bonne attitude pour permettre au plan de fonctionner. Sinon le pays restera figé.
Avis au Grand Argentier : les contes de fées ça n’existe pas et la tâche pour mener le pays vers la destination souhaitée sera abracadabrante. Pas la peine de scruter une boule de cristal ou de chercher au fond du marc de café afin d’identifier les obstacles contre lesquels butera la vision prônée. Le présent gouvernement de SAJ se sait investi de la mission d’apporter un nouveau souffle au pays après les années Ramgoolam. Mais il y a aussi le contexte général qui réclame une autre approche afin que la nation se dote des moyens et développe les réflexes qui lui permettront d’affronter les défis d’aujourd’hui.
Le budget présenté lundi au Parlement se situe ainsi au “crossroad.” Dans cette phase de transition : “Il est essentiel que nous ayons une vision claire du futur que nous souhaitons pour notre nation.” Nous voilà à l’intersection sur les plans de l’écologie, de la justice sociale , du social, de la bonne gouvernance, de la relance de l’économie, de la création d’emplois, etc. À travers les nouvelles mesures budgétaires de ce no tax budget qui prend un ton populaire, le gouvernement se dit motivé pour la relance en favorisant un meilleur environnement social à travers un vrai partage des richesses tout en tenant en considération les nouvelles opportunités offertes par la technologie et le changement. Le tout dans la transparence, le respect de l’environnement, de la méritocratie et des grandes valeurs de la république.
Mais tout cela ne se règle pas à coups de baguette magique. La route vers le futur entrevu ne sera pas de tout repos parce qu’il passe par des changements profonds qui dans plusieurs cas touchent à des moeurs ancrées dans les habitudes locales. Une manière de faire pas toujours honorable qui a la peau dure et dont il sera difficile pour certains de se défaire. Au chapitre de la bonne gouvernance, de la transparence et du respect des valeurs, pas de potion magique non plus sinon un désir sincère et commun de donner l’occasion au pays de progresser sans que quiconque ne se laisse tenter d’y trouver son intérêt personnel ou celui de ses fils, petites amies ou proches.
Une centaine de jours après le changement de régime, les mêmes vieux démons reviennent hanter notre système parce que les portes leur ont été ouvertes par ceux qui se trouvent aujourd’hui à la tête des institutions et qui hier encore se faisaient passer pour des chasseurs de vampires. Les meilleures intentions ne suffiront pas pour accompagner le pays vers son futur si le changement ne commence pas auprès de ceux qui se trouvent tout en haut du système. Que l’on parle d’inégalité, de lutte contre la pauvreté, de justice sociale, etc., si Maurice a les moyens et les compétences pour améliorer les choses, nous avons fauté par manque de conviction et en acceptant trop d’entorses dans les règles. Il en sera de même pour le budget Lutchmeenaraidoo si nous ne faisons pas attention.
Plus de sacs en plastique en 2016, la fin des réflexes zougadère, il faudra aussi accompagner plusieurs des mesures du budget d’une campagne d’explication et de sensibilisation pour leur donner un sens et en faire une démarche sincère. Au cas contraire, certaines d’entre elles seront perçues comme des contraintes plus que des mesures correctives. Cette campagne de communication devra aussi s’étendre aux opportunités qui seront offertes au niveau des entreprises, de la création d’emploi, des études, de l’amélioration de la qualité de vie en général. Les Mauriciens devront être au courant ce qui est prévu à leur intention et comment ils pourront aussi contribuer à dessiner le futur du pays.
Ce budget marque peut-être la fin d’une époque vers une nouvelle ère. Ce qui est certain, c’est que le pays doit se donner les moyens de traverser le cap et de choisir sa voie. Sinon il restera bêtement coincé au crossroad.