Les représentants de diverses organisations du secteur privé ont, lors de la rencontre pré-budgétaire hier avec le ministre des Finances, évoqué les principaux défis auxquels leurs secteurs respectifs sont confrontés avant d’étaler leurs demandes devant ce dernier. Pour les secteurs de la construction et des TIC (Technologies de l’information et de la communication) la baisse de leur contribution au Produit intérieur brut inquiète, d’où l’appel à des mesures pour les relancer. Les secteurs touristique, manufacturier, et des services financiers ont également réclamé des mesures pour stimuler leurs activités.
Selon la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI et l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM), l’augmentation des coûts pour faire des affaires à Maurice est un sujet préoccupant. Alors que la MCCI a plaidé pour la prévisibilité au niveau de la règlementation des secteurs, l’AMM a estimé que les « trade and advert fees », les droits d’accise sur le sucre et l’alcool, entre autres, pénalisent plusieurs secteurs d’activités. Gérard Boullé, président de l’AMM, est d’avis que le pays peut aspirer à réaliser une croissance économique plus élevée à condition qu’on relance l’investissement productif, qu’on améliore l’abattement fiscal sur les investissements. L’association des opérateurs de l’industrie de la construction, la BACECA, estime qu’il faut relancer l’investissement dans le secteur, cela avec la mise en chantier de gros projets tant publics que privés. Dans le passé, a-t-elle souligné, la contribution du secteur de la construction au Produit intérieur brut (PIB) tournait autour de 6-7 %. Aujourd’hui, ce taux est tombé à environ 4 %. Le secteur est à la peine, a fait comprendre le représentant de l’association qui, dans la foulée, a appelé à une transformation de l’industrie. Vishnu Lutchmeenaraidoo a, en réaction, soutenu qu’il est dans l’intérêt du secteur privé que le secteur de la construction reprenne de la vigueur.
Dans le secteur des TIC également, on fait ressortir que le taux de croissance, qui était à deux chiffres dans un récent passé, est descendu à 6 % l’année dernière. La raison principale, selon Charles Cartier de l’OTAM, c’est l’indisponibilité de la main-d’oeuvre. Les grosses sociétés internationales du secteur des TIC, a-t-il fait comprendre, ne sont pas intéressées à venir s’installer à Maurice. Il faut, a-t-il ajouté, trouver des solutions au problème du manque de main-d’oeuvre. « Si on demeure à un niveau de 20 000 employés dans ce secteur, il sera difficile de réaliser à nouveau un taux de croissance à deux chiffres », a déclaré Charles Cartier.
Services financiers
Dans le secteur des services financiers, on pense que la contribution à l’économie, qui est actuellement à 9 %, peut passer à 13/14 % à condition que des mesures soient prises pour développer des activités à valeur ajoutée, pour améliorer les compétences et le marketing. Global Finance Mauritius pense qu’il y a un climat des affaires favorables, mais estime que les institutions doivent pouvoir agir en concertation avec les opérateurs. Sunil Benimadhu, CEO de la SEM, a soutenu qu’il faut créer des synergies entre le secteur du Global Business et le marché des capitaux. La Bourse de Maurice est parvenue à ce jour à attirer un certain nombre de sociétés du Global Business, mais elle peut faire mieux si un environnement propice est créé pour son développement. Sunil Benimadhu a suggéré la création d’un second marché pour les obligations d’État et a réclamé des exemptions fiscales pour les investisseurs étrangers qui font des placements dans ces obligations.
S’agissant de l’industrie touristique, Tommy Wong de l’Association des Hôteliers et Restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM) a estimé qu’il faut absolument améliorer l’accès aérien et mettre à la disposition de l’industrie un nombre de sièges-avion adéquat. « We need a more flexible air access policy », a-t-il dit. De plus, considérant la forte concurrence des autres destinations, il est primordial qu’on s’appuie de plus en plus sur le marketing en ligne de la destination. Par ailleurs, Tommy Wong a soutenu qu’il y a un besoin de préserver la différenciation du produit touristique mauricien.
Se faisant le porte-parole des opérateurs de petits établissements hôteliers, Bissoon Mungroo a réclamé un budget séparé pour la promotion touristique pour cette catégorie d’opérateurs. Il a aussi fait une demande d’exemption fiscale pour l’acquisition de minibus pour le transport des employés avant de présenter une requête pour l’octroi d’un prêt à faible taux d’intérêt pour compenser la baisse du cash-flow de PME du secteur touristique.
Côté sucrier, Jacques d’Unienville, de la MSPA, a fait état de l’inquiétude du secteur face à la chute des prix : de Rs 17 500 en 2013 à Rs 12 500 en 2014. Tout porte à croire qu’il baissera davantage à Rs 11 000 en 2015, a-t-il annoncé. Une recommandation a été faite au SIFB pour le paiement d’une compensation de Rs 2 000 par tonne de sucre. Cette recommandation, selon lui, devrait être avalisée par les autorités. Cette demande a été soutenue par la Chambre d’Agriculture. Jacques d’Unienville a également évoqué la hausse des coûts salariaux dans le sillage des négociations collectives et du paiement de la compensation salariale. La Chambre d’Agriculture a plaidé pour l’élaboration d’un plan visant à stimuler la production maraichère et encourager le développement d’une agriculture durable où l’utilisation des pesticides sera écartée.
Par ailleurs, lors de la séance d’hier, la Mauritius Employers Federation a suggéré d’utiliser les lois du travail pour stimuler la croissance ainsi que la création d’emplois alors que les associations des architectes et des ingénieurs ont fait ressortir qu’il y a des efforts pour exporter l’expertise mauricienne dans la région où les perspectives paraissent intéressantes.