La privatisation, le chômage, les droits humains sur le lieu de travail et la présence de cadres expatriés dans le secteur privé composent, entre autres, les points soulevés par la Fédération des travailleurs unis (FTU) dans son mémoire soumis dans le cadre du prochain budget. La fédération syndicale se prononce également en faveur d’une “Wealth Tax” pour le secteur du « gambling/betting » et souhaite, dans le même élan, une refonte de l’Equal Opportunities Commission qui, selon elle, n’a pu donner les résultats escomptés.
La FTU réclame en premier lieu une baisse de la TVA, estimant que les consommateurs sont « victimes » de la politique de libéralisation. Les prix des denrées de base, rappelle-t-elle, ont pris l’ascenseur depuis quelque temps et une baisse de la TVA permettrait aux familles mauriciennes de mieux faire leur « ration » chaque mois.
En revanche, la fédération suggère l’application d’une “Wealth Tax” pour le secteur du “gaming/betting”. Pour Atma Shanto, ce secteur génère des profits qui se chiffrent en milliards. Il invite également le gouvernement à « ne pas octroyer de nouveau permis ».
La FTU souhaite d’autre part la réintroduction d’une taxe de sortie dans l’industrie sucrière. De même, elle suggère une augmentation de la “Land Lease Tax”, faisant ressortir que plusieurs hectares de terres de l’État sont « contrôlés par le secteur privé » pour divers projets. L’imposition d’une “levy” sur les Independent Power Producers utilisant le charbon est aussi proposée. Le syndicat suggère également le retrait de la clause de confidentialité dans le contrat liant le CEB aux IPPs.
La fédération tire également la sonnette d’alarme sur le chômage et rappelle que « même les diplômés se retrouvent sans emploi après plusieurs années d’études ». Pour remédier à la situation, la FTU estime qu’il faut remplir les postes vacants dans la fonction publique et les corps parapublics. Pour assurer les « green jobs », il est suggéré de bannir l’emploi « casual » dans le privé.
De même, la fédération juge « nécessaire » l’introduction de Remuneration Orders pour les “call centres” et le “landscaping”. « Ces deux secteurs ont pris de l’ampleur et la tendance va se poursuivre », fait ressortir Atma Shanto, qui signe le document. Par ailleurs, le syndicat clame son opposition à la privatisation des compagnies engagées dans les services essentiels, notamment la CWA, le port, l’aéroport et le transport public. Il invite le gouvernement à « ne pas reproduire l’erreur faite avec Mauritius Telecom », où de nos jours « les multinationales multiplient les profits générés par les travailleurs mauriciens pour investir ailleurs ».
La présence de cadres expatriés dans le secteur privé préoccupe également la FTU. Elle déplore le fait qu’ils « jouissent » de privilèges leur permettant de « vivre comme des rois », alors que, souvent, ils « font fi des lois » mauriciennes à l’égard des travailleurs. La fédération souhaite que le gouvernement réintroduise le principe appliqué au début de l’industrialisation, où un cadre étranger pouvait être engagé à condition qu’un Mauricien soit formé pour occuper son poste en même temps. Avec les pratiques actuelles, souligne Atma Shanto, « nous assistons à une recolonisation sectorielle ». Par ailleurs, la FTU souhaite un meilleur contrôle de la main-d’oeuvre étrangère et qu’une Foreign Labour House soit mise en place pour accueillir les travailleurs étrangers en détresse.
Concernant les droits humains et l’égalité des chances, la FTU demande une refonte de l’Equal Opportunities Commission, où les procédures sont « trop rigides ». Il est suggéré de mettre en place une Equality and Human Rights Commission. Sur ce même plan, la fédération souhaite des amendements à la Human Rights Commission Act afin de prévenir la violation des droits de se syndiquer dans le secteur privé.
La présence de caméras de surveillance sur le lieu de travail, en particulier dans le tourisme, est aussi regrettée. La FTU estime qu’elles ne sont pas uniquement utilisées pour des raisons de sécurité, mais aussi « pour surveiller les membres du syndicat ». La fédération souhaite que le gouvernement bannisse cette pratique. De même, la fédération aspire que les travailleurs aient une heure « off » pour marquer la Journée des Droits humains, observée le  10 décembre.
Par ailleurs, la FTU plaide pour le maintien du tripartisme, conformément aux recommandations de l’Organisation internationale du travail. Elle déplore le fait qu’au sein de certaines institutions parapubliques, à l’instar de la MBC, la HRDC, la MCML, l’EOC et le NPCC, entre autres, les syndicats soient écartés des grandes décisions. De même, la fédération invite « à mettre fin aux abus » causés par l’obligation de présenter un certificat de caractère pour trouver du travail. Concernant la corruption, la FTU invite le gouvernement à présenter une loi pour protéger les « whistle blowers ».