« Un down to earth budget. » C’est en ces termes que Pierre Dinan, économiste, a qualifié le Budget 2017-18 présenté par le Premier ministre et ministre des Finances, lors de son intervention hier après-midi à un forum organisé conjointement par la branche locale de l’Association of Certified Chartered Accountants (ACCA) et le Mauritius Institute of Professional Accountants (MIPA) au Centre de convention de Trianon. Pierre Dinan trouve que le Budget comporte des mesures sociales populaires mais qu’il ne fait pas la part belle à l’économie.
Premier intervenant à ce forum qui réunissait également Clensy Appavoo, Senior Partner du cabinet HLP Appavoo & Associates, et Gary Gowrea, spécialiste en fiscalité de la société Cim Taxand, Pierre Dinan s’est évertué dans un premier temps de situer les paramètres budgétaires, faisant ressortir que les dépenses totales annoncées pour le prochain exercice financier, soit Rs 127,7 milliards, représenteraient une hausse assez importante comparativement aux dépenses encourues pour 2016-17 et qui se monteraient à Rs 110,6 milliards. Pour ce qui est des revenus estimés à Rs 112,3 milliards, il faut savoir que Rs 5,7 milliards proviendraient de la consolidation du Build Mauritius Fund et du National Resilience Fund. De ces Rs 112,3 milliards, a encore précisé Pierre Dinan, Rs 5,4 milliards seraient décaissés sous forme de subvention de la part du gouvernement indien. L’économiste a observé que la part de la taxe à la valeur ajoutée dans les revenus courants s’élèverait à 59,8% alors que celle de l’impôt sur le revenu (Income Tax) est estimée à 23,4%. La part du « social » dans le Budget 2017-18 est conséquente, a indiqué Pierre Dinan. Selon ce dernier, elle avoisinerait les Rs 66,3 milliards, soit une hausse de 11,2%, comparativement à celle de l’exercice financier qui se termine.
Pour l’intervenant, il y a eu sous-utilisation du montant budgété pour les dépenses de développement en 2016-17 alors que pour 2017-18 le Grand argentier prévoit un budget de Rs 18,8 milliards dont Rs 8,8 milliards seront consacrées à la mise à exécution du projet Metro Express. « Nous avons été chanceux jusqu’ici d’avoir contenu le niveau des dépenses totales à environ 25% du Produit intérieur brut (PIB) du pays. En 2017-18, le ratio des dépenses passerait à 26,6% du PIB, à condition, toutefois, que l’argent soit bien utilisé. Dans l’ensemble, le déficit budgétaire fixé à 3,2% du PIB en 2017-18 par rapport à 3,5% en 2016/2017 paraît raisonnable mais on aurait souhaité qu’il soit inférieur à ce niveau », a déclaré l’économiste. Se référant à la dette publique, Pierre Dinan dira qu’elle se chiffrait à Rs 295,7 milliards en 2016-17, soit 66,1% du PIB. « Plusieurs personnes considèrent avec raison que c’est un taux élevé. Ce n’est pas le montant de la dette en absolu qui est le plus important mais la tendance haussière du ratio de la dette. »
Pierre Dinan a ensuite passé en revue un certain nombre de mesures sociales, affirmant qu’il y a des mesures sociales populaires dont celles concernant la baisse du prix de la farine, la construction de deux « homes » pour les personnes âgées et économiquement faibles et l’introduction d’un système de « Negative Income Tax » pour les personnes en emploi et dont les salaires ne dépassent pas Rs 10 000. « Nous attendons de voir ce que cette mesure coûtera finalement ». Pierre Dinan regrette que le Budget 2017-18 ne contienne pas des analyses économiques et ne fait pas des observations sur les retombées éventuelles du Brexit et de la politique adoptée par le président Donald Trump. Il dit, cependant, que la création d’un Economic Development Board (EDB) est la bienvenue et espère que cette instance, ensemble avec le National Economic and Social Council, va se lancer dans une véritable planification du développement économique du pays, chose qui a fait défaut dans le passé. Pierre Dinan constate qu’il n’y a pas d’analyse poussée des fondamentaux macroéconomiques et relève que le Budget 2017-18 ne fait pas mention des problèmes démographiques du pays et des retombées sur le système de pensions.
Emploi: aucune indication
Clensy Appavoo a, lui, axé son intervention sur les mesures budgétaires se rapportant au secteur des affaires. Il est d’opinion que la réalisation des objectifs budgétaires annoncés par Pravind Jugnauth dépend dans une large mesure de l’environnement des affaires qu’on veut créer. Comme Pierre Dinan, Clensy Appavoo souhaite que l’Economic Development Board (EDB) fasse une réelle planification du développement économique que le pays se propose d’emboîter mais craint que les axes ciblés, notamment l’investissement, l’exportation et le Global Business, ne reçoivent pas l’attention voulue. « Les clientèles qu’on doit cibler dans ces trois domaines sont différentes les unes des autres », a-t-il fait ressortir.
Le Senior Partner de HLB Appavoo & Associates note que le Budget 2017-18 ne donne pas d’indication sur les emplois qui seront créés et les secteurs concernés. Mais, il apprécie que ce budget mette l’accent sur le développement des infrastructures. Pour ce qui est de la stratégie africaine de Maurice, Clensy Appavoo observe qu’à part les mesures concernant le Sénégal et la Côte d’Ivoire, il n’y a pas de mesures fortes concernant le marché africain. En revanche, il accueille favorablement la décision de ramener à 3% le taux d’imposition des profits des entreprises qui se tournent vers l’exportation. Les incitations en faveur de la recherche et le développement, l’innovation, la biotechnologie, et les activités high-tech sont les bienvenues mais en ce qui concerne les petites et moyennes entreprises, Clensy Appavoo a déclaré qu’avec les mesures annoncées « the puzzle will be fixed ». Il se dit déçu de ne pas voir dans le budget des mesures phares concernant l’économie bleue et le développement de l’industrie touristique.
Dernier intervenant au forum, Gary Gowrea s’est attelé à disséquer les mesures fiscales de l’exercice budgétaire. Il dit espérer comme annoncé qu’un vrai Blueprint sur ce que sera le secteur des services financiers dans les dix prochaines années sera élaboré. Gary Gowrea pense que la baisse du taux d’imposition des profits des sociétés exportatrices est un « wise move » et considère, dans la même foulée, que le doublement du capital des banques commerciales de Rs 200 millions à Rs 400 millions est apprécié. Il espère que cette dernière mesure facilitera la création de « syndicated loan » du fait que les banques seront mieux capitalisées. L’introduction d’une « Negative Income Tax » pour les salariés au bas de l’échelle est jugée favorable. Le fiscaliste observe que la situation dans le secteur du Global Business devient plus difficile et trouve, à la lecture des amendements qui seront apportés aux dispositions fiscales dans le cadre du Finance Bill,  que la Mauritius Revenue Authority est en train de faire preuve d’une plus grande fermeté. Gary Gowrea a commenté plusieurs amendements qui seront apportés à l’Income Tax Act, la Corporate Tax, la TVA ainsi qu’au niveau des procédures administratives.