La première étape des consultations prébudgétaires bouclée la semaine dernière, le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, a enclenché le compte à rebours pour la présentation du budget 2016-17. Même si à ce jour la date du Budget Day est jalousement gardée, tout indique que, selon la tradition, la lecture du discours du budget à l’Assemblée nationale devrait intervenir au cours de la première quinzaine du mois de juin. Entre-temps, c’est la mobilisation générale au ministère des Finances avec un calendrier de travail élaboré, dont entre autres le début à la mi-mai des discussions au sujet des dotations budgétaires et des projets à être inclus dans le budget pour l’exercice financier 2017-18 au niveau de chaque ministère. Toutefois, en ce début de mai, des signaux divergents sont relevés, la Banque de Maurice préférant privilégier la prudence face à l’optimisme affiché par la Chambre de Commerce et d’Industrie dans le sillage de la publication de l’indice de confiance du monde des affaires pour le premier trimestre. Dans la conjoncture, le point qui réunit le consensus reste la faiblesse du secteur manufacturier avec la baisse dans la performance des exportations. À ce titre, l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM) est montée au créneau avec des remèdes de cheval, dont la réintroduction des duties de 15% sur une liste de produits sensibles et un plan stratégique de 10 ans pour relancer le secteur manufacturier de même que les exportations à terme.
Face aux partenaires sociaux et autres représentants de la société civile, le Premier ministre et ministre des Finances s’est engagé dans un listening mode tout en laissant le champ libre à ses interlocuteurs. À l’exception de ses commentaires à la télévision nationale pour marquer les 100 jours de son Primeministership, il n’a donné aucune indication au sujet de sa feuille de route pour la relance de l’économie alors que le gouvernement MSM-Muvman Liberater devra passer bientôt le cap du mi-mandat.
Les premières indications au sujet de la ligne budgétaire devraient se faire voir lors des séances de travail avec les différents ministres à partir de la mi-mai. Lors de la dernière réunion du Conseil des ministres vendredi matin, le Grand Argentier a demandé à ses collègues ministres de se tenir prêts pour cette prochaine étape de discussions sur le budget. Le calendrier de ces séances de travail entre Pravind Jugnauth, entouré de ses collaborateurs aux Finances et les différents ministres est actuellement mis au point vu que les premières rencontres sont annoncées pour la semaine du 15 mai.
À ce rythme, les Budgetary Estimates de chaque ministère devront être arrêtées vers la fin de ce mois avec le technicien du ministère des Finances se penchant sur les Budgetary Revenue Measures pour l’ultime étape, soit les premiers jours de juin. Cet exercice se présente comme étant extrêmement délicat avec toute une gamme de mesures fiscales. À ce stade, l’on tient à souligner qu’il est prématuré de spéculer sur cet aspect crucial du prochain budget.
Mais le fait à signaler concerne des nuances dans les prévisions de deux institutions, soit la Banque de Maurice et la Chambre de Commerce et d’Industrie. Le Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice a non seulement maintenu le Repo Rate à 4% mais prévoit aussi le statu quo pendant une certaine période, probablement jusqu’à la fin de cette année vu que la reprise annoncée tarde à se réaliser. Le ton du communiqué émis par la Banque centrale est relativement subdued avec des risques de baisse de la croissance causée par la poussée du protectionnisme, de conditions restrictives de la situation financière globale et de tensions géopolitiques.
Baisse des  exportations
Tout en maintenant ses prévisions de croissance dans la fourchette de 3,8% à 4% pour cette année, la Banque de Maurice émet une réserve de taille, soit « this forecast is conditional on the timely implementation of key public sector investment projects and the continued accommodative monetary conditions. » Devant des signes d’une reprise, notamment une croissance de 4,1% pour le dernier trimestre de l’année dernière contre 3,7% pour le précédent, le gouverneur de la Banque de Maurice, Ramesh Basant Roi, n’occulte pas la mauvaise passe que traverse le secteur des exportations.
La préoccupation du côté de la BoM Tower est que la baisse des exportations et la part de ce secteur dans le PIB national génèrent des incidences défavorables sur la balance des comptes courants. Après une baisse du déficit en 2016 (4,3 % du PIB, contre 5 % en 2015), la situation pourrait évoluer défavorablement en 2017 avec un déficit estimé à 4,8 %., découlant principalement de la baisse des exportations.
Une autre crainte exprimée par la Banque de Maurice quasiment à la veille de la présentation du budget concerne les excès de liquidités dans le pays, soit de l’ordre de Rs 11 milliards. Au cours des trois dernières années, la Banque Centrale est intervenue pour éponger quelque USD 1,4 milliard au coût de Rs 1,8 milliard en 2016-17. Des provisions de Rs 2 milliards sont prévues à ce même titre pour 2017-18 avec le communiqué du Monetary Policy Committee notant que « in spite of the Bank’s effort to mop up excess liquidity, the MPC views with concern that the level of excess liquidity remains high.»
Par contre, la veille de la réunion de cette instance de la Banque Centrale, la Chambre de Commerce et d’Industrie faisait état d’une nette amélioration du niveau de confiance des entrepreneurs pour le premier trimestre de l’année. L’indicateur de confiance a progressé de 4,4 points (+4,5%) pour atteindre 101,9 points, qualifiés de « territoire dynamique », et ce,  après avoir évolué pendant 20 trimestres en zone défavorable. « Ce résultat suggère un retournement de la conjoncture et devrait permettre une amélioration sensible de la performance économique si cette dynamique se maintient au cours des prochains trimestres », soutient Chambre de Commerce et d’Industrie.
Ainsi, un entrepreneur sur trois fait état d’une amélioration des ventes au cours des trois premiers mois de cette année. La Chambre de Commerce et d’Industrie se félicite d’une hausse généralisée des indices de confiance dans les secteurs des services, manufacturier et commercial.
Plan stratégique
Pour ce qui est de la performance des exportations, l’AMM mise sur le concept de « sustainable local procurement, sustainable employment sustainable energy for sustainable exports. » Les domestic oriented enterprises dans le secteur manufacturier représentent 10,4 % du PIB, 65% de la valeur ajoutée de ce secteur, 20 000 emplois dans les grosses entreprises et 55 000 dans les PME.
« The manufacturing sector and moreover Mauritian DOE’s have been severely challenged on their natural market by imports of foreign products. Our open economy has yet to offer real opportunities of growth outside of Mauritius. Removing a maximum of duties on imported goods in Mauritius was presented as a prerequisite to access foreign markets. However, results are very disappointing as our DOE’s have not been assisted in transforming their business models and adding value in their products », soutient l’AMM dans le Budget Memorandum soumis au gouvernement.
Partant de ce préambule et en vue de remédier à la situation, l’AMM propose une gamme de mesures, allant dans le sens d’une « positive discrimination », dont la réintroduction des duties de 15% sur des produits sensibles importés. « This measure would assist seven clusters in manufacturing to emerge toward export markets: dairy products and livestock for animals; animal and vegetable fats and oils; poultry products; products of the milling industry (wheat, noodle and pasta, cakes); beverages and transformed fruits and vegetables (juices, rums, sweets); Chemical products; Building materials and associated equipment (wood, furniture, lighting) », avance l’AMM.
Au chapitre des contrats alloués par l’État, 20% des marchés d’une valeur maximale de Rs 100 millions et 50% de Rs 500 millions devront être réservés aux entreprises locales. « This measure would be a game-changer, allowing business development opportunities and preparing future investments in business linkages and clusters. Thus a dynamic sector and new business models would attract local capital, FDIs and merger-acquisitions », croit l’AMM, qui réclame un plan stratégique de dix ans pour ce même secteur, plan calqué sur le modèle adopté par l’industrie sucrière avec le démantèlement du Protocole-Sucre.