Pour la troisième fois dans sa carrière de ministre, le leader du MSM, Pravind Jugnauth, se voit confier la responsabilité de gérer l’économie. En effet, dès le prononcé du jugement de la Cour d’appel renversant la condamnation à douze mois de prison dans l’affaire MedPoint, les procédures ont été mises en branle pour un retour de Pravind Jugnauth au sein du conseil des ministres. Après la prestation de serment jeudi matin devant la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, le nouveau ministre des Finances a pris la mesure de la tâche qui l’attend. Une première décision en consultations avec le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth : le rescheduling of the Budget speech, qui avait été fixé initialement au lundi 6 juin. Tout en ne mettant nullement en cause le travail qui a été accompli sur le plan des préparatifs pour le budget 2016-17, le nouveau Grand Argentier a préféré se donner du temps pour se remettre en perspective et ajouter sa touche personnelle. En marge de cet exercice, qui s’avère crucial pour le pays, toujours dans l’attente des signes de relance économique pour concrétiser la promotion dans la high income league. Et également sur le plan politique, car même s’il affirme que la question du Prime ministership ne se pose pas dans la conjoncture, il est un fait que le poste de ministre des Finances peut être perçu comme une stepping stone pour accéder au Treasury Building en tant que successeur de son père à ces fonctions suprêmes.
Compte tenu de l’urgence de la situation avec la présentation du budget 2016-17 et de la relance des investissements, le leader du MSM a tenu à mettre en sourdine ses aspirations personnelles sur le plan politique avec son come-back au sein du gouvernement. « La question d’accéder au poste de Premier ministre ne se pose pas aujourd’hui. Mo bien kontan ki boukou dimounn ena sa konfians-la dan mwa. Mais pour moi, la question ne se pose pas. Nous avons un Premier ministre. Mo soutenir li à 100%. Pas de spéculations », devait-il faire comprendre à la presse, hier à la mi-journée au Sun Trust, après une réunion du bureau politique du MSM, comme pour faire taire les conjectures.
Au chapitre du prochain budget, le nouveau ministre des Finances a été avare de détails au sujet de son calendrier. Il s’est contenté de rassurer que « cet exercice se déroulera dans les délais prescrits » et cela sans divulguer la date précise. Les premières spéculations indiquent que le Budget Day pourrait être dans la première quinzaine de juillet, selon toute probabilité le vendredi 8 juillet, après les célébrations de la fête Eid-ul-Fitr, marquant la fin du Ramadan. Avec un tel scénario, l’adoption du budget par l’Assemblée nationale ne devra intervenir que vers fin juillet.
Mais aucune des sources officielles approchées par Week-End n’a voulu s’aventurer pour se prononcer sur la date du budget, laissant le soin au ministre des Finances la primeur de cette annonce. En tout cas, à ce stade, le mot d’ordre au sein du groupe parlementaire est que le rythme des séances normales de l’Assemblée nationale reprend dès mardi, sauf qu’avec l’examen de The Supplementary Appropriation Bill de Rs 4,1 milliards, le Question Time ne fera pas partie du programme. Pour les séances subséquentes, les parlementaires ont été invités à soumettre leurs PQs pour être annexées à l’ordre du jour et ce, jusqu’à nouvel ordre.
 
Rappel à l’ordre
D’autre part, le leader du MSM a tenu à rappeler aux parlementaires du parti leur devoir de discipline au sein de la majorité à l’Assemblée nationale. Des sources dignes de foi ont fait comprendre à Week-End que ce rappel à l’ordre s’adresse particulièrement au backbencher et député de Rivière-des-Anguilles/Souillac (N°13) Bashir Jehangeer. Ce dernier, qui n’était pas présent à la réunion du Bureau politique, s’est fait remarquer ces derniers temps avec des interpellations pertinentes et ciblant le vice-Premier ministre et ministre des Utilités publiques, Ivan Collendavelloo, et leader du Muvman Liberater.
La conséquence majeure de ce décalage dans le calendrier pour l’adoption du budget pour le prochain exercice financier est que les Budget Estimates présentés par le ministre des Finances n’auront pas force de loi à partir du 1er juillet. Toutefois, le gouvernement pourra avoir recours au Vote On Account pour assurer le financement des dépenses publiques. La Constitution prévoit que le Vote On Account pourra être opéré pour une période de six mois avec aucun souci pour le versement des salaires mensuels aux fonctionnaires et employés des corps paraétatiques. D’ailleurs, à la fin de ce mois, ces derniers ont déjà bénéficié du paiement des arriérés de salaires depuis le 1er janvier et des ajustements salariaux découlant de la mise en application des recommandations salariales du Pay Research Bureau (PRB).
Pravind Jugnauth compte mettre à profit ce délai dans la lecture du discours du budget pour initier un nouveau round de consultations budgétaires sans toutefois refaire l’exercice entrepris jusqu’ici par sir Anerood Jugnauth en tant que ministre des Finances. Il compte rencontrer des représentants des ONG et autres organisations. Il envisage aussi d’accélérer les séances de travail avec ses plus proches collaborateurs au ministère des Finances et ses collègues ministres au gouvernement. Pour cette troisième fois aux Finances, il travaillera sous l’égide de sir Anerood Jugnauth, après avoir occupé ces mêmes fonctions sous le Prime ministership de Paul Bérenger de 2003 à 2005 et sous Navin Ramgoolam de mai 2010 à juillet 2011.