Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, a bouclé les derniers détails de son discours du budget 2013 à la mi-journée en prévision de la séance de l’Assemblée à partir de 17 h. Il s’est ensuite rendu au Prime Minister’s Office pour des ultimes échanges sur le budget avec Navin Ramgoolam. À ce stade, très peu de détails ont transpiré de la teneur des principales mesures budgétaires qu’annoncera le Grand Argentier cet après-midi. Toutefois, le Premier ministre a indiqué que la priorité reste de « préparer le pays pour saisir les opportunités avec la reprise économique subséquente ».
Tout semble indiquer que les recommandations salariales du Pay Research Bureau, avec une moyenne d’augmentation de 17 % aux fonctionnaires et retraités de la fonction publique, figureront en bonne place dans le discours-programme. Le gouvernement a déjà porté son choix sur le commissaire salarial indépendant qui se verra confier la tâche de l’étape élargie des Errors and Omissions.
Les informations sont que le candidat ne sera nul autre qu’un ancien Grand Commis de l’État, qui a fait son come-back dans la vie publique ces derniers mois. Cette offre, qui attend d’être confirmée par le principal concerné, mettra un terme au débat sur une éventuelle nomination de Bijaye Coomar Appanah, ancien directeur du PRB, pour remplacer son successeur Mohun Parsad Aujayeb. Ce dernier choix est contesté par des fédérations syndicales dans la fonction publique.
À quelques heures de la présentation du budget 2013 cet après-midi par le ministre des Finances Xavier-Luc Duval, le Premier ministre Navin Ramgoolam a indiqué que le budget « responsable » poursuivra sur la voie consistant à préparer le pays à saisir les opportunités lorsque la reprise viendra. Le ministre des Finances a consacré toute la matinée à mettre la dernière main à son discours, préparé en consultation avec le Premier ministre, avant que la version finale ne soit présentée à une réunion du conseil des ministres dans l’après-midi.
Le Premier ministre a observé que la présentation du budget intervient alors la zone euro, principal marché pour les exportations des produits mauriciens et principales sources des arrivées touristiques, est dans un marasme économique qui a tout l’air de s’empirer. La crise de l’euro pourrait s’intensifier avec les difficultés économiques que connaissent des pays comme l’Espagne et l’Italie, alors que la Grande-Bretagne n’est toujours pas sortie de l’auberge. On ne peut parler à ce stade de reprise aux États-Unis, qui doivent surmonter ce qu’on appelle le « fiscal cliff ». Ce terme est employé par le président de la FED, Ben Bernanke, pour évoquer tous les mesures fiscales majeures prises récemment et les coupes budgétaires automatiques qui pourraient arriver à terme à la fin de l’année 2012 ou au début de l’année 2013 aux États-Unis. Cela inclut notamment les baisses d’impôt décidées sous l’ère Bush et qui ont été prolongées en partie par l’actuelle administration Obama. « Il faudra attendre janvier », a soutenu Navin Ramgoolam. Le Premier ministre, souligne que « malgré le travail de sape de l’opposition, le gouvernement a réussi à faire face aux défis qui se sont présentés à lui cette année et a maintenu un taux de croissance qui fait des envieux parmi la communauté internationale ». Le PM insiste sur le fait que le Budget 2013 sera responsable en se souciant de ceux au bas de l’échelle et de la classe moyenne. « Il préparera le pays à saisir les opportunités qui se présenteront lorsque la reprise viendra », a soutenu Navin Ramgoolam. Il a précisé que le budget aura une attention spéciale aux jeunes et accordera une importance à la formation et l’éducation.
Pour sa part, le VPM et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, estime que l’exercice budgétaire sera pour lui un exercice de vérité. « C’est une occasion pour le gouvernement et le ministre des Finances d’exposer au public mauricien la situation financière et économique du pays telle qu’elle est et d’entamer un exercice de vérité sur les contraintes, sur les opportunités et sur la marche à suivre pour les années à venir. Cet exercice, qui tient compte de l’exigence du court terme, doit avoir une vision pour le long terme. Cette année, j’ai constaté que beaucoup de gens ont essayé de saper le moral des Mauriciens et celui des investisseurs. Or, je me suis toujours limité à cet exercice de vérité et nous allons prouver dans le budget que nous avons toujours dit la vérité », ajoute-t-il. Se basant sur les données qui sont à sa disposition, il se dit optimiste.
Du côté du Joint Economic Council, on s’attend à ce que le Budget 2013 soit un budget de continuité en matière d’ouverture de l’économie mauricienne. Le président du JEC, Ahmed Parkar, interrogé par Le Mauricien à la mi-journée, a déclaré que le secteur privé espère que le budget mettra l’accent voulu sur l’amélioration des infrastructures — notamment celles du port, de l’aéroport et du réseau routier —, l’ouverture de l’accès aérien tout en poursuivant dans la voie d’une simplification du système fiscal. « Nous souhaitons que le budget apporte le soutien nécessaire aux entreprises afin que celles-ci puissent contenir les effets néfastes de la crise globale et qu’il ne vienne surtout pas, en cette période difficile, alourdir le fardeau fiscal », a-t-il souligné.
Par ailleurs, tout en se réjouissant de l’amélioration de la 24e à la 19e place du classement de Maurice dans le rapport Doing Business 2013 de la Banque mondiale et de la Société financière internationale, Ahmed Parkar a déclaré que pour réaliser le voeu des autorités que le pays puisse grimper dans le Top 15 dans un avenir très proche, le Budget 2013 doit pouvoir créer les conditions pour que cet objectif soit atteint. Ahmed Parkar considère, par ailleurs, qu’il faut des mesures pour donner un coup de pouce à la plateforme mauricienne dans le cadre de son ouverture sur l’Afrique et en tant que passerelle entre l’Asie et l’Afrique.
Du côté de l’opposition, Kee Chong Li Kwong Wing estime que le pays a la marge de manoeuvre nécessaire pour présenter un budget permettant de relancer l’investissement. Il a souligné que selon les chiffres publiés par la Banque de Maurice, le ministre des Finances dispose des dépôts bancaires estimés à Rs 14,5 milliards. « Il a lui même reconnu que ces dépôts bancaires représentent un manque à gagner de Rs 300 millions. Ce qui l’a amené à acheter des dollars sur le marché local. Au lieu de se lancer dans des mesures spéculatives, le ministre des Finances aurait bien pu baisser la Taxe à la valeur ajoutée de 1 % à 2 %, ce qui aurait permis d’alléger le fardeau des consommateurs et relancer la consommation dans le pays », estime l’économiste du MMM.
La présentation du budget intervient avec en toile de fond une polémique entre le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque de Maurice. Ainsi, alors que Xavier-Luc Duval estime que la politique de roupie forte a entraîné une baisse 1 % du taux croissance, Manou Bheenick a rétorqué, dans un discours prononcé lors d’un dîner à la Banque centrale cette semaine que « given the openness of the economy and the exchange rate pass-through we could not have achieved the inflation outcome without the currency strategy which underpinned it ».