Le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, a livré ce matin son état d’âme sur le gel du projet Heritage City par le conseil des ministres. Intervenant lors des débats sur le budget 2016-2017, le chef du gouvernement a déclaré qu’il est chagriné par la tournure des événements mais qu’en tant que Premier ministre dans une société démocratique il a eu à se plier devant la décision majoritaire des membres du conseil ministériel. L’intervention du PM a également été marquée par de nouvelles critiques à l’adresse des autorités britanniques pour leur manque d’égard vis-à-vis de Maurice sur le dossier Chagos. Sir Anerood Jugnauth a en outre réagi à ceux qui ont critiqué et critiquent toujours le gouvernement mauricien concernant la renégociation du traité de non-double imposition (DTA) avec l’Inde, laissant entendre que ceux-là sont des « hypocrites et égoïstes ».
Réagissant publiquement pour la première fois à la décision du conseil des ministres de geler le projet Heritage City, sir Anerood Jugnauth a déclaré qu’il a été peiné par la tournure des événements car il était convaincu que ce projet avait son importance et que de par la structure proposée Heritage City serait devenue une « icône » dans une île Maurice moderne. « C’était un projet auquel je tenais à coeur. Mais en tant que Premier ministre en fonction dans une société démocratique, on doit respecter les vues de la majorité et se plier devant toute ‘collective decision’ », a déclaré en substance le chef du gouvernement.
Évoquant le dossier des Chagos et de revendications mauriciennes sur cet archipel, le Premier ministre est revenu sur la prise de position qu’il avait adoptée lorsqu’il avait pris les rênes du gouvernement pour la première fois en 1982. Parlant de sa rencontre d’alors avec le Premier ministre britannique Margaret Thatcher, sir Anerood Jugnauth a indiqué qu’il avait évoqué la question du retour de l’archipel à Maurice et que le chef du gouvernement britannique lui avait fait comprendre qu’un tel retour ne serait envisagé que lorsque la base de Diego Garcia ne serait plus utilisée pour les besoins de « defence of the West ». Les Britanniques, a poursuivi le PM, avaient également soulevé comme prétexte que Diego Garcia était important car à ce moment-là il fallait contrer l’Union Soviétique et que les pays occidentaux étaient engagés dans une guerre froide avec les Russes. « J’estimais alors que c’était une explication valable », a poursuivi le PM. Ce dernier a ajouté qu’il avait eu la confirmation de Margaret Thatcher que Maurice récupérerait les Chagos aussitôt la guerre froide terminée. « Maintenant qu’il n’y a plus de menace et qu’il n’y a pas de guerre froide, on nous dit que Diego Garcia va être utilisé pour contrer les actes de piraterie et les activités terroristes principalement dans l’océan Indien. Ils nous font croire qu’ils sont les maîtres du jeu et que nous devons apprendre d’eux. C’est clair qu’ils n’ont pas l’intention de nous rendre les Chagos. Va-t-on lancer des bombes sur les pirates? Ce n’est pas sérieux. Ce sont des hypocrites. They are taking us for a ride », a observé sir Anerood Jugnauth.
« We have to act like achievers »
Le chef du gouvernement a laissé entendre que les autorités mauriciennes poursuivront à différents niveaux leurs initiatives pour obtenir le retour des Chagos. Il a annoncé qu’il inclura dans la délégation mauricienne qu’il conduira en septembre prochain à l’assemblée générale des Nations unies un représentant de la communauté chagossienne.
La renégociation du DTAA avec l’Inde a été aussi commentée par le PM en dernière partie de son intervention après qu’il eut remercié le gouvernement indien, en particulier son Premier ministre, Narendra Modi, pour le don de Rs 12,7 milliards à Maurice pour assurer son développement. SAJ considère que ceux qui ont critiqué l’action du gouvernement sur le dossier DTAA font preuve de malhonnêteté et d’égoïsme. « Ils ne pensent qu’à leurs propres intérêts, pas à ceux du pays », a dit le PM qui a fustigé l’attitude de son prédécesseur qui, selon lui, n’a pas eu le courage de conclure les négociations à ce sujet. Maurice, a indiqué le chef du gouvernement, se trouvait dans une situation compliquée. La partie indienne, par la voix de son Premier ministre, avait fait savoir qu’avec l’entrée en vigueur des GAAR (General Anti-Avoidance Rules) en 2017,  le traité Inde-Maurice allait automatiquement arriver à terme. Il fallait donc trouver un accord avec la Grande Péninsule. Or, a soutenu sir Anerood Jugnauth, certaines personnes ne voulaient pas que Maurice parvienne à un accord afin de pouvoir dire ensuite que n’a rien fait. « Nous devons montrer que nous ne sommes pas des parasites. Nous devons montrer que nous sommes capables de prendre nos affaires en main », a souligné le chef du gouvernement.
Se référant spécifiquement au budget 2016-2017, le PM a affirmé que celui-ci propose de nouvelles approches et contient des mesures novatrices. « It inspires a much needed wave of change and liberates the economy from the chains of the past », a-t-il affirmé. Pour l’orateur, la voie au deuxième miracle économique est grande ouverte. « We have to be ambitious. We have to act like achievers », a-t-il soutenu. Le budget 2016-2017, selon sir Anerood Jugnauth, brasse large vu qu’il propose des mesures et projets qui touchent différentes couches de la population, les entrepreneurs dont les PME, la société civile et les plus démunis. Le PM a fait état de la panoplie de mesures en faveur des PME, du développement des infrastructures, de la connectivité, de l’expansion du secteur des TIC, de la progression des e-services dans le secteur public, entre autres. Il a fait ressortir que Rs 153 milliards d’investissements sont prévus dans des projets de développement au cours des cinq prochaines années. Il a évoqué le projet Metro Express qui, selon lui, va apporter une « lasting solution » au problème du système de transport en commun.
Sir Anerood Jugnauth a été critique à l’égard de l’ancien Premier ministre sur le dossier du transport en commun, faisant surtout allusion au coût faramineux du projet LRT (Light Rail Transport) qui est passé de Rs 15 milliards à Rs 24,8 milliards. « At that cost the LRT project was simply not affordable. And when this Government came to power, we decided to freeze it on a question of affordability », a observé le PM. Et ce dernier d’ajouter: « The Metro Express project, I insist, have been revived and will be implemented as we now have guarantee on affordability…The Metro Express will become reality under this Government. That is more important than anything else », a-t-il laissé entendre tout en faisant état d’une opération de séduction de l’ancien PM concernant le projet LRT.
Pour SAJ, le budget 2016-2017 couvre tout un éventail de secteurs économiques, allant de la construction au secteur manufacturier, dont l’industrie textile, par le truchement d’une baisse des tarifs de fret aérien. Il a parlé des mesures pour construire une île Maurice verte et pour développer l’économie bleue. La création d’une société axée sur l’énergie renouvelable par le CEB est mentionnée, laquelle société regroupera comme actionnaires des PME, des sociétés coopératives et de petits investisseurs, une démarche qui consolide le processus de démocratisation de l’économie mauricienne. Le PM a fait état des perspectives de recherches et d’exploitation d’hydrocarbures et de minéraux dans la Zone exclusive de Maurice, estimant que cela « would be a potential game changer for our economy ». Dans la même foulée, il a cité la démarche conjointe de Maurice et des Seychelles pour l’exploration des ressources de fonds de mer. Un offshore Petroleum Bill et un Seabed Mineral Bill sont en préparation.
Par ailleurs, le PM a parlé des mesures touchant la communauté des planteurs et les plus démunis de la société mauricienne. « As a nation, we have to help and support the down-trodden and I appeal to everybody who has the means to complement Government’s efforts in that direction », a-t-il déclaré. Les actions en faveur de l’expansion du secteur du logement résidentiel et les mesures d’accompagnement proposées à cet effet sont également évoquées.
Au niveau du « law and order », la dotation (Rs 8,7 milliards) en faveur du département de la police est soulignée. Le PM a détaillé les multiples mesures concernant la force policière ainsi que le National Coast Guard. Mention a aussi été faite des projets envisagés à Rodrigues.
Sir Anerood Jugnauth s’est dit convaincu que le budget 2016-2017 donnera l’impulsion nécessaire à l’économie mauricienne, faisant ressortir que le défi reste dans la mise en oeuvre des mesures annoncées par le Grand argentier.