Les dernières projections de Statistics Mauritius, publiées vendredi, sont venues mettre d’accord la Banque de Mauruce et la Mauritius Commercial Bank (MCB) par rapport à la croissance économique pour cette année. La banque centrale, qui a apporté la réduction la plus substantielle, soit 50 points de moins, mise sur un taux de 3,3%, alors que la MCB avait privilégié précédemment une réduction de 30 points pour se retrouver à hauteur de 3,1%. Pour sa part, Statistics Mauritius s’est alignée sur la MCB avec une révision à la baisse de 30 points du taux à 3,2% vu que la précédente projection était de 3,5%. Indépendamment de la performance cette année, les yeux des observateurs de la scène économique sont tournés vers 2013 où les premières indications préliminaires ne semblent guère brillantes en vue de favoriser une reprise, d’autant que la tendance baissière dans les investissements se confirme. Les principaux secteurs économiques, que ce soit le tourisme ou le secteur du textile et de l’habillement, sérieusement affectés par la crise économique en Europe, ou encore la construction, sujette à un net ralentissement et aux conséquences d’un fort taux d’endettement, soit près de Rs 64,4 milliards à la fin du mois d’août dernier, souffrent de sérieux handicaps dans la, conjoncture.
Le scénario de croissance réduite à 3,2% établi par Statistics Mauritius est axé sur la performance négative ou encore nettement en recul des locomotives économiques comme suit :
sucre avec une décroissance de 7% par rapport à l’année dernière vu que la production sucrière est estimée à 410 000 tonnes contre 435 310 en 2011 ;
textile et habillement enregistrant une baisse de croissance de 2,7% pour 2012 sur la base de la performance des huit premiers mois de l’anée contre 8% l’année dernière ;
tourisme avec même pas une croissance zéro, car il faudra s’attendre à une contre-performance de 0,5% contre une croissance de 3,5% en 20112 car le nombre projeté de touristes est estimé à 960 000 avec des recettes brutes de Rs 42,5 milliards, montant inférieur à celui de l’année dernière et représentant quasiment les dettes de ce secteur économique auprès des banques commerciales (Rs 43,6 milliards) ;
construction toujours en régression avec une baisse de 1,2% après celle de 2% de l’année dernière vu qu’il faudra s’attendre à voir la fin d’importants chantiers d’infrastructure comme les routes et le nouveau terminal du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport ou d’autres projets dans le privé.
Si, les autres secteurs de l’économie s’attendent à s’afficher en zone de croissance positive, le taux prévu s’annonce inférieur, comme le secteur manufacturier avec une croissance nominale de 1% contre le double l’année dernière, les business activities avec 8,3% cette année contre 9% en 2011, les services financiers avec 4,8% contre 5,5% précédemment, le transport et les communications avec 4,4% en 2012 contre 4,9% l’année dernière.
L’une des rares satisfactions au tableau de la croissance reste la progression du secteur du food processing avec 3,9%, tirée principalement par la robustesse de la hausse des exportations du Seafood Hub. Toutefois, des appréhensions sont exprimées quant aux conséquences de la campagne internationale lancée par Greenpeace contre l’utilisation des thoniers senneurs approvisionnant les conserveries de l’océan Indien, y compris celles de Maurice (voir informations plus loin).
Investissements en baisse
L’évolution des investissements, un des indicateurs majeurs de la croissance, suscite des inquiétudes car les signes enregistrés ne sont guère probants. Ainsi, Statistics Mauritius souligne que les investissements seront en baisse de 0,7% en 2012 après une performance morose de 0,3% l’année dernière. Le taux d’investissement de 22,8% par rapport au Produit intérieur brut sera à son plus bas niveau de ces dernières années si l’on tient compte du fait que ce paramètre était de 26,4% du PIB en 2009.
Les investissements du secteur privé seront en baisse de 3,3% avec pour conséquence que la part du privé sera réduite à 76,7% contre 74,4% précédemment. En contrepartie, une reprise de 7,7% des investissements publics est à l’ordre du jour. Un net ralentissement se confirme dans l’industrie du bâtiment avec la filière building and construction work enregistrant une nouvelle baisse d’un point alors que les investissements dans les biens d’équipements stagneront cette année après une augmentation de 5,1% l’année dernière.
En parallèle avec la chute dans les investissements, le niveau d’endettement des opérateurs dans le secteur de la construction et l’industrie du tourisme représente une véritable pierre d’achoppement, surtout dans le sillage des dernières remarques du gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing Bheenick, après les délibérations du Monetary Policy Committee sur le Repo Rate. De juillet 2010 à août dernier, les dettes contractées auprès des banques par les entreprises de construction ont augmenté de presque 50%, passant de Rs 44,7 milliards à Rs 64,4 milliards, selon les statistiques compilées par la banque centrale, réparties principalement comme suit :
Types de prêts – 2012 (août)  – 2010 (août)
Prêts-logement  – Rs 37,8 milliards – Rs 26,3 milliards
Immeubles commerciaux – Rs 12,2 milliards –  Rs 7,3 milliards
Immeubles résidentiels –  Rs 4,9 milliards  –   Rs 4,1 milliards
Contracteurs  –  Rs 2,1 milliards  –   Rs 1,8 milliard
Projets de morcellement  –  Rs 1,2 milliard –  Rs 383,5 millions
Concassage  –   Rs 722,3 millions  –  Rs 786,3 millions
Autres services –  Rs 2,1 milliards –   Rs 2,2 milliards
La dernière édition du Financial Stability Report de la Banque de Maurice s’appesantit sur l’évolution des crédits bancaires dans le domaine de la construction, plus particulièrement résidentielle. À la fin de juin dernier, la part des prêts-logement passe à 59,7% contre 57,6% pour la période précédente.
Même si les crédits bancaires pour le financement de construction de maison ont augmenté de 21,9% d’une année à l’autre, la banque centrale est d’avis que « banks tend to favour mortgage loans due to the robust collaterals attached » comme pour atténuer les risques de créances douteuses.
Endettement du privé
À son point de presse pour expliciter les décisions du Monetary policy Committee, le gouverneur de la Banque de Maurice a mis l’accent sur les risques de dérapages de l’endettement du privé. « Les entreprises privées s’endettent de plus en pus. Le crédit au secteur privé a continué à s’accroître et il faut souligner que cette croissance concerne tous les secteurs, en particulier la construction. Malgré le fait que le crédit à la construction a connu une tendance haussière depuis la dernière décennie — en effet, les chiffres démontrent une concentration dans ce secteur —, nous notons cependant que la contribution de ce secteur au PIB stagne dans la fourchette de 6 à 7% », relève Manou Bheenick.
Du côté de l’industrie touristique, le niveau d’endettement a connu une détérioration de l’ordre de 17%, passant de Rs 37,3 milliards en août 2010 à Rs 43,6 milliards à la fin du mois dernier. Les appréhensions par rapport à l’endettement sont encore plus conséquentes vu les perspectives difficiles qui continuent à hanter l’horizon touristique. Ainsi, l’on notera en guise de prudential measure que le groupe New Mauritius Hotels Ltd, l’un des plus importants opérateurs dans le secteur, a pris la décision exceptionnelle d’informer ses actionnaires que 2011-12 sera une No-Dividend Year, même si des profits opérationnels seront réalisés.
Des Rs 43,6 milliards de crédits bancaires allouées à l’industrie touristique, Rs 39,7 milliards sont au nom des compagnies gérant des établissements hôteliers et les entités détenant des Hotel Management Service Certificates. Mais le fait le plus accablant se résume à la part de cette dette, soit Rs 10,1 milliards, libellée en devises étrangères. À ce titre, les commentaires contenus dans le dernier bilan financier de LUX* Island Resorts Limited au sujet de la ligne de crédits de 600 millions euros ouverte par la Banque de Maurice revêtent toute leur pertinence.
« We welcome the decision of the Governor of the Bank of Mauritius to set up a special line of credit which will not only enable the hotel companies to minimize the effects of changes in exchange rates but will also improve their results and cash flow quite significantly as a result of lower financial charges », souligne le conseil d’administration de cette compagnie hôtelière, qui fait état de quelques technical issues à être réglés au préalable.
L’endettement des autres secteurs économiques auprès des banques se décline comme suit en ordre de grandeur à la fin du mois d’août :
commerce général : Rs 30 milliards
Global Business Sector : Rs 26,7 milliards
services financiers : Rs 24,3 milliards
prêts personnels : Rs 22,5 milliards
secteur manufacturier : Rs 18,2 milliards
secteur agricole : Rs 16,4 milliards