De la prétention de l’analyse et de la nécessité de la mise en place.
Dérisoire prétention que de vouloir cerner et anticiper le devenir de notre petite île en disséquant le dernier budget en date du gouvernement au pouvoir. Mais il faut bien qu’on se raconte des histoires, qu’on joue à comprendre les causes, les conséquences et les enjeux de cet exercice annuel qui fait partie du folklore politique et qui donne le la à la démarche économique de l’année à venir du pays.
Cela n’est certes pas tout à fait vain, mais il est indéniable que dans un contexte contemporain aussi complexe et aléatoire localement et internationalement,  il est désormais assez risible que de prétendre à la vérité du budget présenté.
Une étude des conséquences des budgets présentés ces dernières années démontrerait qu’il est illusoire de penser que nous pourrons prédire ce qui adviendra dans les mois à venir à l’issue du discours de notre ministre des finances. Déjà on entend, comme chaque année tout et son contraire. Question de perspective, d’idéologie, de conviction, d’intérêt voire de calcul politique.
Le budget est, selon: ‘intéressant’, porteur de ‘feel good factor’, décevant, visionnaire, pauvre en idées nouvelles ou novateur. Tout donc…et son contraire. Difficile de s’y retrouver. Peut-être au fond, la vérité est à la fois tout cela et encore plus ou encore moins. Elle est donc protéiforme et ne s’arrête pas à nos analyses à chaud. Et surtout cette vérité éventuelle, la pertinence de  cette ‘stratégie’ proposée, va muer au fil du temps, des contingences et des réalités de la mise en pratique.
Les contingences, par définition, échappent à notre contrôle. Dans un monde multipolaire où les repères idéologiques, les réalités géopolitiques, les intérêts véritables ne sont pas explicites et sont souvent enlisés dans la realpolitik voire dans d’autres réalités moins licites, il est difficile de cerner le devenir du monde. On se doit juste d’être conscient que tout est possible et que nos modèles d’analyse sont de plus en plus souvent mis à mal par une réalité complexe et qui mue constamment.
Trump candidat des républicains, le Brexit et Boris Johnson comme ministre des affaires étrangères ou, localement, L’alliance lepep au pouvoir face aux deux mastodontes politiques que sont le Parti travailliste et le MMM, et cela malgré les prédictions ‘brillantes’ de nos analystes et des simulations de Rama Sithanen, tout cela reste des improbabilités historiques qui finalement sont devenues des réalités pour nous démontrer le caractère dérisoire et prétentieux de certaines analyses en cours.
Pour se donner bonne contenance, l’auteur de ces lignes, après avoir lu et écouté des  analyses offertes ces derniers jours, se contente de dire que c’est un budget ‘intéressant’. Cela veut à la fois tout dire et rien dire. On m’accusera peut-être de ne pas vouloir me mouiller mais trop d’analyses tuent l’analyse. Même si sans doute, il faut bien en faire…
Il est peut-être préférable de se dire que Pravind Jugnauth et son équipe ont fait de leur mieux. Ils ont leurs convictions, leur agenda, leur vision et sans doute un brin de déraison et d’intuition. Mais tout comme le précédent ministre des finances qui avait prédit 5,3% de croissance, je suis prêt à parier qu’ils n’ont aucune certitude par rapport aux conséquences réelles de leur travail. Trop de paramètres ne dépendent pas d’eux.
Ce qui dépend cependant d’eux est la mise en application de ce qui a été décidé. Il faut essayer d’être cohérent, d’être à la fois dans la rigueur et la flexibilité et être dans l’optimisation des ressources disponibles. Mais pour cela il faut une équipe compétente, convaincue et sincère et un capitaine dynamique, vif, capable d’autorité et de discipline pour réconcilier les intérêts divergents de ses différents lieutenants.
Cela a souvent été le cas ces dernières années à Maurice: une incapacité chronique à mettre en pratique certaines idées et stratégies pourtant intéressantes. Cela est pourtant l’essentiel de la démarche stratégique. Le discours du budget, aussi intéressant soit-il, reste un discours, un voeu pieux. La mise en place reste une autre paire de manches. Et c’est cela l’essentiel.
Ces dernières années la vision grandiose de nos dirigeants avec les Hubs, les IRS, les smart cities, les investissements structurels genre l’autoroute Terre Rouge-Verdun, notre nouvel aérogare ou le métro, désormais express, s’est concrétisée d’une manière  aléatoire et souvent d’une manière quelconque ou même pas du tout. La compétence dans la mise en oeuvre n’a pas été très visible. Question de culture, des hommes en place et des réalités politiques qui font qu’on n’a pas les dirigeants qu’il nous faut.
Avons-nous désormais ce qu’il faut pour enfin aller dans la bonne direction et être en adéquation avec nos idées, le potentiel réel de notre île et des opportunités qui existent malgré tout?  L’auteur de ces lignes, à la lumière du travail effectué par le présent gouvernement, en doute un peu; vous avez compris, il n’est pas très fort en analyse.
Mais, en bon patriote, il ne peut que l’espérer.