Le Budget 2016-17 comprend des mesures qui peuvent avoir « des conséquences graves » pour le pays, estime Rezistans ek Alternativ. Ce parti politique invite à ne pas se fier uniquement aux mesures sociales, qui représentent « l’arbre qui cache la forêt ». Certains développements, comme la raffinerie d’huile lourde, représentent des risques pour l’écologie, prévient-on. De même, les facilités accordées aux étrangers pour acheter des résidences à Maurice pourraient « déboucher sur une crise sociale ». Rezistans ek Alternativ regrette par ailleurs que le problème de la dette publique reste entier et estime que la classe moyenne portera « une nouvelle fois le fardeau fiscal ».
« Le Budget 2016-17 ne contient que 156 mots sur le changement climatique alors que l’UNFCC classe Maurice comme le 7e pays le plus menacé par les crises climatiques », regrette Stephan Gua. Il explique que c’est la raison pour laquelle Rezistans ek Alternativ a qualité ce budget « d’écocide », néologisme désignant le « génocide écologique ». De même, ajoute-t-il, aucune mention n’est faite du Climate Change Bill, en dépit des engagements pris auprès des instances internationales. Il regrette également que « rien n’est prévu » pour la gestion des régions côtières. En revanche, note ce dernier, le gouvernement vient de l’avant avec le projet d’une raffinerie d’huile lourde à Albion ainsi qu’un petroleum hub. Il se demande si Maurice est préparée à faire face en cas de catastrophe. « La récente affaire du MV Benita a démontré que Maurice n’a pas les compétences nécessaires pour gérer ce genre de situation. » De même, Stephan Gua se demande quelle est la corrélation entre un petroleum hub et une « no/low carbon economy ».
Dans le même souffle, Rezistans ek Alternativ qualifie le budget de Pravind Jugnauth de « démocraticide ». Il cite en premier lieu le pouvoir retiré aux conseils exécutifs des autorités locales pour l’octroi des permis. « Maintenant, ce sont les fonctionnaires qui prendront cette décision. Le conseil était, lui, constitué d’élus du peuple, qui avaient des comptes à rendre, alors que ce n’est pas le cas pour le fonctionnaire. Qui plus est, passé un délai de huit jours, le permis sera automatiquement accordé. Est-ce que ce délai est suffisant pour toutes les procédures ? Est-ce que ceux qui veulent contester un permis auront le temps de le faire ? » se demande-t-il.
Rezistans ek Alternativ est également inquiet sur les pouvoirs accordés au Board of Investment pour l’octroi des permis. « Le Silent Agreement Principle est un danger. Idem pour la Regulatory Sandbox Licence. Le BoI représentera un pouvoir parallèle. C’est encore plus grave puisqu’il ne s’agit pas d’une instance démocratique. »
Le mouvement tire également la sonnette d’alarme sur le Property Development Scheme. « Avec l’abolition des 25% réservés aux Mauriciens dans les développements fonciers, l’augmentation de la surface des villas et l’accès aux appartements, encore plus d’étrangers pourront acheter des résidences à Maurice, au détriment de la population. Il y aura spéculations sur les prix. Les calculs se feront selon la valeur des terrains en Afrique du Sud et ailleurs. Le Mauricien, lui, ne sera pas en mesure d’acheter à ces prix », souligne Stéphan Gua.
Jean Yves Chavrimootoo rappelle que le développement foncier destiné aux étrangers a débuté en 2001 avec l’IRS. « Depuis, les ministres des Finances qui se sont succédé ont apporté quelque chose de plus pour dérégulariser ce secteur. Pravind Jugnauth a bouclé la boucle. Les mesures annoncées s’inscrivent dans le même contexte que les Smart Cities. Par exemple, le projet Roches-Noires est destiné aux acheteurs chinois. D’ailleurs, leur agent à Maurice travaille aussi pour le gouvernement. Bientôt, on risque de se retrouver avec une agglomération pour chaque nationalité. »
De même, ajoute Jean Yves Chavrimootoo, avec les pouvoirs accordés au BoI, « les étrangers pourront faire ce qu’ils veulent à Maurice, et c’est très grave ». Il reprend : « Il y a des secteurs qui ne sont pas couverts par la loi et les promoteurs se tourneront vers le Regulatory Sandbox Licence. » Ce dernier cite en exemple un personnage connu comme « le roi du porno » en Europe et qui possède plusieurs villas à Maurice. Il se demande si son objectif est d’étendre ses activités ici.
Kugan Paraben estime ainsi qu’on se dirige vers une crise du logement pour la classe moyenne. « Tout le temps, le gouvernement a construit des maisons pour ceux au bas de l’échelle, et le privé pour la classe aisée. La classe moyenne se retrouve sans rien. Avec les nouvelles mesures pour les étrangers, tous les prix augmenteront et les Mauriciens ne seront plus en mesure d’avoir une maison dans leur propre pays. »
Sur le plan financier, Kugan Paraben avance que l’idée de faire de Maurice une plateforme financière est « intéressante », mais qu’il faut aussi voir les manquements au niveau des régulateurs. « Les scandales, comme la BAI ou Sungkai, ont démontré que nos régulateurs n’ont pas été en mesure de déceler ces problèmes. Si on veut faire un centre financier, il doit être crédible. » Ce dernier juge également que l’annonce des subsides sur le fret aérien est prématurée. « Cette mesure s’insère dans le cadre du Brexit. Mais même en Angleterre, on n’a pas encore évalué l’impact exact de ce changement. Comment Maurice peut-elle déjà accorder des subsides ? Pour nous, c’est un genre de stimulus package aux compagnies dans l’exportation. »
Concernant les mesures sociales, Kugan Paraben prévient : « C’est l’arbre qui cache la forêt. Il n’y a rien sur le salaire minimal et la classe moyenne continuera à porter le fardeau fiscal. Il y a toujours 75% de taxes indirectes et on n’a pas adressé le problème de la dette. Si on continue dans cette direction, on atteindra bientôt le mur fiscal et le pays sera super-endetté. C’est inquiétant pour l’avenir du pays. »