Le Budget 2016-2017 prévoit l’introduction d’un Status of Artist Bill afin que les artistes mauriciens aient un statut reconnu. La nouvelle est accueillie avec satisfaction par la communauté des artistes, d’autant qu’il s’agit d’une de leurs demandes depuis de nombreuses années. Toutefois, ils souhaitent que les mesures annoncées deviennent réalité. De même, ils sont d’avis qu’il faudrait considérer les réalités et les besoins de l’industrie culturelle, en tant qu’acteur de l’économie, dans son ensemble.
Pour Jean Jacques Arjoon, du Collectif des Artistes Mauriciens, la reconnaissance du statut de l’artiste est une bonne chose. Il rappelle que c’était une demande de la communauté depuis longtemps. Toutefois, il souhaite que cela ne reste pas au statut d’intention et invite les autorités concernées à le concrétiser dans les meilleurs délais. De même, il est d’avis que les principaux concernés devraient être impliqués dans ce processus, afin de connaître les besoins réels du secteur. « J’espère que les artistes auront l’occasion d’exposer leurs points de vue dans le cadre de ce Status of Artist Bill. Ce serait bien qu’ils puissent collaborer avec les législateurs afin que les réalités du milieu artistique puissent être considérées. »
Jimmy Veerapin, producteur et organisateur de concerts, est lui d’avis que le terme « artiste » devrait couvrir tous ceux impliqués dans ce domaine et non seulement le musicien ou le chanteur. « Il y a un certain nombre d’acteurs impliqués dans l’industrie culturelle et dont la contribution n’est pas négligeable dans ce secteur. Par exemple, pour un concert, il n’y a pas que le chanteur ou les musiciens sur scène. Il a l’ingénieur du son, le technicien de scène, de lumière, l’organisateur du spectacle lui-même… tous ces gens composent l’industrie culturelle. Quand on parle de statut, il faut aussi les prendre en considération. »
Ce dernier, qui accueille l’introduction d’un Bachelor in Music à l’Université de Maurice, estime que cette initiative s’inscrit dans la lignée de la reconnaissance du statut de l’artiste. « Quand un enfant a fait des efforts pour réussir au conservatoire ou à ses examens de musique, c’est bien qu’il puisse décrocher un diplôme et que, par la suite, ce diplôme soit reconnu à juste titre. » Jean Jacques Arjoon estime lui que la formation est très importante. Ce « Degree » en musique s’inscrit dans la professionnalisation de ce secteur. Nos intervenants souhaitent que les dispositions soient prises pour que ces cours puissent entrer en vigueur dans un délai raisonnable.
Mais à quoi servirait tout cela si l’artiste n’arrive même pas à gagner sa vie ? C’est la question que se pose Jimmy Veerapin, qui souligne que de nos jours, le public n’achète presque plus de CD. « Présenter une loi sur le statut de l’artiste c’est bien, mais il faut aussi s’assurer que l’artiste puisse vivre de son art. De ce point de vue, nous attendons également une révision de la loi sur le Copyright, afin qu’une taxe puisse être appliquée sur les supports numériques. De nos jours, ce sont les clés UBS, ordinateur, internet etc. qui sont utilisés pour écouter de la musique. L’artiste ne vend plus de CD parce que tout est disponible sur internet et autres supports numériques. Si on avait appliqué une taxe sur tous ces produits, l’artiste aurait pu au moins, combler le manque à gagner. »
L’augmentation de la contribution du ministère à la Rights Management Society (RMS) pourrait déjà permettre aux artistes de mieux profiter de leurs droits d’auteur. Toutefois, des précisions s’imposent, estiment nos interlocuteurs. « Je souhaiterais qu’on vienne quantifier cette contribution et qu’on puisse aussi la balancer par rapport aux besoins de la société. Une contribution du ministère devrait permettre d’alléger l’administration fee que les artistes payent aujourd’hui à la RMS. Cet argent est déduit des sommes collectées sur les droits. Si le ministère accordait un budget raisonnable, l’artiste pourrait mieux profiter de ses royalties », dit Jean Jacques Arjoon.
Concernant les fonds qui seront puisés du Lotto Fund pour financer les projets des artistes, Jean Jacques Arjoon rappelle que Rama Sithanen avait annoncé une mesure similaire, mais qui n’a jamais été mise en pratique. Il souhaite que l’annonce de Pravind Jugnauth ne subisse pas le même sort. Tout en accueillant les mesures annoncées, Jean Jacques Arjoon regrette qu’il n’y ait pas eu de traitement de fond pour l’industrie culturelle.