Deux enquêtes policières se déroulant simultanément au Central CID avec la possibilité d’une jonction probable ultérieurement retiennent l’attention depuis jeudi matin. À la fin de la semaine, trois vigiles de la société de surveillance Brinks ont déjà été entendus à titre de témoins à la réouverture de l’enquête sur le cambriolage allégué au bungalow de Navin Ramgoolam à 1h20 du matin le 3 juillet 2011.
Les témoignages enregistrés par les hommes de l’assistant commissaire de police Heman Jangi ont porté un rude coup aux thèses défendues jusqu’ici par l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, ou encore l’homme d’affaires Rakesh Gooljaury au sujet de cette soirée particulière à Roches-Noires. Il devient de plus en plus évident que Navin Ramgoolam était présent à son bungalow au moment des incidents avec la montre Rolex et qu’il n’y avait aucune trace de Rakesh Gooljaury. La conséquence directe n’est autre que l’ancien Premier ministre ne pourra pas échapper à une séance d’interrogatoire under warning le confrontant à des faits nouveaux et accablants versés dans ce dossier.
Néanmoins, le suspens de cette convocation formelle au QG du Central CID sera de mise car une dizaine de vigiles et de policiers faisant partie de la VIPSU sont attendus au préalable. En parallèle, la nouvelle enquête sur le suicide présumé en cellule policière d’Anand Kumar Ramdony au poste de police de Rivière-du-Rempart aux petites heures du matin du 30 juillet 2011 a enregistré sa première déposition d’un des compagnons de cellule de la victime. Ce témoin rejette carrément la thèse du suicide vu les conditions physiques de détention.
Le dossier de l’affaire de Roches-Noires, qui avait été commenté dans les meetings de l’Alliance Lepep lors de la dernière campagne électorale, a connu un véritable coup d’accélérateur, reléguant au second plan la série d’arrestations de politiciens dans l’enquête de diffamation criminelle contre le leader du MSM et son épouse Kobita Jugnauth. Compte tenu de l’aspect délicat de l’enquête sur le cambriolage au bungalow de l’ancien Premier ministre, le Central CID prend un maximum de précautions en vue d’assurer la sécurité des témoins entendus et à être entendus.
 Informations de grande         importance
D’ailleurs, les responsables du Central CID n’ont pu cacher leur étonnement devant le fait que des témoins cruciaux et détenant des informations de grande importance dans ces deux enquêtes sont déjà décédés. La Major Crimes Investigation Team (MCIT) de l’assistant surintendant de police Dieudonné Gérard devait être appelée pour mener une enquête discrète sur les causes et les circonstances de la mort de ces trois témoins, dont un vigile dans le bungalow de Roches-Noires et les deux autres dans le dossier du suicide au poste de police de Rivière-du-Rempart.
Au rythme de ces enquêtes, dont les faits remontent au mois de juillet 2011, soit il y a presque 40 mois, il est évident que le Central CID reste convaincu que ces deux cas pourraient être liés d’une façon ou d’une autre. À ce stade, l’accent est mis sur les incidents du 3 juillet dans le bungalow de Navin Ramgoolam.
Au vu des premiers témoignages, Rakesh Gooljaury, l’ancien partenaire d’affaires de Nandanee Soornack, aura de grosses difficultés pour maintenir sa première version à l’effet qu’il était seul dans le bungalow quand, vers 1h20 du matin, il a été surpris par un intrus qui l’aurait menacé avec un couteau. Il aurait évacué les lieux après avoir fait main basse sur un butin de Rs 20 000. À aucun moment n’a-t-il fait mention de la présence de l’ancien Premier ministre sur les lieux.
Ce cover-up bien ficelé, qui a résisté jusqu’ici, est sur le point d’être démantelé avec preuves à l’appui.
En fin de semaine, un des responsables des vigiles de Brinks dans la région de l’Est et de surcroît un ancien sergent de police à la retraite, est venu remettre les pendules à l’heure sur ce qui s’est passé cette nuit-là. Il a révélé que suite à des incidents rapportés, il avait reçu un message lui demandant de rappliquer sur les lieux pour prêter main-forte à ceux qui s’y trouvaient. À peine une dizaine de minutes plus tard, ce vigile faisait son entrée dans l’enceinte du bungalow en question.
Dans sa description des faits, cet ancien sergent de police confirme qu’il avait reconnu Navin Ramgoolam en personne dans le bungalow. Il ajoutera qu’il y avait également des femmes sur les lieux, laissant comprendre qu’une party se déroulait depuis quelques heures déjà. Il a décrit avec force détails l’endroit où se tenait l’ancien Premier ministre et qui se trouvait à ses côtés dans le couloir. Il n’a pas été en mesure de donner des indications au sujet de l’identité de l’une des femmes, qui avait de longs cheveux. C’était la première fois qu’un témoin évoquait avec certitude la présence de femmes à cette soirée.
«Mo ti trouv missié-là avec enn madame long sévé dan koulwar kampman-là», devait-il faire comprendre aux limiers du Central CID selon l’édition du Mauricien d’hier matin. Il est catégorique à l’effet qu‘il n’y avait aucune trace de Rakesh Gooljaury dans l’enceinte du bungalow.
Menaces et chantage
A ce moment précis, tous les invités de la soirée étaient déjà partis quand les intrus se sont permis de menacer et de faire du chantage au  Premier ministre d’alors.
Jeudi, un autre vigile a apporté des éléments d’informations d’importance capitale, même si les précisions chirurgicales de l’ancien sergent manquaient. Il avait également parlé de la présence de Ramgoolam dans le bungalow. Il avait aussi révélé les numéros des voitures des invités de marque garées dans la cour du bungalow de Roches-Noires, un détail capital permettant aux limiers du Central CID de confondre ceux ayant participé à cette soirée qui continue à faire jaser bien longtemps après.
Tous ceux identifiés comme présents, qu’ils soient des VVIP ou encore des éléments de la VIPSU et membres de la force policière, devront être entendus avant l’ultime étape des confrontations pour Rakesh Gooljaury et Navin Ramgoolam avec en toile de fond le délit de conspiracy to commit a crime. Mais aucune indication quant au calendrier de convocation n’est disponible, même si les responsables du Central CID ont déjà effectué une première descente des lieux pour mieux comprendre le locus, avec la possibilité qu’une reconstitution dans l’épisode de la montre Rolex de grande valeur  n’est pas à écarter pour clore le dossier à être transmis au Directeur des Poursuites publiques pour toute initiative au pénal .