Le Bureau du Directeur des Poursuites Publiques (DPP) vient de lancer un livret informatif en braille et en trois langues (français, kreol et anglais) sur la violence domestique, afin d’encourager les victimes et témoins de tels actes à les dénoncer.
Pour le Bureau du DPP, la question de la violence domestique est une priorité, un sujet auquel il a d’ailleurs consacré son premier podcast. Les statistiques quant au nombre de victimes — des femmes dans 90 % des cas signalés — demeurent préoccupantes, raison pour laquelle l’Unité de soutien aux victimes au sein du Bureau du DPP a pris l’initiative de publier un livret d’information sur les voies légales disponibles pour une victime. Afin d’être accessible à tous, le livret a été publié en français, kreol et anglais et en braille. La rédaction du contenu a été faite avec l’aide d’associations comme Lizie dans la main et Ledikasyon pu Travayer.
Selon le DPP, Satyajit Boolell, Senior Counsel, la brochure sur la violence domestique sert à expliquer au public dans quelle mesure l’on peut être victime de violence domestique, les procédures à suivre et les voies légales disponibles dans ce genre de situation. « La dénonciation et la répression de la violence domestique tout comme l’insertion sociale des personnes handicapées doit devenir une réalité et outrepasser la simple reconnaissance légale », affirme le DPP. Cette brochure informative est dans la même lignée que le livre « Tanya so zistwar » publié par le Bureau du DPP en mars 2013 et qui sert à sensibiliser les enfants et les parents sur les procédures à suivre en matières d’agression sexuelle.
Aarthi Burthony, présidente de l’ONG Dis-Moi, et elle-même non-voyante, s’est longuement attardée sur le manque d’aménagements dans les bâtiments pour faciliter l’accessibilité des lieux à tous les types de handicaps. « Il ne suffit pas d’avoir une rampe en dehors du bâtiment pour que les personnes handicapées puissent y accéder. Des aménagements raisonnables doivent également être présents à l’intérieur du bâtiment », affirme Aarthi Burthony. Qu’il s’agisse d’inscriptions en braille, de synthèses vocales ou de touches placées à un niveau atteignable pour ceux en fauteuil roulant dans les ascenseurs, des indications pour que les sourds retrouvent facilement leur chemin ou encore des illustrations pour les handicapés mentaux. Plus globalement, poursuit Aarthi Burthony, l’infrastructure publique, c’est-à-dire les routes, les trottoirs et le transport en commun doivent être accessibles à tous types de handicap comme préconisé par l’article 9 de la Convention des Nations unies sur les Droits des Personnes Handicapées qui a été signée et ratifiée par l’État mauricien. Cependant l’État mauricien a émis une réserve sur l’article 92 en raison de contraintes budgétaires. « Cela est regrettable car l’infrastructure publique du pays en 2014 est inaccessible aux malvoyants », dénonce Aarthi Burthony.
Mervyn Anthony, qui vit avec trois handicaps, étant sourd et éprouvant des difficultés au niveau de la mobilité et de la parole, a salué de son côté l’initiative du Bureau du DPP de publier un livret informatif sur la violence domestique en braille. Cet employé au bureau du DPP a plaidé pour un changement de regard vers une société inclusive, une chose qui est l’affaire de tout le monde, le public, les entreprises, les institutions étatiques et para-étatiques, les ministères, les institutions religieuses, les médias et les ONG. « Les handicapés font majoritairement partie des plus démunis de la société et une société inclusive veut aussi dire une politique nationale d’emploi inclusive des handicapés avec des lois efficaces et surtout une attitude tolérante et positive de la part des décideurs du secteur privé et public », dit-il.