L’artiste et designer de poupées burkinabé Mare Abibou tenant l’une de ses créations

«Quand j’étais petite, je n’avais que des poupées blanches. C’est bien que des pe- tites Africaines puissent jouer avec des poupées africaines», sourit Ina Diallo, étudiante, en découvrant au Salon interna- tional de l’artisanat de Ouaga- dougou (Siao), des poupées à la peau noire. «C’est la première fois que j’en vois!» «Afrique noire, poupées blanches», c’était en quelque sorte la règle mais des artistes ou artisans ont commencé à changer la donne. Au Siao, plus grande foire ar- tisanale d’Afrique (26 octobre au 4 novembre), Charles Mae- vi, venu de Lomé, capitale du Togo, vend des poupées à la peau noire. Il explique devoir convaincre du bien-fondé de sa démarche: «Certaines fa- milles disent que ces poupées vont faire peur aux enfants à la maison! Eux-mêmes, de- puis qu’il sont petits, ils sont habitués à voir des poupées blanches! Parfois, il faut leur expliquer, les faire revenir à la raison pour qu’ils achètent».

«On essaie de changer les mentalités. A un moment don- né il faudrait qu’on consomme ce qui vient de chez nous!», clame l’artisan qui n’utilise que des produits locaux. Il se sert notamment de calebasses pour les têtes de certaines séries de poupées décoratives. «Moi, aussi quand j’étais petite, je n’avais que des poupées blanches en plastique!», s’ex- clame la Burkinabè Abibou Mare, qui expose aussi au Siao. «Ma mère ne me donnait souvent que l’emballage pour pas qu’on les abime. On était beaucoup de frères et soeurs…»

«Alors, je me suis dit qu’un jour je ferai des poupées!», ra- conte Abibou. L’artiste formée en Côte d’Ivoire à l’Institut pour la promotion des arts conservatoires (Ipac) et au Centre ivoirien des métiers de la couture et de la confection (Cimeco), a tenu parole et fon- dé autour de sa passion pour les poupées l’entreprise Pou- péemania en 2000. Ses pou- pées «Doudoune», «Saramani» et le garçon «Mamouni», ont la peau marron.

Poupéemania
À l’atelier d’Abibou, trois femmes attachent des cheveux en laine noire à la tête des pou- pées. «C’est le plus long et le plus difficile. On doit piquer et attacher pour chaque mèche». Djamiliatou Djambre, une des ouvrières, explique qu’il faut en moyenne une journée entière pour faire la chevelure d’une seule poupée. «Les cheveux sont un des atouts des poupées. Elles ont les cheveux crépus comme nous. Les jeunes filles peuvent les tresser, leur mettre des chouchous, les natter… Ça commence là ! Les jeunes filles peuvent s’identifier à la poupée», explique Abibou. Ses poupées sont entièrement faites à la main et ensuite ha- billées avec des pagnes colorés burkinabè, ivoiriens, nigérians ou ghanéens. «Doudoune» est vendue 13 000 francs CFA (20 euros) .

L’entreprise était florissante jusqu’en 2016, date de la première attaque jihadiste à Ouagadougou, la capitale burkinabè depuis touchée à deux autres reprises, alors qu’une partie du pays, où les attaques sont récurrentes, est désormais considérée comme une zone rouge par les chancelleries occidentales qui les déconseillent aux touristes.