Cette fin de semaine risque d’être relativement chaude pour Winsy Buttié, l’ancienne partenaire d’affaires de Clensy Appavoo, fondateur de HLB Appavoo & Associates Ltd, actuellement en liberté provisoire contre des cautions de Rs 150 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 16 millions. Elle sera confrontée de nouveau sur les principales étapes des retraits bancaires illégaux des comptes des différentes sociétés du groupe Appavoo et des six comptes personnels de Clensy Appavoo. L’exercice a démarré hier après-midi avec le volet le moins complexe, soit l’achat d’un téléviseur grand écran plasma au coût de Rs 262 000 et qui n’aurait jamais été livré. Une autre suspecte, Marie Annabelle Shirley Lim Shing Fun, a été inculpée et remise en liberté sous caution lors de sa comparution devant le tribunal de Port-Louis hier après-midi, alors qu’Indira Aubeeluck, manager d’Appavoo International Ltd, est attendue aux Casernes centrales aujourd’hui pour la fin de son interrogatoire sur des paiements de Rs 1 613 726 au cours de la période allant de février 2012 à janvier 2014. De son côté, Heredeen Owaris a surpris les hommes du Central CID en affirmant que Winsy Buttié s’était proposée de lui racheter sa boutique de tailleur et son stock de tissus.
Le come-back de Winsy Buttié dans les locaux du Central CID, qui était prévisible, s’avère être déterminant pour la suite de l’enquête au sujet des retraits bancaires frauduleux de Rs 131 884 900 des comptes des sociétés Appavoo et de Clensy Appavoo, avec des détournements nets de Rs 105,4 millions. La thèse avancée à l’effet que le patron de HLB Appavoo & Associates était au courant et partie prenante de ces décisions sera mise à rude épreuve au cours de ces trois jours consacrés à un nouveau round d’audition “Under Warning” en présence de ses conseils légaux, Mes Ashley Ramdass et Varuna Bunwaree.
Si, dans certains cas de détournements, les opérations sont “Straight Forward” – comme les cinq retraits de Rs 505 000 du compte du fils de Clensy Appavoo à la MCB d’octobre 2011 à janvier 2014 –, d’autres sont en revanche plus complexes, à l’instar de l’épisode des réclamations et des versements d’impôts à la Mauritius Revenue Authority (MRA) sous le Voluntary Disclosur Scheme.
Cette correspondance de la MRA à HLB Appavoo & Associates en date du 15 février dernier, le détonateur de la Buttié/Appavoo Saga, porte sur un arrangement négocié par Winsy Appavoo au nom d’INV & Consultants pour des acquittements d’impôts en arriérés pour un montant de Rs 10,2 millions. Selon les termes de cet accord, Winsy Buttié avait effectué un “downpayment”, le versement de 11 tranches de Rs 753 706 pour la période allant de novembre 2013 à septembre 2014 et le paiement final de Rs 753 701.
Clensy Appavoo maintient qu’à aucun moment il n’a donné son accord à cette décision sous le Voluntary Disclosure Scheme avec la MRA et n’était nullement au courant des dispositions de cet arrangement. Le fondateur de cette société d’experts-comptables est allé plus loin dans sa déposition en affirmant que les paiements effectués jusqu’ici n’ont pas été puisés des fonds de HLB Appavoo & Associates. Lors de cette nouvelle étape de l’enquête, Winsy Buttié sera appelée à fournir des précisions sur les “sources of funds” pour ces règlements d’impôts mensuels.
La Lady du MTC est également attendue au tournant par les enquêteurs du Central CID sur deux autres étapes majeures du détournement, soit une fraude de plus de Rs 60 millions au préjudice d’une série de compagnies, ainsi que des paiements de Rs 43 millions sous forme de “Cash Cheques” à des bénéficiaires jusqu’ici non-identifiés. Les “Cash Cheques” ont été émis au nom de huit des sociétés du groupe Appavoo.
Par ailleurs, deux séries de fraudes en devises étrangères, soit 172 000 euros (RS 6,8 millions) au cours de la période allant de février 2012 à mai de la même année et 670 000 euros (Rs 27 millions environ) entre novembre 2012 et novembre 2013, suscitent également des interrogations majeures au Central CID. Les comptes réclamés à Winsy Buttié devront faire avancer l’enquête.
Le volet des bénéficiaires des fonds détournés devra connaître d’autres développements cet après-midi. En effet, Indira Aubeeluck, l’un des premières managers du groupe Appavoo à être convoquée en marge de l’arrestation de Winsy Buttié, est attendue aux Casernes centrales pour compléter son interrogatoire “Under Warning”. Accompagnée de son avocat, Me Roshi Bhadain, Indira Aubeeluck soutient qu’elle n’a nullement tiré profit de la fraude alléguée de Winsy Buttié. Documents à l’appui, elle maintient que les Rs 1,6 million représentent ses dûs et ont été avalisés au plus haut niveau du groupe. À la fin de cet exercice, le Central CID devra décider s’il y a matière à justifier une inculpation provisoire.
D’autre part, Heredeen Owarish, interrogé par le Central CID, pour des sommes d’argent versées à son compte par Winsy Buttié, a rejeté toute accusation de complicité dans cette affaire de détournement. Il a causé la surprise en déclarant que l’ancienne collaboratrice de Clensy Appavoo avait voulu racheter son commerce de tailleur et le stock de tissus. Les enquêteurs sont demeurés sceptiques devant ces explications.
De son côté, Marie Annabelle Shirley Lim Shing Fun, 30 ans, membre de la famille Buttié, a été remis en liberté provisoire contre une caution de Rs 20 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 200 000. Elle est inculpée provisoirement du délit d’entente délictueuse pour avoir bénéficié d’une somme de Rs 756 000 entre janvier 2013 et janvier 2014. Marie Annabelle Shirley Lim Shing Fun maintient qu’elle avait été embauchée sur une base contractuelle par Winsy Buttié et qu’elle effectuait le travail à domicile et n’avait, par conséquent, pas besoin de se rendre au bureau, à Port-Louis. Une perquisition s’est déroulée hier à son domicile, rue Rotin, à Quatre-Bornes, et elle était attendue aux Casernes centrales pour la reprise de son audition “Under Warning” aujourd’hui.