La proposition de réforme électorale du Premier ministre la semaine dernière a provoqué une levée de boucliers de la part de tous les commentateurs politiques, y compris ceux des différents partis de l’opposition. Il semble que tout un chacun soit parti “for the kill”. Parmi les premiers à réagir figure le MMM, qui s’est non seulement élevé contre le fait que les “best losers seats” seront puisés de la liste des perdants lors du vote majoritaire et ceux qui n’auraient pas été choisis sur la liste proportionnelle, mais également contre le fait que les députés figurant sur cette liste seront utilisés pour maintenir l’écart enregistré durant les élections selon les suffrages majoritaires. Le Parti travailliste s’inscrit en faux contre la formule consistant à laisser le soin aux leaders des partis de procéder à la nomination des députés correctifs, ce qui, selon les principaux dirigeants, consisterait à ouvrir la porte au népotisme. Quand au PMSD, il est d’avis qu’il n’y aura jamais de bonne réforme électorale sans redécoupage des circonscriptions. Joignant la parole à l’action, le parti a soumis cette semaine un projet de redécoupage à l’Electoral Boundaries Commission.

Alors que le gouvernement avait visiblement laissé aux opposants à la réforme électorale libre cours à leurs critiques, il s’est engagé ce week-end à donner la réplique à ses détracteurs. Le Premier ministre adjoint, Ivan Collendavelloo, qui a d’une manière ou d’une autre toujours été associé à la réforme électorale, a mis fin à toutes les rumeurs à l’effet qu’un froid s’était installé entre les deux principaux partenaires de l’alliance gouvernementale. « Nous nous sommes engagés vers la réforme électorale et nous avons discuté. Le ML et le MSM sont d’accord sur la formule à présenter. Comme le MSM est le parti majoritaire, le ML a discuté de l’affaire et a conclu qu’il fallait à tout prix un consensus. Et c’est ce qui se fait avec la proposition qui a été présentée par le Premier ministre », a-t-il lancé dans un entretien accordé au Mauricien. Pour lui, cette réforme est « urgente » et « tous les patriotes auront à se reconnaître dans cette réforme », avec ou sans amendement. Il a annoncé que « les critiques constructives formulées par toutes les personnes responsables seront étudiées ». Pour lui, la réforme est d’autant plus intéressante que c’est la première fois où les femmes auront la possibilité de jouer pleinement leur rôle au sein de l’Assemblée nationale.

On s’attend qu’à partir de ce week-end, les membres du gouvernement s’engagent dans une campagne d’explications tous azimuts à laquelle devrait se joindre le Premier ministre à son retour de New York hier. Par ailleurs, les membres du comité ministériel sur la réforme électorale se sont réunis à au moins deux reprises pour mettre au point une stratégie de communication, laquelle sera suivie par tous les intervenants de l’alliance gouvernementale.

Alors que le gouvernement repousse d’un revers de la main les critiques venant du PMSD, il semble garder la porte ouverte aux propositions venant du MMM ou de Rama Sithanen en particulier. À ce stade, le gouvernement semble déterminé à présenter le texte de loi à l’Assemblée nationale de manière à ce que tout un chacun puisse s’exprimer librement sur la question. La stratégie du gouvernement est évidente : aller de l’avant avec la proposition. Et s’il ne réussit pas à la faire adopter, alors ce sera la faute aux autres.

Afin d’éviter que la montagne accouche d’une souris, et si le gouvernement devait faire preuve de flexibilité en acceptant de revoir sa copie sur la base des propositions qu’il considère valables et présentera au plus vite un texte de loi, cela servira de base concrète pour faire avancer le débat. Alors que tout laisse croire que les élections générales pourraient être organisées plus vite que prévu, il est important dans une démocratie qui se respecte que les électeurs aient suffisamment de temps pour savoir selon quelle formule auront lieu les élections et de se familiariser avec toute nouvelle formule éventuelle. Une attitude consistant à dire « ça passe ou ça casse » n’est pas digne d’une véritable démocratie.

JEAN MARC POCHÉ