Quand la lutte contre la drogue a été lancée dans les années 80, nous avions décidé d’une stratégie basée sur la prévention, la réhabilitation. Plusieurs ONG s’étaient aussi prononcées en faveur de la répression contre les trafiquants, bien que l’on se posait des questions quand les usagers étaient mis en prison. Nous n’avions jamais pensé à la décriminalisation comme une solution.
Aujourd’hui, nous devons reconnaître que nous avons failli. Ça ne vaut plus la peine de chercher des bouc émissaires pour expliquer cela. Nous sommes tous concernés. Certes, il y a eu des victoires, avec des personnes qui ont été réhabilitées et des vies qui ont été sauvées. Mais la drogue est toujours disponible et le trafic continue. Nous avons aussi failli dans la prévention. Des slogans tels que “Just say no to drugs” ou “La drogue tue” n’ont pas fonctionné.
Après 35 ans, nous sommes constamment back to square one. En l’an 2000, nous avions été confrontés à une réalité encore plus dure quand nous nous sommes rendus compte des liens directs qu’il y avait entre la consommation de drogue et la hausse du nombre de contaminations au VIH. Cette réalité m’a poussé à revoir ma position sur l’échange de seringues et la Méthadone, alors que j’étais au départ un farouche opposant à ces mesures de réduction des risques. Mais j’ai fini par reconnaître que c’était pour un moindre mal, et j’ai donc rejoint le plaidoyer en faveur de ces mesures. Elles ont amené une baisse dans la consommation des drogues injectables. Mais nous assistons à un phénomène où les nouveaux consommateurs se tournent davantage vers les comprimés, le gandia et d’autres produits.
Tous ceux qui expérimentent un produit ne seront pas automatiquement toxicomanes. Mais si, en phase expérimentale, un jeune est arrêté avec un pouliah ou des comprimés, il se retrouvera en prison, et c’est tout son avenir qui en sera brisé. On y assiste en ce moment même. À cause de la drogue, les prisons sont surpeuplées et la récidive est importante. L’investissement pour faire fonctionner ce système répressif est important. On investit beaucoup dans la répression contre les petits passeurs et les consommateurs, qui sont des victimes de ce système.
Pourtant, quand quelqu’un consomme de la drogue, il ne commet aucun crime vis-à-vis d’une autre personne. Il devient criminel du moment que sa dépendance l’oblige à commettre des actes illégaux pour se procurer sa dose.
Aujourd’hui, il nous faut être sincère et considérer les résultats. La répression a-t-elle marché ? Non. Plusieurs autres pays ont fait le même constat. Et le Portugal, par exemple, est allé vers la décriminalisation en se basant sur des faits vérifiés. On ne nous demande pas d’inventer la roue, mais nous devons nous inspirer des expériences vécues ailleurs.
Je maintiens toujours ma position quand il s’agit de lutte contre la cigarette, l’alcool, les drogues. La décriminalisation, telle qu’on pourrait la percevoir, ne veut pas non plus dire légalisation. Il faut un assouplissement des lois et définir clairement les paramètres de la décriminalisation. Dans ce cadre, la consommation ne sera plus considérée comme un crime, et ceux qui souffriront de dépendance devront être pris en charge selon un programme défini, puisqu’ils devront être considérés comme des malades. S’il doit y avoir arrestation, que la démarche devienne plus administrative, sans que la personne ne soit perçue comme un criminel. La décriminalisation, pour moi, équivaut à une vraie prise en charge.
La décriminalisation nécessite aussi la mise sur pied d’un programme de prévention intégré et efficace. Il faut des programmes de life skills management destinés à aider l’individu à savoir faire les bons choix dans la vie.