Les quatorze enfants, âgés de sept à dix ans, habitant la région de Camp-Levieux, et se rendant à l’école Jules Koenig à bord du van scolaire, immatriculé 1310 AP 95, ont subi une expérience des plus traumatisantes ce matin. Leur van scolaire a été percuté violemment à l’arrière par un autobus de la Corporation nationale de transport (CNT) 2576 JU 00, qui avait débouché de manière imprudente sur l’avenue centrale. Le van scolaire a été renversé sur la route causant des scènes de panique parmi les enfants, qui ont eu le réflexe d’évacuer le véhicule en passant par les fenêtres. Cela s’est produit vers les 8 heures 35 dans les parages du supermarché Winners de Camp-Levieux.
Le bilan de ce nouvel épisode de la série noire de la CNT est que pas moins de six des blessés, dont cinq enfants, ont dû se faire admettre au Princess Margaret Orthopaedic Centre (PMOC), dont deux enfants nécessitant des soins médicaux plus pointus, en vue d’extraire des éclats de verre de la tête du petit Ashvin Gunga ainsi qu’une intervention chirurgicale au genou pour l’autre. Le chauffeur du van scolaire, Said Hassendee, âgé de 57 ans, qui eu le bras fracturé, a également été placé en observation médicale. A la mi-journée, des sources médicales à l’hôpital affirmaient que l’état des blessés est jugé stable.
Toutefois, la psychose causée par cette collision entre un autobus de la CNT et un van scolaire avec la majorité des blessés dans ce dernier véhicule, est loin de s’estomper pour ces enfants aussi bien que leurs parents, qui ont tout délaissé à l’annonce de cet accident pour se précipiter à l’hôpital de Candos en vue des dernières nouvelles.
Le petit Wayne Seesahaye (7 ans), qui se trouvait sur la banquette arrière du van scolaire, ne parvient toujours pas à comprendre ce qui s’est passé et ce qui aurait pu lui arriver. Il se souvient seulement que tout s’est produit très vite vers 8h15 ce matin à l’angle des rues Maxime Rémy et France Boyer de la Giroday, à Roches-Brunes. L’autobus de la Corporation nationale de transport (CNT), immatriculé 2576 JU 00, venait de quitter, quelques minutes plus tôt, le terminus de Camp-Levieux pour se rendre à Curepipe (ligne 122).
Ce petit écolier a entendu « baw ! » et a été bousculé sur le siège qu’il occupait dans le van scolaire. C’était à l’intersection de la route et l’autobus venait de percuter le flanc gauche du van scolaire se trouvant sur la route prioritaire.
« Van ti pe roule, arriv enn moma tou dimoune finn abriti avek klakson enn bis. Bis-la pa finn arrêté ek finn tape are nou van. Tou mo bann kamarade inn kryer ! Mwa monn sorti derier, monn arriv divan net ! » raconte ce garçonnet masquant difficilement l’effet de cette traumatisante expérience.
Sous l’impact, le van scolaire s’est renversé sur l’asphalte avec les enfants rencontrant les pires difficultés pour s’en extirper. « Apre ki bis-là finn tapp are lake van, van la inn devire ambalao. Tou zenfant inn kryer : nou pe tombe nou pe tombe. Nou ti pe gaygne extra per dan sa moma-là. Monn trouv mo bann kamarad disang pe couler lor zot latet. Mwa mo ti assiz kot sofer ek mo finn bizin sorti par parbrise. Mo finn galoupe pou ale rode secour », ajoute d’une voix tremblante Joshua, 10 ans, alors qu’il attendait de recevoir des soins à l’hôpital.
L’attention des habitants de la région fut attirée par le bruit infernal de la collision entre les deux véhicules. Plusieurs habitants devaient se rendre en catastrophe sur les lieux tout en craignant le pire pour le sort des occupants. « J’ai vu quelques enfants qui saignaient dont un avec une blessure à la tête et les autres avec quelques égratignures. Des volontaires les ont immédiatement transportés à l’hôpital », a confié Jennifer Hochook au Mauricien. Sa voisine, Joyce Compty, visiblement encore sous le choc de ce qu’elle a vu, parle d’un bruit extraordinaire. Du haut de son balcon, elle a vu le van qui s’était retourné et renversé sur le côté sous l’impact du choc.
Entre-temps, un mouvement d’énervement découlant de cet acte jugé imprudent du chauffeur de la CNT devait se faire sentir. Le chauffeur et le receveur de l’autobus devaient quitter les lieux en vitesse pour éviter toute détérioration de la situation. Ils se sont rendus au poste de police de la localité.
Dans la rue avec le nombre de badauds grossissant, la tension était à son apogée suite à l’accident survenu à l’angle des rues Maxime Rémy et France Boyer de la Giroday à Roches-Brunes. Dès l’annonce de l’accident, des parents inquiets étaient descendus dans la rue pour s’assurer que leurs enfants ne figuraient pas parmi les blessés.
La police, qui est arrivée rapidement sur les lieux, a eu toutes les peines du monde à calmer les quelques esprits surchauffés qui voulaient s’en prendre au chauffeur de l’autobus alors que d’autres voulaient se faire justice en s’en prenant physiquement à l’autobus de la CNT. « Met dife ladan », lançaient certains dans la foule. Des projectiles ont également été lancés sur le véhicule.
Nombreux sont ceux également qui n’ont pas caché leur colère et réclamé la fermeture de la compagnie de transport nationale eu égard au nombre d’accidents et incidents impliquant ses véhicules. Selon certains habitants de la localité, d’autres accidents sans gravité sont survenus à ce carrefour. Ils déplorent le manque de visibilité des marquages de routes et l’absence de panneaux de signalisation.
Au Princess Margaret Orthopaedic Centre, des parents aussi pris d’angoisse qu’animés de colère attendaient les diagnostics des blessures de leurs enfants. A l’intérieur des urgences, des ministres, dont Le Dr Abu Kasenally, et Lormesh Bundhoo, aussi bien que d’autres parlementaires, étaient venus aux nouvelles. Des membres du personnel hospitalier, occupés à prodiguer des soins aux blessés, n’ont pas manqué de déplorer la pression inutile exercée par le va-et-vient de ces politiciens.
Contrairement aux précédents cas d’accident impliquant des autobus de la CNT, le directeur général de la Corporation, Robin Soonarane, était également à l’hôpital ce matin. Sa déclaration au sujet de « l’erreur humaine », soit le chauffeur du bus coupable, comme pour exonérer de tout blâme la direction de la CNT suscite polémique dans certains milieux. Ces derniers soutiennent que de telles conclusions hâtives sont déplacées vu que l’enquête de la police n’avait même pas été initiée.