Donner le coup d’envoi de la campagne sans que la date des élections ne soit connue, c’est mettre la charrue devant les boeufs. Certes, la ministre indienne des Affaires  étrangères, Sushma Swaraj, doit être reçue comme il se doit mais l’incapacité apparente du leader des Rouges de finaliser sa liste de candidats risque de retarder davantage l’annonce de la date des élections. Car, Navin Ramgoolam, adepte de la procrastination, sait pertinemment que la publication de cette liste causerait de sérieux remous au sein de son parti – d’intenses lobbies sectaires et autres sont d’ailleurs activement à l’oeuvre dans toutes les circonscriptions – et s’il n’a jamais pu effectuer un remaniement ministériel pour donner un nouveau souffle à son administration alors que les circonstances l’exigeaient fortement, c’est justement pour éviter de faire face à la fronde que cet exercice pourrait susciter.
 Si les rassemblements du 12 octobre ont donné un aperçu du rapport de forces sur l’échiquier politique, il demeure toutefois que c’est la masse silencieuse qui détermine toujours le sens des élections à Maurice. Sa décision est suprême et irrévocable, ce quelle que soit la nature des bribes offerts pour acheter la conscience des électeurs. Ce n’était pas l’éducation gratuite introduite en janvier 1977 qui avait épargné au PTr une défaite aux législatives de décembre 1976 – remportées alors par le MMM – tout comme la promesse d’une augmentation de salaires des fonctionnaires de 15% across the board  n’avait pu éviter au MSM une déroute cinglante de 60-0 en décembre 1995. Aujourd’hui, si SAJ prend l’engagement de rehausser l’allocation-retraite à Rs 5,000, il n’a, en revanche, pas adopté la langue de bois par rapport à la Muslim Personal Law – contrairement à d’autres dirigeants politiques voulant à tout prix grignoter des votes –, mettant en exergue le caractère inepte d’une République pour deux catégories de citoyens. Et il ne fait point de doute que les petites formations politiques qui ont bourgeonné ces derniers temps et qui peuvent se permettre de formuler des promesses mirobolantes mais pertinentes – réduction drastique du nombre et salaires des conseillers, députés et ministres ; limitation à deux des mandats du Premier ministre, etc –, seront toutes englouties par cette déferlante électorale, provoquée par les moyens financiers exorbitants des partis traditionnels, qui balayerait bientôt l’échiquier politique local.