Ils ont été abandonnés, se sont perdus ou enfuis… Les chiens errants sont de plus en plus nombreux, malgré la quantité d’animaux qui sont abattus annuellement depuis plus d’une trentaine d’années et les maints efforts des associations de défense des animaux pour sensibiliser les personnes à stériliser leurs compagnons à quatre pattes. Pour débarrasser les plages publiques de Maurice de leur importante population de chiens errants, le ministère de l’Environnement et du Beach Management veut prendre des mesures radicales, soit l’euthanasie. Mais cette mesure n’étant pas considérée comme une solution humaine et durable, d’aucuns crient au massacre des chiens dits errants.
Si le ministre Dayal soutient que les chiens capturés seront d’abord emmenés à la Mauritius Society of Animal Welfare (MSAW, ex-MSPCA) et qu’ils resteront en fourrière pendant trois jours, le temps qu’ils se fassent adopter, les associations de protection des animaux sont inquiètes et en alerte. Pour cause, dépassé le délai de trois jours, les chiens seront abattus. À cet effet, deux pétitions ont été lancées en ligne pour dire stop à la campagne du ministère de l’Environnement.
Dans une déclaration à Week-End, Raj Dayal défend sa décision d’abattre les chiens qui errent sur les plages de l’île. Il invoque notamment l’attrait touristique de nos plages : « Nous sommes un pays à vocation touristique, donc, nous avons des choses à faire afin de conserver cet attrait. » Selon lui, les plages sont « un site de prédilection » pour les touristes qui ne veulent pas « avoir des chiens à leurs côtés qui les enquiquinent et peuvent même les mordre » lorsqu’ils sont à plage.
Par ailleurs, dans son communiqué, le ministère soulève la question de conformité aux normes internationales concernant le bien-être et la sécurité des pique-niqueurs : « The ministry of Environment, Sustainable Development, Disaster and Beach Management has, in the interest of the general public and foreign visitors to the island, decided to start a programme to eliminate/minimize the nuisances caused by stray dogs with one crucial objective of making our beaches conform to generally accepted international standards of comfort and be safeguarded as a really stress-free and nuisance-free environment. »
On se souvient qu’une touriste écossaise, Karen Garner, avait adopté en 2012 John Paul, un chien qui errait sur la plage. Elle avait mobilisé des fonds dans son pays pour payer les frais du voyage en Écosse. Un transfert d’ailleurs facilité par la MSAW, alors MSPCA. Un an auparavant, Dodo, un autre chien mauricien, avait été adopté et emmené en Ecosse toujours.
Cette campagne « Massive Catching and Killing » est jugée aberrante par les défenseurs des animaux. Selon Lucy Ramlochun, directrice de la Protection of Animals Welfare Society (PAWS), ce sont les humains qui sont les seuls à blâmer si les chiens errants se retrouvent en grand nombre sur les plages. D’une part à cause des ordures qui attirent les animaux errants et d’autre part à cause des personnes qui prennent les plages pour un dépotoir de chiots.
« Nous vivons dans un environnement sale et il existe de nombreuses personnes irresponsables, qui laissent leurs ordures sur les plages. C’est cela qui attire les chiens. Les lois devraient être plus sévères quant à ces comportements irresponsables ». Elle demande ainsi au ministre de revenir sur sa décision et de penser à une meilleure solution tout en évitant un véritable « massacre ». Pour reprendre la citation de Mahatma Gandhi : « On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités. »
Les chiens errants posent de vrais problèmes de sécurité, certes. Pour la leur mais aussi pour autrui, car ils risquent de causer des accidents de la route ou de mordre des passants, par exemple. Leur nombre est loin d’être anodin, mais d’aucuns affirment que l’abattage en règle des chiens n’est pas une solution efficace à ce problème. D’une part, les abattre ne va pas empêcher d’autres chiens de se retrouver à la rue, en l’occurrence en raison de l’abandon ou de la perte de ces animaux, sans parler de la reproduction et, d’autre part, la « solution » qui consiste à tuer ces chiens fait obstacle à la mise en place de stratégies plus efficaces sur le long terme.
La seule approche que les défenseurs des animaux considèrent efficace est celle impliquant l’ensemble de la communauté et principalement les propriétaires de chiens mais également les personnes qui nourrissent les chiens errants. L’éducation et la responsabilisation de la population demeure une étape primordiale, accompagnée du renforcement de la loi concernant la stérilisation et l’identification par puce électronique qui sont légalement obligatoires. Selon Lucy Ramlochun, la stérilisation est vitale, cette mesure permet de garder la population des chiens sous contrôle.