Même si, dans les sondages, certains États donnent des indications assez claires en faveur de l’un ou l’autre candidat aux élections présidentielles américaines de novembre prochain, au niveau fédéral, cependant, la situation demeure très confuse et imprévisible. En Italie, Espagne, Grèce, France, entre autres, les chefs d’État et du gouvernement sortants ont tous mordu la poussière récemment et ce dû, dans une grande mesure, à l’effet de la crise économique et celle de la dette. Cette vague de changement franchira-t-elle l’Atlantique pour toucher les côtes américaines dans trois mois ?
 Entre la crise financière, le spectre de la récession et le taux élevé du chômage, Barack Obama ne cachait pas en janvier 2009 « l’immensité de la tâche » qui l’attendait et se disait « prêt à relever le défi en cette délicate période de transition ». Trois mois auparavant, des scènes de liesse avaient accueilli l’élection sans appel du nouveau président qui avait obtenu 349 mandats de grands électeurs contre 163 pour le républicain John MacCain. C’était d’ailleurs la première fois qu’un démocrate remporte la majorité absolue du vote populaire – 52% des voix au niveau national contre 46% pour son adversaire – depuis l’élection de Jimmy Carter en 1976 et Barack Obama l’avait fait avec le meilleur score possible depuis Lyndon Johnson depuis 1964. Or, l’euphorie de cet événement historique qui avait été salué à travers le monde comme un message d’espoir pour un nouveau départ de la politique et la gouvernance globale, n’a hélas été que de courte durée.
 Le premier revers de l’administration Obama qui a eu l’effet d’un coup de tonnerre dans le milieu politique américain survint en janvier 2010 lorsque le républicain fut élu en remplacement du défunt sénateur, Ted Kennedy, dans les Massachussets, État pourtant traditionnellement démocrate et qui avait voté massivement pour Barack Obama lors de la présidentielle. À peine remis de cette onde de choc que le président en subit une deuxième en novembre 2010 lors des élections de la mi-mandat. D’ailleurs, depuis des mois, tous les instituts de sondage prédisaient la débâcle des Démocrates que même la participation personnelle du président et de celle de son épouse dans la campagne n’avait pu empêcher. Après la proclamation des résultats, Barack Obama fit son mea culpa en avouant publiquement que « I personally made a mistake ». En effet, plus préoccupé à résoudre les problèmes de la crise, il reconnut s’être éloigné de la base qui l’avait propulsé au pouvoir. Car la précarité n’avait pas reculé alors que le système financier qui ne profite qu’aux puissants, avait été sauvé à coups de centaines de milliards de dollars puisés des fonds publics. Et ce ne sont pas les conditions de ce plan de sauvetage qui découragèrent les banques à spéculer de nouveau.
En juillet 2011, les États-Unis se retrouvèrent au bord du défaut de paiement et le Congrès fut alors contraint de relever le plafond de la dette publique à $21,000 milliards, sauvant ainsi, in extremis, le pays et la planète toute entière d’une crise successive. Dans la foulée, la note de la dette avait été dégradée par l’agence Standard and Poor’s du triple A à 2A+, – du jamais vu depuis 1941 – exacerbant ainsi l’incertitude sur les marchés financiers. La croissance sans création d’emplois a eu une influence néfaste sur le taux du chômage qui, même à 8,2% aujourd’hui, constitue toujours une source d’inquiétude pour l’économie américaine. Bref, cette vague d’espérance soulevée en janvier 2009 a rapidement fondu comme neige au soleil.
 Sur le plan géostratégique, l’on est, certes, loin de cette croisade de G.W.Bush contre le terrorisme qui avait tant antagonisé les relations internationales dans les années 2000 mais les zones de tension au Proche-Orient et en Iran particulièrement, mais pas seulement, n’ont point connu d’apaisement ces dernières années alors qu’en Afghanistan, la mission originale de l’OTAN de mettre les talibans hors d’état de nuire, n’a pas été atteint. Et après le retrait des troupes américaines en 2014, ce pays pourrait de nouveau basculer dans l’anarchie.
 D’autre part, la politique étrangère du candidat républicain, dont une facette a été dévoilée lors de sa récente tournée en Europe et au Proche-Orient ne laisse présager, non plus, aucun signe d’espérance. En appelant Jérusalem où il se trouvait le 29 juillet 2012 « la capitale de l’État d’Israël » alors que cette ville n’est pas reconnue comme telle par la communauté internationale vu qu’elle demeure un des points de discorde majeurs dans le conflit israélo-palestinien ; en déclarant qu’aucune option ne doit être exclue, faisant clairement allusion à une éventuelle opération militaire, pour dissuader le régime iranien de poursuivre sa course vers le nucléaire ou en qualifiant la Russie de « our No.1 geopolitical foe » lors d’un discours à Varsovie, Mitt Romney laisse apercevoir le sens radical de son projet politique sur le plan international mais qui pourrait être relégué au second plan lors du scrutin car, dans les circonstances de crise, ce sont manifestement les enjeux sociaux et économiques qui dominent le choix des électeurs. Certes, le cours de la campagne et les débats télévisés permettraient de mieux cerner la personnalité et la politique du candidat républicain mais jusqu’ici, Mitt Romney (qui a été investi officiellement hier lors de la Convention républicaine en Floride) n’a laissé qu’une image plutôt ambivalente par rapport à son projet de société, tergiversant à maintes reprises sur certains dossiers.
 Aujourd’hui, c’est, paraît-il, un sentiment de désenchantement qui anime l’électorat américain. L’on est loin de cet élan d’enthousiasme qui avait acclamé la transition 4 années de cela, et ce malgré les sommes colossales dépensées par les deux candidats. Les observateurs, d’ailleurs, avancent que c’est la campagne la plus coûteuse que connaissent les États-Unis et celui qui a récolté le plus de fonds – en l’occurrence Mitt Romney avec $800 millions – qui possède un avantage certain. Mais quoi qu’il en soit, le choix cornélien que les Américains auront à exercer dans 3 mois indiquera si l’événement historique de 2008 n’aura été qu’une simple parenthèse dans l’histoire politique américaine ou une volonté d’observer la prudence par rapport à la situation socio-économique de leur pays.