Dire non à la violence sexuelle et au blâme de la victime, tel est le but de la campagne Red my Lips qui se tient jusqu’à la fin du mois d’avril. Cette démarche vise à encourager hommes et femmes à porter du rouge à lèvres, sur les lèvres et les joues pour soutenir cette cause. Les citoyens sont invités à poster des photos d’eux portant du rouge à lèvres sur la page Facebook du Temple Group. Vandana Boolell, Business Development Executive de Temple Group, explique que « le but est de provoquer une prise de conscience car la violence sexuelle concerne à la fois hommes, femmes et enfants. »
Après avoir lancé une première campagne Red My Lips avec succès, le Temple Group revient avec la même idée en choisissant une campagne visuelle. « Red my Lips peut paraître banal au départ car ce n’est pas en choisissant le rouge à lèvres qu’on va créer le girl power. Nous avons une passivité qui influence notre attitude face à ce problème s’étendant jusque dans nos institutions et banalisant les sanctions aux coupables. La tendance à blâmer la victime au sein de la société est symptomatique des pensées archaïques qui perdurent… Il faut briser le silence qui entoure les victimes en encourageant le dialogue et le partage de leurs souffrances. » Parlant du démarrage de la campagne, notre interlocutrice soutient qu’au départ certains hommes avaient émis des réticences à l’idée de porter du rouge à lèvres. « On leur a expliqué que c’était une forme de respect envers la femme. Le mois d’avril étant décrété mois international contre la violence sexuelle, ce symbole vise à rallier hommes et femmes à la même cause afin que cela serve d’exemple à la société, pour militer pour le même combat. » L’utilisation du réseau facebook a grandement aidé à faire avancer l’idée, dit-elle. « Les femmes ont répondu rapidement et les hommes aussi, quoique pas en grand nombre. » Et d’ajouter qu’il y a encore à Maurice l’idée reçue selon laquelle la victime doit accepter sa responsabilité et que c’est à elle de se protéger. « Quand on est victime d’un viol, on ne peut pas assumer la responsabilité, il est temps de faire réaliser au violeur que c’est à lui de se responsabiliser. »
Évoquant les statistiques de 2013, elle dira que selon une étude à cette période, 34 % des hommes et 37 % des femmes ont trouvé qu’il n’est guère possible pour une femme d’être violée par son mari. « 30 % croient que le viol dans le mariage n’existe pas et 82 % des hommes pensent que les femmes ont besoin de la permission de leur mari pour exercer un emploi. »
Pour Vandana Boolell, il est plus que temps de mettre un frein à certaines idées reçues et les victimes du viol devraient sortir de leur mutisme. « Il faut dire stop aux victimes silencieuses. A Maurice chaque jeune et adulte a la responsabilité et un devoir envers la société, il faut cesser de blâmer la victime, il faut juste dénoncer et permettre à la victime de retrouver ses repères. Au Canada, la police de Vancouver avait à travers des posters sensilbilisé des hommes en leur disant : don’t be that guy. Just because she is drinking doesn’t mean she wants to have sex. Il faut aussi arriver à définir le terme violeur, ce qui pousse un homme alcoolique ou sous le coup de la pulsion ou de la colère à agir ainsi. »
Le mouvement international Red My Lips a vu le jour à travers Danielle Tansino, travailleuse sociale et thérapeute, victime d’une agression sexuelle en 2011. Elle s’est retrouvée blâmée par son entourage ainsi que par le système légal. Fatiguée d’être la proie des médisances, elle a lancé la campagne Red My Lips afin de dénoncer cette tendance néfaste au processus de guérison des victimes d’agressions. Ceux qui veulent participer à la campagne Red My Lips sont donc invités à porter du rouge à lèvres tous les jours sur les lèvres ou sur les joues et à visiter la page officielle du mouvement (http://redmylips.org/About.html) ou à poster une photo sur la page Facebook de Temple Group (https://www.facebook.com/templegroup.mru).