La réouverture des enquêtes du Central CID sur l’épisode Rolex du campement de Navin Ramgoolam à Roches-Noires dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011 et de la mort d’Anand Kumar Ramdony en cellule policière le 30 juillet de la même année atteint ces jours-ci sa vitesse de croisière. Les éléments d’informations fournis par Rakesh Gooljaury, le partenaire de la femme d’affaires rouge Nandanee Soornack, lors de son passage au QG du Central CID dans la soirée de dimanche dernier, ont mis en situation délicate deux principaux éléments de la garde prétorienne de l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam. L’ancien directeur général du National Security Service (NSS), le Deputy Commissioner of Police (DCP) Dev Jokhoo et l’ancien responsable de la VIPSU, l’ex-DCP Ravine Sooroojebally, à la retraite depuis le 3 janvier dernier, sont entendus Under Warning depuis ce matin par une nouvelle escouade d’Investigating Officers, comprenant le surintendant Mannaram et le chef inspecteur Rugbur, sous la supervision de l’assistant commissaire de police Heman Jangi. En marge de ces développements sur le plan pénal, la Mauritius Revenue Authority (MRA) a initié une série d’Income Assessments pour ces quatre dernières années à l’encontre de Rakesh Gooljaury et de Nandanee Soornack. L’homme d’affaires derrière Fashion Style est déjà en présence d’une première série de réclamations fiscales servies officiellement depuis le 31 décembre dernier.
Des enquêteurs du Central CID ont travaillé jusqu’à fort tard hier soir pour élaborer le questionnaire en vue des séances d’interrogatoires formels de deux hauts gradés de la force policière, présentés jusqu’au mercredi 10 décembre dernier comme des éléments incontournables du dispositif de sécurité autour de l’ancien Premier ministre et leader du PTr. À cette étape de l’enquête, l’objectif est de déterminer la genèse du Cover-Up des incidents survenus à 1 h 20 du matin le 3 juillet 2011, Rakesh Gooljaury ayant été amené à faire une fausse déclaration à la police dans la matinée de ce même 3 juillet alors qu’il n’était en réalité nullement présent sur les lieux au moment des faits.
La séance de Questioning de ce matin est considérée comme des plus cruciales vu les responsabilités majeures des officiers de police concernés, soit l’ancien patron des services de renseignements du pays et jugés comme étant très proche de Navin Ramgoolam, et que l’autre DCP avait la responsabilité de la VIPSU, notamment d’assurer un monitoring étroit des déplacements de l’ancien Premier ministre pour des raisons de sécurité. Les informations qu’ils seront appelés à divulguer en réponses aux questions des enquêteurs devront donner une nouvelle orientation à cette affaire, qui a remonté régulièrement à la surface depuis juillet 2011, et cela sans jamais apporter de réponses susceptibles à élucider le mystère de l’épisode de la montre Rolex. À moins que les deux DCPs ne décident d’exercer leur droit de garder le silence sur des aspects délicats en plaidant le secret d’État.
En guise d’ouverture, il ne fait pas de doute que le directeur général du NSS et l’ex-DCP de la VIPSU, qui sont interrogés par deux escouades en simultané, devront fournir des informations sur l’emploi du temps et les déplacements de l’ancien Premier ministre dans la soirée du 2 au 3 juillet 2011, de même que les noms des officiers de la VIPSU désignés pour accompagner officiellement Navin Ramgoolam.
Les Log Books des voitures officielles faisant partie du cortège officiel de l’ancien Premier ministre devront également être versés dans le dossier à charge car le Central CID est déjà en présence formelle de preuves irréfutables que Navin Ramgoolam était bel et bien présent au campement de Roches-Noires au moment des incidents, voire la tentative d’agression à l’arme blanche. Les témoignages des vigiles de Brinks appelés en renfort sur les lieux et de Rakesh Gooljaury sont catégoriques au sujet de cet élément de l’enquête.
Ainsi, toute entrée dans le Log Book des voitures officielles allouées à Navin Ramgoolam en tant que Premier ministre, attestant le fait qu’il aurait effectué le déplacement de River Walk à Roches-Noires aux petites heures du matin du 3 juillet 2011, constituerait un délit de faux dans un document officiel. Jusqu’ici, Navin Ramgoolam a vendu la thèse que, quand il a été informé du cambriolage à son bungalow, il s’y est rendu pour faire un constat des lieux, s’évertuant ainsi de prouver qu’il n’y était pas.
L’autre volet de l’enquête du Central CID concerne l’emploi du temps de l’ancien directeur général du NSS et de l’ancien responsable de la VIPSU dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011, et également au moins au cours des 48 heures suivantes. Les hommes de l’ACP Jangi sont en quête de preuves formelles au sujet de l’identité du cerveau derrière le complot pour le Cover-Up de ces incidents, Rakesh Gooljaury étant sollicité pour « prendre la charge de ces incidents ».
Les deux hauts gradés de la police devaient être confrontés aux faits allégués par Rakesh Gooljaury dans sa déposition consignée dimanche soir en compagnie de son conseil légal, Me Sanjeev Teeluckdharry. Cet aspect de l’interrogatoire de Dev Jokhoo et de Ravine Sooroojebally porte sur la fausse déposition du 3 juillet 2011.
A la mi-journée, il était question que ces deux Deputy Commissioners of Police allaient être inculpés provisoirement pour le délit de “conspiracy to commit a wrongful act”, soit les premières arrestations et inculpations provisoires depuis la réouverture de cette enquête avec l’avènement du gouvernement de l’Alliance Lepep.  Le DCP Johkoo, qui avait débarqué en uniforme au Central CID dans la matinée, a dû changer de vêtements quand il a été inculpé provisoirement et pour les besoins de sa comparution en Cour cet après-midi. Avec les développements de ce matin, les regards sont maintenant braqués vers l’ancien Premier ministre. Tout indique que le timing de l’arrestation et l’inculpation provisoire de Navin Ramgoolam est actuellement dans le collimateur du Central CID, même si les sources officielles évitent de faire des commentaires publics sur les prochaines étapes de cette enquête à rebondissements. D’autant plus que le volet consacré au suicide d’Anand Kumar Ramdony en cellule au poste de police de Rivière-du-Rempart le 30 juillet 2011 en est encore au stade embryonnaire.
En parallèle, la Mauritius Revenue Authority est passée à l’action en passant au peigne fin les transactions de l’homme d’affaires Rakesh Gooljaury ainsi que de Nandanee Soornack, par qui est venue la chute de Navin Ramgoolam. Les recoupements d’informations effectués par Le Mauricien indiquent que Rakesh Gooljaury est déjà en présence d’un premier Income Tax Assessment portant sur une des quatre années Under Scrutiny. Les réclamations fiscales pour les autres années devront suivre dans les semaines qui suivent avec des dizaines de millions de roupies en question, vu les différentes transactions exécutées, dont la SICOM Tower à Ébène, pour un montant de Rs 500 millions.
Un exercice similaire a été engagé pour le business de Nandanee Soornack en procédant à l’examen des livres de comptes d’Airway Coffee et autres boutiques hors taxes au New Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport Terminal. À ce stade, très peu d’indications ont transpiré quant au montant de ces réclamations fiscales.